Revenu de la drogue, Antoine Jaquier traîne «Avec les chiens»

LittératureL’auteur vaudois poursuit dans le glauque avec un deuxième roman qui traite de la sortie de prison d’un pédophile meurtrier

Antoine Jaquier sort son deuxième roman, Avec les chiens, qui confirme l'écrivain vaudois dans les thématiques «borderline».

Antoine Jaquier sort son deuxième roman, Avec les chiens, qui confirme l'écrivain vaudois dans les thématiques «borderline». Image: ODILE MEYLAN

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Après Ils sont morts, qui traitait d’une jeunesse droguée, le Vaudois Antoine Jaquier persiste dans les marges et les personnages «borderline» dans son deuxième roman, Avec les chiens, qui opère une gradation sur l’échelle du crime. La délinquance stupéfiante laisse la place au sommet de l’opprobre contemporain: la pédophilie meurtrière.

Il y a du courage à s’attaquer au tabou ultime de notre société qui, au-delà des condamnations d’usage, peine à dépasser le silence outragé ou l’épou­vantable caricature. C’est d’ail­leurs l’une des qualités du récit de contenir la complaisance dans l’horreur à des limites maîtrisées. Quant à la condamnation morale, elle n’est pas du ressort du roman et Antoine Jaquier ne fait pas l’erreur d’y céder.

Gilbert Streum a séquestré quatre enfants, il en a tué trois, le dernier a survécu. Après un séjour à l’ombre de treize ans, celui que l’on surnomme l’«ogre de Rambouillet» sort de prison et suscite l’émoi, surtout du côté des parents des victimes. Avec les chiens se focalise sur l’un d’entre eux, Michel, journaliste à l’AFP à Paris, qui avait à l’époque noué un pacte avec les deux autres pères inconsolables: à la libération du tortionnaire, il serait responsable de son élimination. Michel contacte le meurtrier, arguant vouloir écrire un livre sur son cas exceptionnel. Mais, face à ce pervers polymorphe et manipulateur, rien ne se passera comme prévu…

L’écriture neutre comme un os de supermarché – en dépit d’un épisodique sens de la formule – convient à cette descente aux enfers parallèles du passé et du présent, même si la surabondance de dialogues nuit parfois à la direction narrative. Toutefois, en se cantonnant au squelette de l’histoire, certains épisodes la poussent dans les parages de l’invraisemblable. Si le «monstre» est décortiqué au scalpel, soulignant ses accointances avec la norme, ce n’est pas le cas des autres protagonistes. Le livre gagne son pari de traiter la répulsion suprême, mais, trop ténu dans ses développements, se perd dans les excès de ses personnages.

Créé: 27.10.2015, 11h07

«Avec les chiens», par Antoine Jaquier, Ed. L’Age d’Homme,
186 pages

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