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La Romande Lolvé Tillmanns déroule un jubilatoire conte cruel

Dans son roman, l’auteure née à Morges déconstruit une passion d’enfance au destin tout tracé

Née à Morges et vivant à Genève, Lolvé Tillmanns livre ici son quatrième roman publié chez Cousu Mouche.
Née à Morges et vivant à Genève, Lolvé Tillmanns livre ici son quatrième roman publié chez Cousu Mouche.
JAY LOUVION

Avec sa couverture arborant une friandise en forme de cœur rouge sur fond blanc et son titre, «Un amour parfait» pourrait annoncer une idyllique pour jeunes filles en fleurs. La lame de rasoir qui fend le cœur confit et le nom de l’auteur laissent penser qu’il en ira tout autrement. C’est bien le cas. Lolvé Tillmanns, née à Morges en 1982 et installée à Genève, aime décortiquer la noirceur humaine. Cela avait commencé avec son premier roman «Rue des Grottes 33», déjà publié chez Cousu Mouche.

Dans son quatrième roman, elle livre un conte caustique où le fait d’être bien né ne s’accompagne d’aucune garantie de bonheur, et où les origines sociales modestes collent aux basques de ceux qui veulent les faire oublier. Même la beauté ne se révélera pas salvatrice.

Elisabeth et Matthew grandissent au bord du Léman, dans des villas voisines. Ces enfants uniques de couples mal assortis évoluent dans des vies miroir. La fillette a hérité la beauté de son père, à défaut de la fortune qu’il a dilapidée, en plus d’avoir déserté le nid familial. Son épouse, ancienne domestique de la famille, élève donc sa fille seule, avec la tyrannie quotidienne qu’elle estime nécessaire pour en faire la perfection incarnée.

Matthew, fils d’aristocrate anglais, n’impressionne aucun gamin de l’école publique. Il est bien davantage moqué pour sa toison rousse. Forte, magnifique, Elisabeth le protège en permanence. Un lien indéfectible les unit, au grand désarroi des mères, qui ont chacune flairé chez l’autre les indices de la parvenue. Au lieu de s’entraider, les voilà qui se détestent.

Mathew part étudier outre-Manche, à Eton, où les égards qu’on porte à son rang métamorphosent son quotidien. Chacun se marie de son côté. La route de ces voisins d’enfance diverge irrémédiablement, mais un événement leur offre l’occasion de se rapprocher…

Dans des chapitres non chronologiques naviguant sur près de quarante ans, l’auteure distille les pièces du puzzle avec parcimonie, ménageant une tension subtile. Les briques qui s’agencent au fil de phrases brèves, incisives parfois, font mesurer les faux pas, les occasions manquées, le mauvais jeu malgré les bonnes cartes en main. Un réjouissant et jouissif contre-pied aux romances sucrées.

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