Yakari change de plume

Bande dessinéeJoris Chamblain succède à Job au scénario. Derib, le dessinateur de la série, s’en félicite. Explications.

Dans «Le jour du silence», 39e album de Yakari, le petit Indien découvre que rien n’est jamais acquis dans la vie.

Dans «Le jour du silence», 39e album de Yakari, le petit Indien découvre que rien n’est jamais acquis dans la vie. Image: Ed. Le Lombard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quoi de neuf sous le tipi de l’ami Yakari? Rien de moins qu’un nouveau scénariste. Après l’avoir accompagné pendant près de cinq décennies à travers la Grande Prairie, André Jobin (89 ans), alias Job, renonce à son héros et cède la main au jeune Français Joris Chamblain (32 ans). Contacté en juin 2015 par les Editions du Lombard, le coauteur des Carnets de Cerise a pris la plume sans hésiter. «C’était un gros challenge, avec une pression de fou. Mais je n’avais pas l’impression d’être étranger à l’univers de Yakari. Toutes les valeurs que je défends dans mes livres – la bienveillance, le vivre-ensemble, le respect de soi-même et de la nature – je les retrouve dans ses histoires», explique dans un café genevois ce gaucher prolifique, également auteur de livres jeunesse.

Les enfants, public cible de Yakari, Chamblain les connaît bien. Pendant dix ans, il a été animateur en école primaire et directeur de colonies de vacances. «J’ai connu 3000 gosses, entre 4 et 18 ans. Quand j’écris des livres, c’est toujours aux petits que je pense. Je connais leur sensibilité, leurs jeux, leurs espoirs.» Lui qui a jusqu’ici toujours animé des héroïnes (Cerise, Enola et autres Mandy) se voit proposer un personnage masculin iconique. Ça ne le perturbe pas plus que ça. «Ces jeunes héros ne sont pas sexués. Pour moi, un garçon ou une fille, c’est pareil jusqu’à 11 ans.»

Pas si évident

Désormais en charge des nouvelles péripéties du Papoose préféré des enfants, Joris Chamblain signe Le jour du silence, un album d’excellente facture, dans lequel il apporte sa touche personnelle sans chahuter pour autant le personnage. Claude de Ribaupierre (72 ans), Derib pour ses lecteurs, s’en félicite. «C’est le début d’une collaboration fructueuse», assure l’auteur vaudois. Tout n’a pourtant pas été évident entre le «petit jeune», comme se revendique Chamblain, et son aîné chevronné, auteur pour mémoire et entre autres de la série Buddy Longway et des sagas indiennes Celui qui est né deux fois et Red Road.

«J’avais carte blanche dans la proposition d’idées, et bien sûr je tenais à me mettre au service de la série, dans une certaine continuité», raconte Joris Chamblain. Pour bien appréhender le monde de Yakari, le nouveau scénariste du petit Indien commence par relire tous les albums écrits par son prédécesseur. Trente-huit tomes parmi lesquels il liste un certain nombre d’éléments. «J’ai pris des notes sur les ambiances, les enjeux, les personnages. J’ai notamment trouvé qu’Arc-en-Ciel, la meilleure amie de Yakari, était un peu datée. Elle a besoin d’être reboostée.» Dans un deuxième temps, il rencontre Job, qui lui transmet le témoin avec cette question: «Quand peux-tu livrer un premier scénario?» Chamblain ne se fait pas prier et expédie un mois plus tard à son éditeur une histoire complètement dialoguée. Derib la découvre… et ça ne lui plaît pas. «C’est la compilation complète de ce que je ne veux pas faire dans Yakari!» s’exclame le dessinateur.

Malaise? Pas du tout. Derib invite Chamblain chez lui, à La Tour-de-Peilz (VD). Pour lui montrer ce qui ne va pas, il crayonne les trois premières planches du scénario au crayon et se fend d’une explication de texte: «Job et moi, on a toujours collaboré extrêmement étroitement. On se racontait l’histoire à venir mutuellement. Une fois établi le fil conducteur, il écrivait les dialogues, et à partir de là, on construisait le découpage. On a travaillé de cette manière pendant trente-cinq ans, puis par téléphone ou par fax (et ça marchait moins bien) quand il est allé s’établir dans le sud de la France.»

A son jeune interlocuteur, Derib reproche d’être parti sur une mauvaise piste. «Ton récit est trop introspectif, psychanalytique. Yakari dialogue avec son ombre, ça ne fonctionne pas. Je veux de l’aventure et pouvoir animer des personnages récurrents essentiels comme Petit Tonnerre, Arc-en-Ciel ou Grand Aigle. Il faut changer d’aiguillage.»

Plaisir retrouvé

Chamblain acquiesce, revoit sa copie, qui cette fois convainc pleinement Derib. Le créateur du petit Indien supprime quelques dialogues, en adapte d’autres, mais sur le fond se montre enthousiaste. Dans cette nouvelle mouture, Yakari découvre que ses actes ont des conséquences et que rien n’est jamais acquis dans la vie. Ni l’amitié – il se brouille avec son poney – ni le don unique de pouvoir parler aux animaux… «Je me suis vraiment amusé avec cette histoire, j’ai même retrouvé le plaisir que j’éprouvais en réalisant les premiers albums de la série», assure le Boéland. Graphiquement, ce nouvel élan se matérialise par des cases panoramiques, des dessins à bords perdus et de superbes pleines pages, tout à fait inhabituels dans l’univers de Yakari.

Mission accomplie pour Joris Chamblain, qui a reçu dernièrement les félicitations de Job lui-même. «Il m’a appelé pour me faire part de sa satisfaction, en me disant que ce Yakari-là, il aurait pu l’écrire.» Tiré dans un premier temps à 35 000 exemplaires, Le jour du silence paraît bien parti pour convaincre les amoureux de la série. Dans la foulée, Derib et son nouveau scénariste planchent sur un nouvel épisode, qui devrait trouver des échos avec l’un des meilleurs albums de la saga, Le secret de Petit Tonnerre. Parution attendue dans un an.

«Le jour du silence» Par Derib et Chamblain. Ed. Le Lombard, 48 p.

Créé: 28.10.2016, 16h18

Articles en relation

Derib et son fiston partagent le même crayon

Dessin Le célèbre papa de Yakari collabore étroitement avec Arnaud, comédien de métier. Regards croisés. Plus...

Des projets, des idées, toujours plein la tête

La rencontre Formé par Peyo, admirateur de Jijé et de Franquin, Derib qui règne en vieux Sioux sur la bande dessinée vaudoise et suisse se retrouve sous les projecteurs de BDFIL à Lausanne. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.