Roberto Saviano à l’honneur au FIFDH

LittératureL’écrivain italien, célèbre pour avoir écrit «Gomorra», sera l’un des invités prestigieux du festival à Genève.

Roberto Saviano: «Tous les chefs de la mafia ont dû visionner au moins une fois le «Scarface» de Brian De Palma.»

Roberto Saviano: «Tous les chefs de la mafia ont dû visionner au moins une fois le «Scarface» de Brian De Palma.»

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Il dit qu’il vit entouré de gardes du corps. Comme une star. Et à sa manière, Roberto Saviano est une star. Écrivain et journaliste italien, il s’est rendu célèbre pour avoir écrit «Gomorra» en 2006, livre dont furent tirés un film et une série à succès. Mais avant de le rédiger, l’homme s’est infiltré dans la Camorra, cette mafia napolitaine toute-puissante dont les agissements souterrains ne cessent d’asseoir la domination. Menant son enquête sans se révéler au grand jour, il n’a pas eu froid aux yeux et ce sont ces méthodes qui lui ont valu des menaces puis cette surveillance rapprochée dont il fait désormais l’objet.

Ces méthodes font pourtant sens, dans un pays dont les artistes, écrivains comme cinéastes, ont constamment dénoncé la corruption, les liens entre politique et criminalité, les dérives du pouvoir. Il y a même une tradition du cinéma politique qui en découle. Souvenons-nous des films d’Elio Petri, de Francesco Rosi ou plus près de nous, de Marco Bellocchio, qui, tous à leur manière, ont traqué les injustices et les irrégularités, transformant la dénonciation en art. Roberto Saviano entretient une filiation avec eux et appartient à la même famille, assurément.

Il sera l’un des invités prestigieux du prochain et 17e Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), du 8 au 17 mars. Sa venue est annoncée et confirmée à Genève pour le 15 mars. Son actualité, c’est la présentation d’un film signé Claudio Giovannesi, qui est l’adaptation de son troisième roman, «La paranza dei bambini», traduit en français sous le titre «Piranhas». Ce long-métrage, qui décrit comment, à Naples, des bandes d’ados se fédèrent et deviennent des organisations mafieuses et sans scrupule, a été récemment montré en compétition à Berlin. Nous en avons profité pour avoir une première conversation avec Roberto Saviano.

Quand vous avez découvert le film tiré de votre roman, «La paranza dei bambini», qu’est-ce que vous avez ressenti?
Une grande émotion. Surtout en découvrant tous ces gosses, ces ados qui tiennent le rôle principal. Ils sont incroyables. Si présents, si vrais.

Vous auriez pu tirer un témoignage de votre enquête, votre infiltration dans le monde de la Camorra. Pourquoi un roman?
Un roman touche davantage de monde. Pour faire comprendre la réalité de cet univers aux lecteurs, le relais de la fiction est important. Et puis, la matière romanesque est conséquente. C’est l’une des premières fois que des adolescents deviennent les chefs d’une organisation criminelle.

Pourtant, ils avaient le choix de ne pas verser dans la criminalité.
Mais ils ne voient pas d’alternative. Ils n’ont pas vraiment de métier. Et leur fascination pour ce monde-là est énorme.

Quels sont vos rapports avec le cinéma?
J’ai une cinéphilie très classique. J’adore Rossellini, De Sica, tout le néoréalisme et par-dessus tout Francesco Rosi. Pour moi, il est le plus grand.

Comment jugez-vous la manière dont le cinéma hollywoodien a représenté la mafia?
Personnellement, j’adore ces films. Les Américains sont attentifs à l’esthétique. Les trois volets du «Parrain» de Coppola, d’après le roman de Mario Puzo, en fournissent de bons exemples. Le premier est à mon sens un chef-d’œuvre. Sinon, je pense que tous les chefs de la mafia ont dû visionner au moins une fois le «Scarface» de Brian De Palma.

Au point de s’en inspirer?
Le monde criminel est toujours inspiré par le cinéma! «Gomorra», c’était un miroir du monde actuel. Lorsque la presse italienne parle de ces crimes, elle fait en général référence au cinéma. Il est entré dans la culture, il est même devenu un référent pour le langage populaire. La seule chose qui peut changer, dans un film, c’est la manière dont on tue.

Vous vivez entouré de gardes du corps. Ce n’est pas trop pénible?
Vivre sans protection, ce ne serait pas une vie. Le juge Falcone, qui avait combattu la mafia et a été assassiné, avait dit, juste avant de mourir, que l’Italie est un pays heureux car nous n’y sommes crus que lorsque nous sommes morts. On me dit parfois que je cherche à l’imiter.

Mais vous ne sentez pas que votre liberté est entravée?
La rue me manque beaucoup. Le plaisir de l’anonymat, celui de marcher sans crainte, de sentir les odeurs. Et le fait de savoir que le crime devient un symbole à l’intérieur de la vie politique me dérange passablement.

Créé: 27.02.2019, 16h26

Une probable grande édition s’annonce

Ces dernières années, le FIFDH a fait le plein. L’édition 2019, qui démarre le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, ne devrait pas inverser la tendance. Au sein de ce vaste baromètre des droits humains, on reviendra sur les trente ans du web en compagnie de son créateur, Tim Berners-Lee. On y évoquera le cyberharcèlement des femmes journalistes, au cœur de l’actualité depuis plusieurs semaines. On pourra croiser le comédien Forest Whitaker, fondateur d’une association pour la paix au Soudan. Et il ne sera pas le seul invité important de la manifestation, puisque sont annoncés, en plus de Roberto Saviano, les cinéastes Rithy Panh et Amos Gitaï, l’écrivaine Leïla Slimani, l’artiste Ai Weiwei, l’actrice Aïssa Maïga ou les écrivains Laurent Gaudé et Edouard Louis.
Films, débats, lectures, conférences, exposition de photos, hackathon (réunion de développeurs pour faire de la programmation informatique), théâtre et bande dessinée se répartiront dans soixante-deux lieux du Grand Genève et de Suisse romande. L’édition est placée sous le signe de la santé mondiale, avec un focus sur les humains du futur.
Côté cinéma, signalons la présentation d’un documentaire incroyable, «Delphine et Carole, insoumuses» de Callisto McNulty, qui retrace le parcours et le combat de l’actrice Delphine Seyrig et de la documentariste Carole Roussopoulos. Un film que nous avons pu visionner à Berlin et qui contient des images édifiantes, tirées notamment de débats de l’ORTF. «Dans un monde troublé et en colère, où les droits humains semblent reculer, cette 17e édition du FIFDH met à l’honneur des personnalités fortes. Partout sur la planète, elles osent élever leur voix. À travers ces voix, nous interrogerons les nouvelles formes de résistance», affirme Isabelle Gattiker, directrice du FIFDH. On la croit sur parole.
FIFDH du 8 au 17 mars fifdh.org
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