Dans l'univers des lettres, ça miaule, ça glousse et ça beugle

RevueLancé en mai 2007, le périodique annuel et trilingue enlumine son 9e numéro d’un bestiaire enchanté. Des auteurs suisses y élisent leur animal fétiche favori.

Entre le rhinocéros, l'autruche, le cheval et la corneille, un traditionnel bestiaire médiéval allemand, qui paraît en couverture de la revue. Editions d'En bas

Entre le rhinocéros, l'autruche, le cheval et la corneille, un traditionnel bestiaire médiéval allemand, qui paraît en couverture de la revue. Editions d'En bas

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Les animaux ont le don de parole. En tout cas, ils chuchotent à l’oreille des écrivains qui, eux, ont celui de l’imagination pour en devenir de précis transcripteurs. On songe, il va sans dire, aux fabulistes Esope et Phèdre, à leur plus génial (au plan du style) émule Jean de La Fontaine. On peut remonter au Roman de Renart, aux contes des frères Grimm, à Charles Perrault. En Suisse aussi, des auteurs récents avouent l’importance de leur «rapport aux bêtes» – pour reprendre le titre de l’excellent roman de Noëlle Revaz, paru en 2002.

Dans un florilège d’extraits de leurs livres déjà parus ou de textes inédits, la revue Viceversa leur tend la thématique animalière comme un miroir humain. Un romancier valaisan, un conteur vaudois d’origine roumaine, plus quelques autres, s’y reflètent avec une belle gourmandise rhétorique. A l’instar de devancières et devanciers – pour lesquels l’anthropomorphisme fut un exercice à la fois amusant et sacré. S’identifier à un «être inférieur à l’homme», défier sa royauté universelle peut devenir un émouvant sacerdoce.

Revoilà Colette et ses chats de Saint-Sauveur-en-Puisaye, le gros hameau de son enfance bourguignonne. Elle les faisait dialoguer, de même que d’autres donneraient la parole à un cochon de ferme, feraient chanter une vache dans un poirier, ou soumettraient aux grillons de la Provence une partition plus percussive.

Dans la ménagerie poétique de la revue Viceversa, nos Helvètes, de souche ou enracinés, se révèlent autant diserts sur leur familiarité avec ces autres créatures du Bon Dieu qu’ils fussent croyants ou athées. La poétesse alémanique Eleonore Frey confesse qu’il lui est impossible «de savoir ce qui se passe dans la tête de (sa) voisine». Ce qui traverse l’esprit de son chat ou son chien, n’en devient qu’un mystère plus obscur et envoûtant. Le romancier et essayiste grison Leo Tuor se proclame nettement plus rural, en annonçant un texte inédit intitulé Histoires de porcs, de truies, de vaches, de taureaux, de bourreaux et de chiens. Il y règne une odeur d’étable et de poils mouillés de corniaud. On y salue la noblesse de l’âne, la bête de somme qui a fait entrer Jésus-Christ à Jérusalem. «Dans sa modestie, il n’a même pas été fier d’avoir porté son seigneur et le nôtre.»

Enfin, il y a les Romands! Pour commencer, un subtil échange d’impressions volaillères entre les Valaisans Jérôme Meizoz et Jean-Marc Lovay. Valaisanne elle aussi, en tout cas d’adoption, Corinna Bille voit des citations de La jeune fille sur un cheval blanc serties dans un dialogue imaginaire et fantasmatique cousu par l’essayiste Sabine Haupt, de l’Université de Fribourg. «Les grands yeux noirs de la jument roulent sous sa crinière frisée, écrivait l’une. On dirait une jeune fille changée en cheval, mais tout devient noir, il n’y a plus de soleil…» «Nos yeux sont directement reliés à notre cerveau, répond la seconde. C’est pour cela que nous commençons toujours par nous regarder dans les yeux afin de savoir ce que l’autre veut dire et pense.»

Dans ce recueil, Eugène nous livre un savoureux inédit sur l’histoire du rhinocéros Ganda qui fut gravé par Dürer, et Blaise Hofmann dépeint la tristesse d’un zoo en Tasmanie.

«Viceversa 9 Littérature» Collectif Editions d’En Bas, 260 p. (24 heures)

Créé: 05.08.2015, 20h51

En trois langues et en trois éditions distinctes

Viceversa a pris, il y a douze?ans, le relais de la revue Feuxcroisés (1999-2006), d’expression francophone mais curieuse de l’actualité littéraire de toutes les régions de Suisse. Son défi est plus audacieux, car plus national, impliquant chaque année une triple déclinaison d’une même anthologie de textes récents, souvent inédits, paraissant simultanément en Romandie, outre-Sarine et au Tessin. Sa version francophone est assurée par les Editions d’En Bas, à Lausanne. Le même ouvrage, dans la langue de Dante, est disponible aux Edizioni Casagrande, de Bellinzone. On la trouvera dans celle de Goethe et Dürrematt à Zurich, chez Rotpunktverlag. Dans la première partie, on présente un assortiment de travaux récents. Une deuxième section qui se voudrait thématique aborde une «problématique sociologique au plan national». La troisième est un inventaire d’actualités culturelles écoulées. Mais cette stricte ordonnance peut être tourneboulée, pour des questions de meilleure respiration et d’inventivité.

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