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Ces autres romanciers venus du froid

Les pays nordiques n'exportent pas que polars et thrillers en série. Démonstration avec le Finlandais Jussi Valtonen.

Progressant de 10% sur le marché européen, les littératures nordiques, et pas seulement les thrillers, grignotent l’emprise du roman anglophone, d’après le Diversity report 2016 ( Livres Hebdo, janvier 2017) . Depuis Helsinki, Jussi Valtonen pose un sourire ironique sur la statistique: «Ça ne m’a pas aidé à boucler les 600 pages de Ils ne savent pas ce qu’ils font !»

N’empêche, l’écrivain, neuropsychologue de 43 ans, jouit comme ses collègues nordiques de la faveur des éditeurs français. Si la vague déferle en ondes singulières, des constantes s’y repèrent. Récit intime en prise avec la société, efficacité visuelle du style et souvent… psyché mâle dénudée sans complexe. Ainsi dans ce roman-fleuve déferlent les atermoiements de Jack.

Sur le mode tragicomique, ce quadra pose en père secoué par les velléités d’indépendance de ses ados, ou en mari ébranlé par la fibre américaine de son épouse. Son job ouvre aussi d’autres perspectives philosophiques. Brillant chercheur, il sauve des cornées humaines grâce à l’expérimentation animale. Bref, de sa fille prête à se vendre pour le dernier i-phone, à son fils menaçant de poser une bombe dans son labo, le bobo inspire de passionnantes digressions. De l’éthique des réseaux sociaux à la morale des démocraties contemporaines, ce «docu-fiction» percute l’époque.

Pourquoi dramatiser autant l’usage d’Internet et ses conséquences?

Il n’y a aucun doute là-dessus: les psys ont démontré depuis 50 ans combien nos opinions sont biaisées en matière d’informations reçues et digérées. Nous sommes incroyablement réfractaires à tout avis contraire à nos croyances. De nos jours cependant, cette caractéristique, somme toute humaine, est amplifiée par Internet et la crise mondiale des médias traditionnels. Le président Obama l’a pointé dans ses adieux: il est trop facile de se murer dans une bulle et d’ignorer les autres.

Vous semblez méfiant de tous, scientifiques, intellos, activistes. La confiance serait-elle impossible?

Dans ce monde si complexe, comment savoir quoi penser? N’importe quel phénomène, si vous l’examinez de près, échappe à l’analyse. Des déclarations à l’évidence mensongères, sont balancées sans vergogne. De soi-disantes «vérités» s’avèrent orientées par l’idéologie, le marketing ou la politique. Le livre de Will Potter, Green is the New Red, a montré combien des positions «neutres ou objectives» quant à l’environnement ou à la condition animale, enétaient chargé.

La paranoïa jusqu’à imaginer de jeunes consommateurs manipulés par des drogues «vitaminées»?

Je me suis basé sur des controverses existantes quant à des traitements pharmaceutiques en psychiatrie - et remarquons que l’industrie en contrôle les paramètres au point de rendre impossible la distinction entre marketing et progrès scientifique! Un désastre pour les chercheurs, une mine pour les écrivains.

D’où vient votre ouverture sur les USA pour mieux saisir la mécanique des sociétés occidentales?

J’ai vécu aux Etats-Unis, et quand je suis rentré en Finlande, le choc culturel a été pire que tous les clichés! Cette expérience m’a aussi donné conscience de mes particularismes nationaux… là où je pensais verser dans des travers universels! Ceci dit, je n’aurais jamais cru devoir entendre de mon vivant un terme comme «vérité alternative des faits». Ça nous renvoie au 1984, de George Orwell! Soit l’admission consciente des gouvernements, que nous traitons avec des ensembles de croyances contradictoires - même sur des questions qui pourraient être réglées sans problème. Je peine à distinguer ces «bombes» quotidiennes dans les actus américaines: pure incompétence de la nouvelle administration ou dédain déconcertant de la vérité?

Autre sujet chaud de votre roman, l’expérimentation animale.

Pour mon doctorat en neurologie cognitive, j’ai bossé en labo, subi les usages académiques. Bon, je n’ai jamais eu recours à des animaux. J’en aurais été incapable. En fait, ce thème ne me passionnait pas per se, j’étais plutôt intéressé par la complexité inouïe du débat provoqué. Touchant à des valeurs sociétales épineuses, impliquant des intérêts divers. Qui d’ailleurs définit les enjeux, qui peut différencier les données objectives des idéologies? Souvent, des formulations a priori indiscutables, cachent au contraire des données manipulées. Malheureusement, nous ne prenons pas le temps d’expertiser ces données, et l’asymétrie de l’info fausse notre jugement.

Pourquoi avoir pris ce titre biblique?

Je crois beaucoup à la tradition du réalisme dans le roman mais je flirte volontiers avec la science-fiction… une tonalité de mon livre qui d’ailleurs, ne me paraît pas si irréelle dès que vous creusez un peu. Les références bibliques, le titre notamment, suggèrent le pardon. Puisqu’en l’état, nous ne maîtrisons pas les conséquences de nos actions.

Et les citations de Lou Reed?

Son album New York date de 1988 mais me semble plus d’actualité qu’à sa sortie!

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