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«Le Suisse Robert Frank a créé un séisme en photographie»

Le professeur Arnaud Claass scrute l’auteur des «Américains», ce recueil de légende et pourtant, «work in progress». Interview.

Dans «Essai sur Robert Frank», le professeur Arnaud Claass réussit à donner une nouvelle perspective du géant zurichois de la photographie. Coïncidence, celui-ci, 93 ans, vient de rectifier la copie du livre qui l’a rendu fameux en 1958. «Les Américains» allait scandaliser l’époque, puis devenir un emblème. Pour l’anecdote, même la dramaturge Yasmina Reza l’évoque dans les décors bobos du récent «Babylone», Les Rencontres d’Arles saluent tout l’été «un Manet de la photographie». Cette monumentalisation se fissurera bientôt sous le boutoir de la modernité. Ainsi, dans cette édition des «Américains», la préface de Jack Kerouac trouve un punch inédit dans la traduction de Brice Matthieussent, comme si le rock’n’roll de «l’américanité» venait de jaillir du juke-box. Explications d’Arnaud Claass.

Comparer «Les Américains» au «Moby Dick», de Melville», exagéré?

Au-delà d’une formule pesante qu’affectionne la critique, Frank a provoqué un incontestable séisme avec «Les Américains», un rejet brutal. Du coup, le livre est devenu l’étendard de la contre-culture US portée par Kerouac, Gisberg etc.

Que reste-t-il de suisse chez Frank?

De sa jeunesse, il garde l’influence de maîtres formateurs, Paul Senn etc. Sa pérennité vient surtout de son anachronisme, ou plutôt d’une «pensée intempestive» à la Nietzsche, quand philosophe et poète, il rompt l’hégémonie ambiante. Frank lui, réussit à fusionner la description du monde et son univers intérieur.

Frank est-il à Cartier-Bresson ce que Buster Keaton est à Charlie Chaplin?

Ces chefs de file sont souvent opposés: l’un, européen chez «Les Américains, l’autre par «Flagrant délit», livre aussi fondateur. Or Frank admire Cartier-Bresson, du moins avant qu’il ne trouve stérile son culte de la perfection. Puis sans que cela soit confirmé, il y a l’agence Magnum, où Frank est refusé, à cause du veto de Capa et se dit-il, de Cartier-Bresson.

A quoi tient la singularité de Frank?

Les photographes partagent souvent en incognito un sens tragique de la vie. Chez Frank, l’effacement de soi provoque une alchimie étrange. Son espoir d’être invisible subsiste dans ses images mais sa singularité ne se construit pas que sur ce for intérieur, elle est nourrie de sa curiosité pour l’expérimentation, Nouveau Roman, Nouvelle Vague etc.

Pourquoi touche-t-il aujourd’hui?

Par son pouvoir d’immédiateté cru, de réel éruptif, qui pourtant, refuse avec inflexibilité redoutable, de «documenter» une vérité. Doué pour montrer l’injustice sociale des années 1950, il évoque par exemple, et avec une acuité visionnaire, l’aliénation par l’industrie des loisirs actuelle.

Pourquoi ne l’avoir pas interviewé?

Je l’ai croisé plusieurs fois à New York dans la rue. Un somnambule au regard intense, un type qui à l’évidence, s’intéresse à sa tranquillité. Et pourquoi l’interrompre? A mon sens, les artistes ne sont toujours pas les mieux placés pour discourir de leur travail. Lui sait enregistrer la vue d’une salle de restaurant sans apparente raison particulière, et provoquer ensuite des délires de commentaires.

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