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Les rêveries lazaréennes de François Debluë défient le miracle

L’écrivain vaudois imagine Lazare, le ressuscité, mais surtout le survivant. Critique

François Debluë, auteur de «La seconde mort de Lazare».
François Debluë, auteur de «La seconde mort de Lazare».
PHILIPPE MAEDER

La figure de l’Évangile selon Jean est bien connue, surtout en tant que destinataire du dernier miracle du Christ, qui vaudra au Fils la crucifixion exigée par un peuple juif excédé par cette surnaturelle démonstration.

Mais, au-delà de son rôle dans la geste christique, qui s’intéresse à Lazare? Qui se préoccupe de sa condition équivoque de ressuscité? François Debluë lui consacre «La seconde mort de Lazare», récit qualifié de «Rêverie» par l’écrivain vaudois qui ne cherche pas, à l’instar d’un Ernest Renan, à démystifier. Pas plus qu’il n’essaie de conférer une dimension métaphysique à l’expérience de celui qui est revenu des ombres.

Dans un style simple, frugal, accordé à son sujet antique, l’auteur s’invite dans cette deuxième chance avec ce livre qui aurait tout aussi bien pu s’intituler «La seconde vie de Lazare». Car Debluë n’imagine pas non plus, comme Zola, un Lazare manifestant sa volonté de retourner au plus vite au tombeau. Il soupèse la différence entre un achèvement programmé – la mort – et sa contrariété, une prolongation (indue?) de l’existence à laquelle le principal intéressé ne peut s’empêcher de questionner le sens.

Le miracle et le retour de la mort

Le miracle a entraîné la mort de son auteur, l’ami Joshua, et Lazare se retrouve dans la solitude du survivant, sans personne avec qui partager des pensées malséantes pour ses coreligionnaires, livré à une contemplation plus distante que jamais, plus curieuse aussi, mais trouée par des cauchemars nocturnes hantés par la destruction.

Le désir se fraie pourtant encore un chemin dans sa solitude. D’abord éveillée par la caresse d’un soleil matinal, la sensualité de Lazare glisse vers de plus excitantes promesses, celles de Sarah, la femme de son contremaître qui vient puiser l’eau non loin de sa demeure.

Mais les pulsations du sang s’avèrent tragiques et rien ne viendra le sauver d’une culpabilité toujours plus dévastatrice de celui qui ne parvient plus à accorder son existence au monde. Lazare a survécu en oublié d’un miracle trop grand pour lui. François Debluë, qui signe aussi un nouveau recueil, «Poèmes de l’Anneau d’Or», l’exprime avec une sobriété qui n’exclut pas les lectures plurielles.

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