La scène littéraire vaudoise se dynamise

LivresSalons, prix, performances et autres événements dédiés à l’écrit, ainsi que des subventions publiques confèrent une visibilité accrue aux auteurs locaux, ici et à l’étranger.

Antoine Jaquier, ici avec Pascal Auberson et des membres jury, a reçu en mars 2016 le Prix des lecteurs de la ville de Lausanne.

Antoine Jaquier, ici avec Pascal Auberson et des membres jury, a reçu en mars 2016 le Prix des lecteurs de la ville de Lausanne. Image: FLORIAN CELLA

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Prix suisse de littérature pour Michel Layaz, Roman des Romands pour Claudio Ceni: le début de l’année a été faste pour les écrivains vaudois. L’an passé aussi, plusieurs distinctions sont revenues à des auteurs vivant dans le canton. Par ailleurs, fait inédit, cinq des six nominés du Roman des Romands étaient vaudois: Daniel Maggetti, Bruno Pellegrino, Olivier Sillig et Marie-Jeanne Urech en plus de Claudio Ceni. «C’est un hasard, nous ne l’avions même pas remarqué», relève Fabienne Althaus Humerose, l’organisatrice de cette récompense décernée par les écoliers francophones.

Les auteurs du canton auraient-ils particulièrement le vent en poupe? Les signes, en tout cas, d’une vivacité de la création locale, sont perceptibles. Déléguée à la politique du livre pour la Ville de Lausanne et présidente du Salon du livre de Genève, Isabelle Falconnier a observé une très belle rentrée d’automne des écrivains vaudois. «On peut citer facilement une vingtaine de fictions intéressantes. Est-ce circonstanciel, est-ce que ça va durer? Difficile à dire. Je constate en tout cas, dans le canton, un milieu de l’édition créatif et dynamique.»

L’émulation est bien sûr perceptible chez les nouvelles pousses, tel le collectif AJAR. Ces jeunes auteurs romands – dont les Lausannois Noémi Schaub ou Matthieu Ruf – ont publié (à dix-huit plumes!) leur roman Vivre près des tilleuls (Gallimard, 2016). L’association invite aussi le public à des expérimentations inédites, comme la composition d’une œuvre lors d’un «laboratoire d’émulation littéraire» à la Bibliothèque cantonale et universitaire à Lausanne. «Il y a aussi des gens très aimés comme Michel Layaz ou Janine Massard, qui sont installés mais continuent à monter en puissance», remarque Madame Livres à Lausanne. Ages, styles et thématiques, la scène littéraire vaudoise se présente donc comme très diversifiée.

Directrice des Editions Zoé à Genève, Caroline Coutau observe, au sujet des auteurs romands en général: «On est loin d’une littérature où le seul objet littéraire serait la nature ou l’introspection, il y a une forme de liberté, de grande curiosité et d’ouverture frappante.» A la tête des Editions L’Age d’Homme, Andonia Dimitrijevic abonde: «Auteur suisse ou vaudois ne veut pas dire ringard, Quentin Mourron ou Antoine Jaquier, par exemple, ont amené un autre regard.»

Un petit «effet Marc Voltenauer»

Isabelle Falconnier va jusqu’à pointer un «petit effet Dicker» avec le succès du Dragon du Muveran de Marc Voltenauer (Ed. Plaisirs de lire). Sorti à la fin 2015, le polar continue son joli bout de chemin. L’auteur, Vaudois d’adoption aujourd’hui bourgeois de Gryon, a vendu à ce jour en Suisse 25 000 exemplaires. «Quand un livre marche, ça permet de prendre des risques, ça crée un enthousiasme des auteurs, des éditeurs, du public et ça rappelle qu’il y a aussi de bons auteurs et de bons éditeurs en Suisse», remarque Inês Marques, chez Plaisir de Lire.

Les femmes et les hommes de plume bénéficient, en outre, d’événements autour de l’écrit toujours plus nombreux. Après Le Livre sur les Quais, qui a connu le succès dès ses débuts en 2010, sont nés cet automne le Salon du livre de la Broye, à Payerne, puis Lausan’noir, qui offre une vitrine notamment aux auteurs de polars d’ici. La manifestation figure parmi les «antennes» du Salon du livre via sa Fondation pour l’écrit, qui a organisé aussi le Festival du livre romantique au château de Chillon en juin dernier.

«Tout cela contribue à faire tomber un peu la barrière entre auteurs et lecteurs», remarque Andonia Dimitrijevic. Et le public suit: «Consommer local parle aux gens également en littérature, qu’il s’agisse de l’attrait pour les sujets du terroir, ou pour rencontrer les auteurs d’ici», se réjouit Marc Voltenauer.

Les éditeurs ne le cachent pas: «Aujourd’hui, on demande volontiers aux écrivains de se mettre en avant. On sent d’ailleurs chez beaucoup d’entre eux un dynamisme, une ouverture, une envie d’aller vers le public», remarque Andonia Dimitrijevic. L’Age d’Homme a d’ailleurs créé, avec d’autres éditeurs vaudois et genevois, Le Cran Littéraire. Cette association propose de nouvelles manières de se présenter au public, par le biais d’événements interdisciplinaires et de performances qui tranchent avec la classique signature d’ouvrages.

«Il n’y a plus d’esprit d’écurie»

Autre nouveauté, «l’esprit d’écurie est en train de tomber. On pense de plus en plus aux carrières des auteurs, et il est admis qu’ils publient chez différents éditeurs», remarque Alexandre Grandjean, chez Hélice Hélas à Vevey, aussi membre du Cran Littéraire. Et cela même alors que de nouvelles maisons sont nées à Lausanne, telles que BSN Press en 2011, ou, très récemment, les Editions de la Marquise, sous l’impulsion d’Inês Marques, qui conduit ici un projet personnel axé sur les romans illustrés. «Les structures sont plus nombreuses mais ont chacune un créneau spécifique», estime-t-elle.

A la forte valorisation des productions locales répond une envie des éditeurs, petits ou grands, de mieux se vendre dans toute la francophonie. «Dans ce but, certains membres du Cran Littéraire ont créé des associations pour mieux s’y promouvoir», remarque Alexandre Grandjean. Ils notent un intérêt accru dans le pays voisin. Caroline Coutau, d’ailleurs jointe par téléphone lors d’un déplacement à Paris, partage leur constat: «Quelque chose est en train de bouger. Il y a davantage de porosité, une visibilité plus grande des auteurs romands.» (24 heures)

Créé: 13.02.2017, 09h09

Des soutiens publics à tous les échelons

Si vivre de sa plume en Suisse romande relève de l’exception pour un auteur, il n’est pas plus aisé pour les éditeurs locaux de tirer leur épingle du jeu. La Confédération a ainsi annoncé en septembre qu’elle allait soutenir 67 éditeurs suisses, dont 19 en Suisse romande, pour la période 2016-2020. Les aides vont de 7500 à 80'000 francs par an, pour un total annuel de 1,6 million. Parallèlement, la CIIP (Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande) a aussi inauguré en début d’année une aide à l’édition, au livre et à la lecture. Et, outre des coups de pouce par projet, la Ville de Lausanne
a conclu avec le Canton et trois éditeurs des conventions d’édition. De 2016 à 2018, L’Age d’Homme, Plaisir de Lire et l’Aire toucheront chacune un montant allant de 20'000 à 50'000 francs, afin de «permettre à ces maisons de travailler à plus long terme», remarque Isabelle Falconnier. Qui salue «une belle complémentarité entre les différentes aides existantes.»

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