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Sanctifié ou parodié, Proust jubile

«Proust d’une main», saint Marcel relu en «bréviaire» de l’autre, attestent de l’éternité du temps perdu.

À l’ombre des jeunes filles en fleur depuis 100 ans exactement, Marcel Proust, qui se méfiait des fats et autres lustreurs d’ego, s’amuserait peut-être du grand écart stylistique dont font preuve ses louangeurs. Ainsi du cas d’Édouard Launet qui s’aventure sans rougir, «Proust d’une main». L’autre s’agite sur la plume avec une fébrilité salace. En effet, Kathryn Salmann-Bagels, universitaire américaine, aurait exhumé un inédit du grand Marcel sur la pratique onaniste. Du latex humain, tel «une trouble pluie d’encre», jaillit ici d’une imagination fertilisée par «Du côté de chez Swann».

La lecture du texte non expurgé semble avoir photosynthétisé de vénéneuses images végétales dans une prose vulcanisée par le souvenir sulfureux d’une fiévreuse Albertine. Proust, ma chère! L’affaire s’élance vers le septième ciel avec des proportions que le futur prix Goncourt 1919 avait pourtant réussi à dissimuler tout ce temps perdu. Braguette à part, Édouard Launet, humide encore d’émotions livresques, s’adonne au canular sans autre protection que son audacieuse expertise. Édités dès 2017 ses pastiches sur delibere.fr, ses «Chefs-d’œuvre retrouvés de la littérature érotique» astiquent des auteurs inattendus comme Jane Austen ou Jules Verne, des grivois prévisibles, tels les frères Grimm et leur «Blanche-Neige». À la suite de Proust, les galipettes se voient recensées avec plus ou moins d’esprit. Jean d’Ormesson y confie d’outre-tombe qu’il aurait beaucoup aimé écrire des romans érotiques mais, conscient de sa réputation, l’orgueilleux renonce: «Même sous pseudonyme, on me reconnaîtrait immédiatement.» À chaque organe sa mesure. Guillaume Musso, jugé pauvre en métaphores, voit son héroïne carrément embrochée sur le levier de vitesse d’un bolide, conduite aux urgences de Nice, condamnée à patienter sous les néons de clichés blafards. C’est beaucoup moins bath que les jeunes filles en fleur.

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«Proust d’une main» Édouard Launet Éd. Exils, 180 p.

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