«La véritable histoire de Luz Nieve» croise les genres

LittératureL’auteur romand Reynald Freudiger livre un beau récit sur les illusions qu’il faut savoir abandonner.

Reynald Freudiger livre un conte moderne à méditer à l'approche des résolutions de la nouvelle année.

Reynald Freudiger livre un conte moderne à méditer à l'approche des résolutions de la nouvelle année. Image: DR

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La véritable histoire de Luz Nieve s’annonce comme un conte. L’originalité de l’incipit laisse présager que le récit de l’auteur romand Reynald Freudiger n’aura rien de classique: «Ils n’étaient pas encore tout à fait trois. Lui pensait qu’ils n’étaient assurément que deux et que ne se posait aucun problème de recensement. De son côté, elle ne savait pas très bien comment comptabiliser toutes ces cellules qui se multipliaient en elle et qui, un jour, formeraient une seule et même petite créature pleurant de jour comme de nuit.» Dans un pays d’Amérique du Sud indéterminé, dont on apprendra plus tard qu’il est en guerre, naît une fille au destin hors du commun. À l’annonce de sa conception, la nuit tombe à midi et demi. Lors de sa naissance, la neige s’invite. Il n’en fallait pas plus pour marquer l’enfant du sceau de l’étrangeté, et à peine davantage pour en faire le bouc émissaire du village. «Il suffit ordinairement de bien peu de chose pour que les hommes sombrent dans une superstition crasse et se croient obligés de courber l’échine devant ce qu’ils pensent être des signes prophétiques», dénonce l’auteur.

Devenue orpheline, la fille est chassée par les villageois, qui la prennent pour une sorcière, puis envoyée en Suisse par la Croix-Rouge, où elle grandit au sein de la très protestante famille Bachman. De son enfance lui reste un livre d’un dénommé Flores, dont elle n’a lu que la page 88. On y frappe à une porte, mais qu’y a-t-il derrière? Osera-t-elle, un jour, tourner la page pour le savoir?

Une seconde histoire démarre alors à la page 89 du récit de Reynald Freudiger. Celle de deux autres quêtes qui vont se croiser. Se plaçant sous le double patronage de Gabriel García Márquez et d’Andersen, l’écrivain déploie dans une prose tenue un récit qui happe d’emblée. L’auteur de La mort du prince bleu et d’Angeles, couronné du Roman des Romands en 2012, croise conte, critique contre les dérives totalitaires et pastiche. Car l’on devine parfois son rire, comme lorsqu’il dépeint un Hernán Cortés, ange gardien de Luz Nieve, devenu prêtre pour pardonner à ses parents de l’avoir prénommé comme le conquistador. Et, comme dans tout conte il y a une morale, on redécouvrira ici qu’il est utile de croiser le fer avec ses peurs, mais que n’importe quel rêve n’est pas bon à être poursuivi. À méditer au moment des résolutions de la nouvelle année. (24 heures)

Créé: 03.01.2018, 11h19

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