Les rougeurs de Gaston Cherpillod avec un peu de «Persil»

HommageLa revue littéraire a consacré un numéro triple à l’écrivain vaudois. Vernissage à Lausanne.

Un «Persil» qui multiplie les points de vue sur Gaston.

Un «Persil» qui multiplie les points de vue sur Gaston. Image: DR

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Le gauchisme n’a jamais été en odeur de sainteté en Suisse, malgré quelques hôtes étrangers demeurés célèbres… Cette répugnance pour le rouge explique-t-elle l’oubli plus que relatif dans lequel est tombé l’auteur Gaston Cherpillod (1925-2012) un peu plus de sept ans après sa mort, et même avant? Il y a peut-être quelque vérité dans l’argument, mais il semble subordonné à des difficultés plus consubstantielles à son écriture. «Avec le temps, il a creusé sa langue jusqu’à s’enfoncer dans son écriture», estime Pierre Yves Lador, qui a réalisé, avec Janine Massard, un triple numéro fort et ludique de la revue littéraire «Le Persil» à sa mémoire.

«S’il était de gauche, il était surtout un créateur d’écriture, poursuit son ancien ami. En ce sens, il ne pouvait qu’avoir plus de peine que ceux qui servent de la soupe populaire.» Ces proches de l’écrivain s’étaient déjà chargés de la publication posthume, en 2016, d’«In nomine spiritus absentis» et de «Reliques et breloques» aux Éditions de L’Hèbe. Des textes qu’il est intéressant de voir commentés par de très jeunes rédactrices dans «Le Persil», manière de montrer qu’une fougue très verte peut trouver son compte chez un auteur certes rouge mais qui, en tant que pêcheur et chasseur, avait été sensibilisé tôt aux questions environnementales.

Mais, par la voix de ses nombreux contributeurs, la revue ne cherche pas à faire de Cherpillod un géant soudainement tombé au champ du déshonneur littéraire. Bon nombre des commentateurs de ce numéro n’avaient d’ailleurs jamais lu un de ses livres avant de se lancer dans l’exercice, tout le monde se battant pour évoquer «Le Chêne brûlé», son premier roman, de 1969, qui demeure son œuvre la plus connue, parfois lue dans les gymnases.

L’audience du Vaudois n’a jamais été très vaste et elle a même faibli avec une belle régularité. «Lui-même le savait», confie Lador, qui a relu la vingtaine d’ouvrages de sa bibliographie avant de coordonner l’hommage. Cherpillod demeure cependant un auteur bien ancré dans le terroir et qui a travaillé la langue avec une ardeur aussi engagée qu’érudite, développant des singularités très typées. «Le révolutionnaire qui voulait renverser le capitalisme a souvent masqué d’autres aspects de son œuvre qui relevaient de son goût de l’impossible, de l’absolu. Des filigranes surréalistes, alchimiques, ésotériques ou gnostiques.» Des qualités qui ne devraient pas lui valoir une attention écrasante mais qui pourraient réveiller l’intérêt de lecteurs curieux et exigeants.

Créé: 19.01.2020, 20h22

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La revue

Gaston Cherpillod
Réalisé par Janine Massard et Pierre Yves Lador
«Le Persil», 52p.
Vernissage: Bibliomedia, César-Roux 34, Lausanne, me 29 janv., 18h.
mdpecrivain@yahoo.fr

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