Wolinski nous manque aussi

HumourAbattu à «Charlie Hebdo», celui qui ne pensait qu’à ça mais n’en pensait pas moins revient par le biais d’un livre

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«A part toucher une femme et toucher un chèque, y a-t-il quelque chose qui me touche?» Tout Wolinski est contenu dans sa question. Il possédait un vrai talent de «blablateur» et il ne s’est pas privé de submerger ses dessins de longs propos. Et son style? Quelque chose de relâché dont il s’explique: «Je me suis levé un matin et j’ai dessiné une dizaine de petites histoires. Je me sentais intarissable. C’était en 1965, je crois. Depuis longtemps, Cavanna observait les dessins que j’exécutais pendant les conférences de rédaction ( ndlr: de Hara-Kiri ) et me disait: «Pourquoi tu n’es pas aussi drôle dans les pages que tu me donnes pour le journal?» Avant, ce sont Duboux et l’Américain de Mad Will Elder qu’il tentait d’imiter.

Personne ne scrute mieux Georges Wolinski, né à Tunis en 1934, que cet enfoiré de «Wolin», comme on l’appelait aussi. Mais entre les fesses et le flouze, il y avait chez lui un plein rayon de tout, que l’on retrouve dans le récent Le bonheur est un métier. Soit Wolinski par Wolinski posthume, car il n’est pas sorti debout de la rédaction de Charlie Hebdo après l’attentat terroriste du 7 janvier 2015.

Les rédactions, il les a collectionnées tout au long de sa vie d’homme libre. De L’enragé, créé par Siné en 1968 (trois mois de ventes en colportage), à Hara-Kiri sous la coupe de Cavanna et Choron. Au journal «bête et méchant», il côtoie Gébé, Willem, Delfeil de Ton, Cabu, avec qui il partagera les balles, et surtout Reiser. Il avait rencontré Bosc, quinze ans plus tôt, grâce à sa mère qui tenait une chemiserie à Fontenay-sous-Bois. Le grand dessinateur l’avait encouragé. Mais il y a eu l’armée, dix-huit mois dans le désert atomique du côté de Reggane, et la guerre d’Algérie.

Revenons aux rédactions: Wolinski a travaillé pour Charlie Hebdo, celui qui a coulé dans les années 80. Il a dirigé Charlie Mensuel. C’est la période où il a scénarisé Paulette pour Pichard. Il a dessiné des couvertures pour Action. Plus tard, il s’est collé le dessin de une de l’Humanité, qu’il quittera à l’aube du gouvernement Mauroy (sous Mitterrand) qui avait nommé ministres, des cocos. Impossible donc de se payer la tête des socialos! Puis il est entré à L’Obs’, remplaçant Reiser, avant de se faire débaucher par le Journal du Dimanche et Paris Match. Quand on lui faisait remarquer qu’il avait bien changé, il se défendait: «C’est pas moi qui ai changé, c’est l’époque…»

Il faut dire que le fumeur de havanes avait déjà déboussolé ses potes de gauche en acceptant des pubs… dès 1965 pour l’éditeur genevois Skira. Après Mai 68, il succombe aux avances chocolatées du directeur artistique de Mars. «J’ai donc fait une série de dessins, mais trop appliqués, je voulais bien faire. Il m’a dit que non, il voulait les dessins comme je faisais d’habitude. En fait, il voulait que je bâcle.» Et ça payait royal comme pour les meubles Darnal. Un de ses tics est de se croquer deux fois dans le même dessin, en petite bite de jeune dessineux et en vieux goguenard venu chapitrer le petiot. Un autre consiste à s’imaginer au-dessus d’une falaise, de face ou tournant le dos au vide, dégoisant: «Le bonheur et le malheur c’est pareil» ou «Pendant la sinistrose, la vente continue». On l’a aperçu dans les romans-photos de Choron. Il a écrit et scénarisé des films, citons Le roi des cons. On l’a vu dans Lui, il est passé par Libération.

A propos des charmantes

Malgré sa relation tenace et enflammée avec Maryse, il passe pour un coureur, ce qu’il a été après la mort de sa première épouse. Déniaisé par des femmes (dé)culottées. C’est l’époque de Je ne pense qu’à ça qu’éditera sous le manteau Jean-Jacques Pauvert. A propos des charmantes, il écrit: «Elles consolent les hommes mariés des essoufflements du mariage. Elles ne sont, hélas, souvent, qu’un complément agréable. Qu’un souvenir délicieux, qu’un regret conservé précieusement jusqu’à la fin de la vie.» Mais il a aussi proclamé: «Les jeunes baisent comme nous on flirtait. Les femmes sont libérées, les hommes sont fatigués. Ça fait «vieux con» de fantasmer sur le sexe».

Reste l’humour. Il a répété souvent avoir tout appris chez Cavanna. Dans une confession imaginaire sur deux pages où le dessin s’apparente au prétexte, il confesse avoir détenu une montagne de roubles impossibles à sortir d’URSS. Ce fric lui était dû pour la reproduction de tous ses crobards anti-impérialistes. Et de finir sur une larme de combat: «La seule chose que je regrette, c’est que l’arme de l’humour et de la caricature, n’ait pas réussi à éliminer le capitalisme, et le libéral-fascisme mais ce n’est que partie remise. Je reste un soldat de l’humour.» Il en est mort. (24 heures)

Créé: 09.01.2017, 20h49

Le livre



Le bonheur est un métier
Wolinski
Glénat, 320 p.

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