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«J’ai voulu donner aux enfants matière à sortir des clichés»

Pasionaria tout terrain, Helena Noguerra publie son deuxième conte pour enfants, «Manon dit toujours non». Marre de voir les petites filles rêver de princesses.

Helena Noguerra, perspicace observatrice des temps modernes.
Helena Noguerra, perspicace observatrice des temps modernes.
Foc Kan/Getty Images Europe

Ténébreuse toujours rayonnante à la quarantaine, Helena Noguerra confirme d’un battement de cils que les brunes ne comptent pas pour des prunes. Son aînée Lio transforma le slogan en tube il y a trente ans. Pourtant, les clichés persistent. Et c’est avec un humour militant que sa cadette, actrice, chanteuse, dramaturge et désormais écrivain, fait de la résistance avec Manon dit non. Sa fable dégomme les falbalas, carrosses et autres princes charmants comme plan de carrière. «Princesse, c’est nul comme métier et puis, ça sert à rien, fulmine l’héroïne. Faut mettre des belles robes, faire coucou avec la main sur un balcon, puis faut faire des bébés et sourire.» Et d’explorer d’autres possibilités, «(in)génieur-grand-chef-explorateur-docteur des animaux-croco chamelle». Ou raconteuse d’histoires.

Pourquoi s’en prendre aux princesses, désormais «libérées» dans les films de Walt Disney?

Je me sens concernée depuis longtemps. Au fond, je ne défends que ce que je suis, cette petite fille boudeuse que j’étais. J’ai mis des années à comprendre que je n’étais pas seulement un individu, mais une fille. Moi le garçon manqué, tout à coup, à l’adolescence, je me suis vue harcelée, je n’étais plus un garçon comme les autres! Ce statut m’obligeait à me montrer plus costaude. De là, j’ai voulu donner aux enfants matière à sortir des clichés.

Jusqu’à celui de la princesse émancipée?

Mais oui. Car sans penser à mal, des pères, même tout tendres, continuent à appeler parfois leur fille «ma petite princesse». J’ai imaginé l’effet que cela pouvait produire sur une Manon, en le dramatisant quand elle prend ça à la lettre.

N’est-ce pas un combat d’arrière-garde?

L’égalité des sexes, c’est très neuf comme concept culturel. Et dans une société où l’obscurantisme reprend vigueur, combien de drôles d’idées circulent sur les femmes… Simone de Beauvoir plaidait déjà la cause. Vieux concept: les femmes se retrouvent toujours en première ligne en temps de crise. Ces droits ne semblent pas assez anciens pour être considérés comme définitivement acquis. Il suffit de rappeler que jusqu’en 1973, en France, une femme ne pouvait pas ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari. Le monde change, certains réflexes persistent. Et ça commence tout petit.

Comme la croyance qui dit que ce sont les mères qui «sculptent» la mentalité de leurs garçons.

Et je ne suis pas d’accord. Pourtant j’ai élevé en solo un vrai monsieur de 26 ans (ndlr. son fils, Tanel Derard, qu’elle a eu à 21 ans). Toujours la même vieille histoire d’Eve responsable d’avoir bazardé le Paradis pour croquer la pomme. Mannequin très jeune, j’ai été confrontée à ces histoires d’objet du désir. Il suffit d’un peu de bon sens pour saisir que le bonheur ne dépend pas du bon mascara.

Ça vous a rendu féministe?

J’ai su plus tard que ça s’appelait du féminisme. Par tempérament, j’adore analyser, la psychanalyse me fascine. Je suis du genre «décortiquante» à questions casse-couilles: pourquoi par exemple, sur telle photo de famille, les gens se sont placés dans cet espace précis et pas un autre. J’aime observer les noms dont s’appellent les amoureux, ceux que donnent les parents aux enfants. Ces petits «mon chéri» traduisent parfois des latences inconscientes insoupçonnées.

D’où la pérennité du contes de fées?

Sans doute. Il y a de très beaux costumes de Wonder Woman. On pourrait se demander pourquoi la mode n’a jamais pris.

Décourageant?

Il y a parfois tant d’inertie. Voyez les magazines féminins. Pour se sentir mieux, ils intègrent désormais des articles féministes. Pour le reste, c’est le statu quo avec 1950. Fiches cuisine, reportages déco et comment avoir un beau petit cul d’ici cet été! Notez, j’y participe, donc...

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