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Vincent Cuvellier: «Je suis un sacré branleur mais je bosse»

Eternel chenapan de la littérature jeunesse, Vincent Cuvellier rigole et pleure avec Emile. Interview.

Vincent Cuvellier s’agite, à la fois romancier qui sonne les trompettes de 30 ans de carrière et libraire bruxellois qui débute à l’enseigne des Gros Mots, près de la cossue avenue Louise. La vie d’artiste, en somme, entre modestes avances et «royalties» des éditeurs, conférences rémunérées dans les écoles et autres plans débrouillards. «Je ne suis pas millionnaire. J’ai souvent de bonnes critiques sur Emile, des trucs bien classe, bien beaux intellos même.

Dans la rue, il arrive que les gens me pointent du doigt: «Oh, regarde, c’est Emile!» Mais les ventes, hein, bof. Notez, j’ai des confrères qui m’envient car eux, c’est le contraire. Alors j’ai ouvert cette bouquinerie pour assurer les fins de mois.» Avec humour, cet iconoclaste observe néanmoins les chapardeurs voler ses bouquins ailleurs que dans ses bacs. Ces jours, il y a le choix. Il publie une autobiographie au titre provocateur, Je ne suis pas un auteur jeunesse.

Les surréalistes belges ont sans doute déteint sur le tempérament voyageur du Breton de Brest. Dans la foulée, il donne suite à son essai philosophique La première fois que je suis née, avec Mon fils. Enfin, sort une aventure de son champion boudeur, Emile fait l’enterrement. «J’ai dépassé 40 ans. Et faut toujours pas m’emmerder. Mais aujourd’hui, je suis écrivain. Punaise, j’adore dire cette phrase!» Ce drôle d’énergumène se la répète en mantra depuis l’âge de 17 ans. Explications.

Votre bio convie Lino Ventura, De Gaulle, Claude François. Pourquoi cette Sainte Trinité? Je n’y suis pour rien, ils débarquent dans ma tête. Un truc assez réel d’ailleurs. En fait, j’ai sympathisé avec eux pour leurs qualités autant que pour leurs défauts. A mes débuts, j’ai affronté des choix cornéliens par exemple. Alors pour m’inspirer, j’invitais Cloclo l’autodidacte, le bagarreur, le monstre d’ambition. Et quand je me prenais du mépris, je pensais à Lino Ventura. Qu’aurait-il fait dans la situation, lui qui ne se laissait pas marcher sur les pieds? Il se prenait le nez dans la main, pinçait l’arête comme ça, tapotait un peu et en face, le type se tassait.

Comment casez-vous De Gaulle là-dedans? Oh, je sais qu’il n’est pas trop couru parmi les auteurs de littérature jeunesse, plutôt à gauche. Pourtant, je l’évoque dans 7 ou 8 de mes livres. Une figure tutélaire, comme Emile, un peu renfrogné mais qui sait ce qu’il veut, se place au-dessus de la mêlée, seul contre tous. Quitte à friser le ridicule. J’en rigole mais j’aime ma triade pour de vrai.

Comment avez-vous gardé le sens de l’humour malgré les galères? Pour être honnête, j’ai eu un petit passage dur. J’en voulais à la terre entière. Puis l’histoire donne du recul, le livre, ce n’est que du papier. Et je ne suis pas Marcel Proust. Je me vois comme un auteur juste assez intéressant pour que cela justifie de l’imprimer, avec quelques bons trucs, des ratés et du plus moyen. C’est là que le Général vient dégonfler la citrouille. Je suis un sacré branleur qui sans en avoir l’air, bosse comme un dingue.

D’où vient l’humour sarcastique d’Emile, quasi anglo-saxon? C’est vrai que je me trouve bien chez Roald Dahl. Ou même les auteurs de l’Est, que je viens de découvrir. En délicatesse avec la vie communiste, ils produisent des albums assez décalés. Au fond, ce qui m’horripile en France, c’est la tendance bien-pensante. C’est fou ce que les adultes peuvent se permettre avec les enfants. Ils balancent des messages, parlent comme s’ils savaient, bêtifieraient presque «gnangnan» comme des hommes politiques! Avec en prime, ces livres hallucinants «à fonction», à offrir en cas de divorce, deuil, déménagement etc. Et nous les auteurs, sommes sommés de répondre à cette attente tordue. Pouce! Moi, je n’ai pas de pouvoir magique.

Reste qu’à grand pouvoir, grandes responsabilités, selon Spider-Man. J’admets avoir un rôle social bizarre mais je refuse de trop préméditer. Prenez Emile fait l’enterrement. Je parle de la mort sans tabou. En même temps, ça n’a rien de très pédagogique. Je suis fier de ne pas prendre de biais, de ne pas donner dans la poésie. Je reste terre à terre, frontal. Ma cohérence tient dans le minimalisme, les dialogues quasi muets. Je garde ces blancs qui me permettent d’en dire beaucoup et d’aller où je veux.

D’où vient Emile? A dire vrai, je vivais au privé une grosse galère de déménagement, garde d’enfants, etc. Face à des situations compliquées, j’ai toujours été très à l’aise grâce à mon sens de l’impro. Et l’idée de ce héros est venue. Puis un illustrateur, Ronin, qui l’a adouci. D’ailleurs au début, il s’appelait Gilbert.

Evidemment, un Gilbert. Vous avez une théorie sur les noms, entre les Petit Prince et les Petit Nicolas. J’aime bien les théories foireuses qui retombent toujours sur leurs pattes. Mais je crois vraiment à l’espèce des Petit Prince, des êtres en apparence purs et naïfs, mais très dangereux pour la société sous leur image éthérée et détachée. Et à celle des Petit Nicolas, qui rappellent aux grands les points communs de l’enfance humaine. Même François Fillon a fait pipi dans sa culotte et à mon avis, ça autorise des cheminements philosophiques intéressants. Osons délirer, sinon je n’écrirais plus une ligne!

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