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Le romancier Erri De Luca découvre la pièce manquante du fils de Dieu

L’écrivain italien retrouve tout son art avec «La nature exposée», récit condensé. Critique

Il y a chez le prolifique Erri De Luca une manière d’écrire, sobre et épurée, que l’on rapprocherait volontiers de la sculpture d’Alberto Giacometti. En matière de fiction, le minimalisme peut pourtant s’avérer insuffisant, voire même un peu prétentieux, comme c’était le cas avec son Histoire d’Irène et ses tentations «mythologisantes».

Avec La nature exposée, roman qui, à en croire la préface de l’auteur italien, a été son premier chantier d’envergure suite à son procès de 2015 pour «incitation au sabotage» après ses déclarations contre la ligne TGV Lyon-Turin, l’écrivain atteint une richesse de composition presque paradoxale au vu de ses qualités de prosateur.

Des montagnes à la sculpture

Dans ce récit ramassé, un homme de la montagne se raconte. Dans son village qui sert de lieu de passage à des migrants, il sert parfois de guide pour amener les fugitifs de l’autre côté des sommets et donc de la frontière. A l’arrivée, cet original rend l’argent du passage, contrairement à ce que pratiquent ses deux amis du village. Jusqu’au jour où le témoignage d’un migrant écrivain qui raconte sa générosité finit par arriver aux oreilles des médias. Le brave homme devient une éphémère célébrité, mais ses comparses lui en veulent à mort puisqu’il a tué la poule aux œufs d’or. Il ne lui reste plus qu’à partir pour éviter le conflit… et les interviews.

Son voyage forcé l’amène à rencontrer un curé qui lui confie une curieuse mission: restaurer la statue d’un Christ du début du XXe siècle, dont la nudité – la fameuse «nature» du titre – a été recouverte ultérieurement par un pagne de pierre. Créateur à ses heures, il accepte, mais sa tâche sera compliquée par la nécessité de sculpter lui-même cette nature désormais endommagée.

Au cours de cette quête qu’il finit par faire profondément sienne (au point de demander la circoncision), cet homme de retenue connaîtra quelques péripéties, lèvera des secrets et rencontrera des représentants des trois grands monothéismes.

Mais c’est pourtant dans la langue, dans cette manière d’aborder une intériorité singulière empreinte du refus des conventions, qu’Erri De Luca trace son sillon ou plutôt ses sillons, entrecroisés avec art et simplicité pour circonscrire une certaine idée de la compassion, de la dignité et de l’art aussi. Un jeu plus dangereux qu’il n’y paraît.

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