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Sandrine Collette s’aventure sur la route de l’apocalypse

Dans «Juste après la vague», l’écrivain décrypte la survie à hauteur d’enfant. Tsunami émotionnel.

Sandrine Collette, écrivain éprise des grands espaces, prend la mer pour la première fois.
Sandrine Collette, écrivain éprise des grands espaces, prend la mer pour la première fois.
JACLOT/LDD

Cendres atmosphériques, poussières minérales, sol qui fourmille… exilée de Paris après un master en philosophie et un doctorat en sciences politiques, Sandrine Collette galope désormais dans les paysages sauvages du Morvan. En osmose avec des décors qui ne doivent rien au cinéma, la cavalière écrit des histoires qui ressemblent à des westerns.

Dépouillé de fioritures, le style claque, sec comme la poudre à fusil sur l’affût, et pointe l’essentiel. Une poignée de romans a suffi à identifier son territoire. À l’animalité de ses intrigues vient en écho le recul de la réflexion. Aucune approximation ne semble autorisée dans ces contes des plus sombres heures de l’humanité. Aucune lourdeur théoricienne ni pesanteur pompeuse dans ces existences qui bataillent aux dernières frontières de la dignité.

Juste après la vague la voit renouer avec un récit de survie. À la différence que cette singulière romancière dans le paysage français, si ancrée dans la minéralité, prend la mer. Dans un futur proche, au large du Canada, une famille isolée sur une île se relève après un tsunami. Les parents décident de prendre la mer pour gagner les hautes terres, trouver du secours. Mais ils ne peuvent embarquer que six des neuf enfants, laissant «les petiots, le boiteux, la borgne et le nain». Avec ce type de suspense, les références, inévitables, se bousculent, des Dix petits nègres d’Agatha Christie au Choix de Sophie de William Styron, en passant par Mad Maxde George Miller ou La route de Cormac McCarthy. Sandrine Collette s’empresse de les expédier par-dessus bord. Explications.

Comment échapper au déjà-vu dans ce genre dystopique si à la mode?

L’histoire m’est arrivée «ex nihilo», je l’ai construite à partir du terrain vierge de mon imaginaire. De fait, en relisant mon manuscrit, j’étais sidérée de déceler des traces de Petit Poucet, Sa Majesté des mouches, Robinson Crusoé, si obnubilée par l’écriture que je ne m’en étais pas rendu compte. Heureusement, d’ailleurs!

Comment l’enfant que vous étiez aurait-elle réagi à un tel tsunami?

Oh, je me serais terrée dans un coin, assise à attendre que la mort me prenne. Mais je n’intellectualise pas, je ne fais pas de recherche psychologique scientifique. J’ai mes souvenirs aussi, tous ces bonbons dévorés en une fois au lieu d’en faire des provisions, je connais!

Pourquoi d’ailleurs privilégier le point de vue des enfants?

L’enfance, c’est là que 90% de nos comportements, goûts, etc. s’élaborent, non? Un terrain de jeu monumental pour moi qui n’ai pas d’enfants. J’étais donc obligée de me projeter dans leur imaginaire. Ou de piocher dans ce que j’observe autour de moi, c’est déjà très instructif. S’accrocher à cet âge de l’enfance correspond aussi à une liberté que je m’octroie. Je n’écris pas en fonction d’une enquête policière, d’un pamphlet écologique, je n’ai pas de schéma politique en tête.

Pourtant, ne décrivez-vous pas une apocalypse des plus plausibles?

Je n’invente rien. Récemment des roches ont été découvertes au Cap-Vert, qui attestent d’une éruption volcanique ayant pu causer un cataclysme marin fatal à la planète il y a 70 000 ans. La patte de l’homme n’avait même pas été nécessaire pour détruire la Terre! Je crois à la fin d’«un» monde, comme le relate les textes anciens, la fin d’une époque. Mais si la planète explose, il restera toujours des bactéries pour la relancer.

Pourquoi situer Juste après la vague dans un futur proche non précisé?

Je ne voulais pas donner une datation précise qui aurait inévitablement catalogué le livre dans les romans d’anticipation. En plus, cela aurait eu des airs de prophétie, d’oiseau de mauvais augure. J’aimais bien l’idée d’une catastrophe qui peut arriver demain et n’importe où, à notre porte.

Êtes-vous agacée d’être associée si souvent aux écrivains américains?

Même pas! Je ne l’ai pas fait exprès, pas plus que cette étiquette de «polar» qui m’est collée sans que je poursuive le genre in fine. D’ailleurs, je n’en lis pas… Pas plus que je n’ai cherché à m’affilier à l’école américaine du «Naturalist Writing» (ndlr. notamment les écrivains dit «du Montana», Jim Harrison etc.) En fait, j’y ai réfléchi mais pour une autre évidence, saisissante. Depuis le temps que je situe mes romans dans des paysages de campagne, montagne, pleine nature, je sentais que j’allais forcément devoir affronter l’élément liquide. Or, je suis une phobique de l’eau, c’est mon angoisse, ma folie! Plonger dans cet océan de beauté austère, dramatique, à la force démesurée, a finalement provoqué en moi une exaltation à laquelle je ne m’attendais pas. Comme si j’allais à la rencontre d’un monstre, terrifiée et en même temps, dévorée par l’envie de le voir.

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