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Tom Robbins l’entarteur

«L’auteur le plus dangereux du monde» se confesse dans «Tarte aux pêches tibétaine», son autobiographie et une joyeuse alternative aux best-sellers estivaux. Culte, il va sans dire.

Tom Robbins, 86 ans, se défend d’avoir écrit sa biographie, trouvant qu’il y a des nombrils beaucoup plus intéressants que le sien. «Tarte aux pêches tibétaine» aurait plus l’air de Mémoires, «qui se dandinent et cancanent».

À peine chronologiques, les histoires s’y bousculent dans un crépitement jouissif qui dit autant sur un drôle d’oiseau que sur son biotope. S’y profile l’ère postbeatnik de New York à la Californie par une de ses icônes trop vivantes pour se laisser enfermer dans des clichés.

Très satisfait, le trublion se targue d’avoir été un jour nommé «l’auteur le plus dangereux du monde» par une critique italienne. L’explication de Fernanda Pivano reste son credo: «Vous dites que l’amour est la seule chose au monde qui compte et que tout le reste n’est qu’une vaste plaisanterie.»

Il serait néanmoins fallacieux de réduire Tom Robbins au prototype baba cool du Peace and Love des années 60. Même s’il s’amusait, plus jeune, à dédicacer ses bouquins sur le sein de ses groupies. Ou si Allen Ginsberg, pape du LSD et de la pop culture, l’embrassait avec délicatesse sur les lèvres pour l’encourager. Ou si son plus précieux trésor reste un vinyle des Doors signé. «Mais pas par Jim Morrison.»

Demi-dieu des écrivains maudits, vénéré par Timothy Leary comme par les Hells Angels, ce flandrin aux airs de Dude dans «The Big Lebowski» pose en authentique auteur culte. Entendez par là un romancier qui a vendu plus de dix millions d’exemplaires sans pourtant accéder à la notoriété mondiale.

Hormis les aficionados de «Même les cow-girls ont du vague à l’âme», qui a lu «Comme la grenouille sur son nénuphar» ou «Féroces infirmes»? Lui-même ne se prend pas au sérieux, considérant le monde comme l’«Infinie loufoquerie». En émule d’Alfred Jarry et des pataphysiciens, Tom Robbins a dégagé une constante, «la folle sagesse», ce «wabi-sabi» ou l’amour de la beauté imparfaite. Il n’en perd pas la lucidité sur sa quête artistique, son «petit business merdique».

Dans ces Mémoires, lui qui largua avec précocité champignons magiques et drogues psychédéliques déroule les faits en élève appliqué. Il faut s’appuyer de fastidieuses digressions sur sa passion pour le sandwich à la tomate, ses explications sur une carte du tendre peuplée d’épouses.

À la manière des confessions d’un vieux pote, le récit charme, qui arrache avec une régularité métronomique éclats de rire ou soupirs. Le voir critique d’opéras à Seattle, alors qu’il n’y connaît rien. Évoquer Natalie Wood, révélation mystique «qui ferait passer saint François d’Assise pour un éleveur de visons».

Dans les situations les plus foldingues comme les plus ordinaires, Tom Robbins reste un indécrottable styliste. Sous ses apparences de glandeur face à l’éternité se cache un champion viscéral de la formule. Ainsi du Chelsea Hotel, auquel «s’attache le mot légendaire de façon plus fidèle à ses racines qu’une blonde naturelle». Ou même de sa propre voix: «Elle me donne l’impression d’avoir été filtrée à travers les sous-vêtements de Davy Crockett.»

Sous la drôlerie néanmoins perce une réelle gravité. Ainsi, analyse-t-il, «la fantaisie n’étant pas quelque chose que l’on peut étudier au microscope du réalisme social, je formai le dessein non pas de décrire les sixties, mais de les recréer sur papier, de refléter, aussi bien par le style que par le contenu, leur atmosphère, leur palette de couleurs, leur profondeur, leur stupidité et leur côté fantasque».

Au-delà, Tom Robbins, 86 ou 87 ans ce mois, sa date de naissance exacte lui restant mystérieuse, affirme depuis des lustres quand on lui demande comment il se sent: «Bientôt mort!»

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«Tarte aux pêches tibétaine» Tom Robbins Ed. Gallmeister, 472 p.

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