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Stephen King et son rejeton Owen imaginent un monde sans femmes

L’idée de «Sleeping Beauties» lui a été soufflée par son fils. Et si ces dames se faisaient «la Belle au bois dormant»?

Père et fils: Owen et Stephen King.
Père et fils: Owen et Stephen King.
Getty Images

À 70 ans, voilà que Stephen King, écrivain à la cadence infernale, enrôle son fils Owen dans ses œuvres. Cependant, loin du produit fabriqué à la chaîne, leur thriller Sleeping Beautiesenchante avec une histoire à dormir debout. À Dooling, toutes les femmes sombrent dans un coma ouaté. Des filaments blanchâtres envahissent leurs narines et globes oculaires jusqu’à les couvrir d’une chrysalide. Déchirer ce cocon provoque un réveil furieux, le sujet muant en bête féroce dans des nuées de phalènes inquiétantes. En quelques jours, 90% de la population féminine est décimée par le virus Aurora. Les mâles s’inquiètent, et pas seulement pour le linge sale qui s’entasse dans les chambres à lessive. Les pères, maris, amants pleurent leurs chéries, les bourrins et autre «cow-boy Marlboro» se félicitent d’être débarrassés de cette engeance.

Les King centrent l’action sur une prison de femmes dont la routine évoque la série Orange is the New Black. Le maître de l’épouvante connaît l’administration pénitentiaire – voir au hasard Les Évadés(The Shawshank Redemption). Coucheries et harcèlement sexuel perpétrés par prisonnières ou matons, destins tragiques ou lignes de vie banales, dinguerie légère ou folie grave: les auteurs glissent sur les figures d’usage pour suivre Lila, shérif de Dooling, et le Dr Clint Norcross, son époux, psychiatre en chef.

Comme dans Dôme (2011), la galerie des damnés de la terre, d’obscènes turpitudes en héroïsme civique, délecte par sa précision feuilletonesque. Dopée par la longue expérience de King Sr, la situation autorise des apartés sociologiques inspirés. Ainsi de la qualité de l’information dans un monde régi par les réseaux pourris de «fake news», où sans hiérarchie de crédibilité, les rumeurs se succèdent en cacophonie délirante. Zoomant sur des destins particuliers ou élargissant en panoramique, Sleeping Beautiescaptive au rythme d’une excellente série télévisée. Les King avaient d’ailleurs opté pour ce format avant de bifurquer en littérature. Les apprentis sorciers s’affichent en osmose. «Je sais que la première ligne de ma nécrologie sera «fils de Stephen King», et je n’ai plus de problème avec ça» ironise Owen.

Un écho à la lame de fond féministe

Ainsi, s’il revendique la paternité d’une héroïne cruciale, Evie Black, il affirme aussi que sans son paternel, cette fabuleuse intervenante coincée entre deux univers, se serait agitée en pantin grand-guignolesque. Or, la vraisemblance domine quand le roman bascule dans un univers parallèle. Les rats y parlent aux serpents au pied d’un arbre magique, les belles dormantes ont retrouvé leurs esprits frappeurs, s’emploient à rebâtir le patrimoine et sa composante mâle dans une version améliorée.

Sorti l’an dernier aux États-Unis, Sleeping Beauties trouve un étrange écho avec la lame de fond féministe qui balaie l’Amérique depuis octobre. À croire que le clan King a la S.-F. dans le sang. Owen raconte volontiers combien il a toujours trouvé normal de voir sa mère Tabitha et son père se cloîtrer dans leur bureau comme s’ils partaient au boulot. Le concert des machines à écrire s’amplifia quand Joe, son frère aîné, à 8 ans, se piqua d’écrire. À la maison, résume-t-il, tout finissait en littérature, des maîtres du fantastique aux comics, des anciens aux modernes, de Shakespeare à John Irving en passant par Flannery O’Connor. Le soir, les King ne lisaient pas de contes à leurs enfants, mais leur demandaient des histoires. Maintenant, ils les écrivent ensemble.

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