Les locataires de Beaulieu en quête de salles

RénovationUne fois le théâtre fermé pour travaux, les acteurs culturels devront présenter leurs spectacles ailleurs. Si certains ont déjà trouvé des solutions, d’autres explorent encore des pistes.

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En février 2020, les ballerines du Prix de Lausanne n’exécuteront pas leurs arabesques sur les planches du Théâtre de Beaulieu, mais dans les murs de l’Auditorium Stravinski de Montreux. En cause, le vaste chantier de rénovation du plus grand théâtre de Suisse, qui s’étendra de juillet 2019 à fin 2020, en parallèle à l’installation du Tribunal arbitral du sport (TAS) à Beaulieu. Rappelons que ces travaux s’inscrivent dans un cadre tumultueux marqué par les remous liés aux magouilles exercées par l’ex-secrétaire général de la Fondation de Beaulieu. Le 31 août dernier, la Ville de Lausanne annonçait qu’elle reprendrait les activités de la fondation via la création d’une société anonyme. Le sujet, particulièrement sensible, a provoqué un vif débat mardi soir au Conseil communal (lire encadré).

Solidarité de Montreux

Malgré la tempête, la rénovation du Théâtre de Beaulieu se précise. En premier lieu, les coûts ont été revus à la baisse, passant de 45 millions à 35 millions. «Le projet, qui prévoit d’améliorer le confort des spectateurs et de remettre les lieux aux normes en matière de sécurité, sera soumis à l’enquête publique ce mois-ci, souligne Nicolas Gigandet, directeur général de la fondation depuis la crise. Quant à la jauge, elle passera de 1800 à 1600 places environ.» Dès juillet prochain et jusqu’au début de 2021, les usagers du théâtre, coexploité par Opus One, devront donc trouver asile ailleurs. Si certains acteurs culturels ont déjà trouvé des lieux prêts à accueillir leurs productions pendant les travaux, d’autres explorent encore diverses pistes. À l’instar du Prix de Lausanne, plusieurs spectacles trouveront refuge à Montreux. Car, hasard du calendrier, le Montreux Music & Convention Centre (2m2c) doit lui aussi subir une cure de jouvence. Mais pour maintenir au moins une salle d’envergure dans la région, la Municipalité de Montreux avait accepté de différer la rénovation du 2m2c à août 2020. Un échange de bons procédés. «Nous sommes dans un esprit de collaboration et de solidarité, sachant que nous pourrions déplacer certaines manifestations à Lausanne lorsque nous serons en travaux», confirme Pierre Smets, directeur de la Saison culturelle de Montreux.

Il n’empêche. Le public ne rechignera-t-il pas à migrer hors de la capitale? «Non, assure Kathryn Bradney, directrice artistique et exécutive du Prix de Lausanne. Montreux est proche de Lausanne, nous avons une audience fidèle et des partenaires internationaux qui nous rejoignent du monde entier chaque année!»

La situation est plus délicate pour l’Orchestre de la Suisse romande, qui ravit les mélomanes au Victoria Hall de Genève et à Beaulieu. Sur sa série de huit concerts à l’affiche, deux seront donnés à Montreux. «Notre public étant essentiellement lausannois, nous devrons réaliser un véritable effort de communication pour ne pas perdre trop d’abonnés», soupire Guillaume Bachellier, délégué de production à l’OSR. Les six autres seront donnés à la salle Métropole de Lausanne. Avec une autre contrainte: la location est plus onéreuse qu’à Beaulieu et sa jauge inférieure. «Nous avons d’autres curseurs pour ajuster notre programmation, mais elle ne sera pas moins ambitieuse.» Montreux pourrait également accueillir des productions programmées par Opus One. «Certaines auront lieu à Montreux, d’autres à Genève ou encore au Métropole. Il est trop tôt pour le dire, indique son directeur, Vincent Sager. Cela dit, il y aura une incidence sur l’offre, il y a des choses qu’on ne pourra pas faire.» Craint-il par ailleurs que la (légère) réduction de la jauge de Beaulieu ne prétérite les spectacles d’Opus One dès 2021? «Je ne pense pas que cela posera problème au niveau financier. Les manifestations où tout est vendu jusqu’au dernier strapontin sont plutôt rares, observe-t-il. La salle rénovée correspondra parfaitement aux attentes et aux besoins. N’oublions pas que la baisse du nombre de sièges se fera au profit de l’amélioration du confort du public.»

Le cas le plus épineux semble relever du Béjart Ballet, privé de plateau pour ses deux rendez-vous lausannois de décembre et de juin, soit à trois reprises (décembre 2019 puis juin et décembre 2020). «Cette situation, nous ne l’avons pas choisie et nous devons faire avec, déplore Jean Ellgass, directeur exécutif du BBL. Ces deux rendez-vous annuels à Beaulieu sont des marqueurs importants dans nos saisons.» Les pistes explorées? «Tout est en train de se faire, nous y travaillons ardemment, mais je ne peux rien annoncer de concret pour le moment.»

La Paternelle sous chapiteau

Moins célèbre mais tout aussi emblématique du Théâtre de Beaulieu, La Paternelle a dû, elle aussi, trouver un lieu pour son spectacle de décembre de l’an prochain. Non sans peine. «Nous nous sommes posé beaucoup de questions pour rechercher des solutions quand nous avons appris la nouvelle», confie son président, Yves Fritsché. D’autant plus que l’année 2019 marquera les 125 ans du théâtre d’enfants. Le dénouement? La pièce, concoctée autour de la figure de Charlie Chaplin, sera jouée sous chapiteau à Bellerive. «C’est un très gros projet à mettre en place, et son budget est plus conséquent que celui que nous aurions à Beaulieu. Mais ce serait dommage de diminuer le nombre de spectateurs.»


Les élus lausannois s’offrent un prédébat pour 200 millions

Mardi soir, les difficultés de Beaulieu se sont de nouveau invitées dans les débats du Conseil communal. Les élus lausannois ont longuement devisé sur les déboires financiers du site. Alors même qu’ils devront s’y remettre en fin d’année «pour de vrai». Les autorités ont en effet annoncé, le 31 août dernier, que la Ville de Lausanne allait fonder une société anonyme et reprendre la gestion totale du site (notre édition du 1er septembre). Une opération à 36 millions de francs, rien que pour le capital propre, et 25 millions de cautionnements. Ce après validation des élus, en fin d’année. Pour mémoire, une magouille géante a été mise au jour en fin d’année dernière. En son centre, les méthodes de comptabilité douteuses pratiquées par la fondation et par son secrétaire général, Marc Porchet. Ce dernier est, depuis, visé par une dénonciation pénale qui porte sur trois volets.

Face à ce plan de sauvetage de la Ville, l’UDC Fabrice Moscheni n’a pas voulu attendre le projet tricoté par la Municipalité. Il a posé une série de questions et émis des inquiétudes au sujet de l’affaire. Il a obtenu que les autorités y répondent en urgence. L’élu a fait ses calculs: depuis 2000, 81 millions de francs ont été perdus à Beaulieu, sur les 120 que comptait son capital de base. Lausanne seule y a mis 54 millions de francs. «Est-ce que vous investiriez dans une telle entreprise? Qui perd 5 millions chaque année?» a-t-il demandé à ses collègues du Conseil communal. Il voit d’un mauvais œil que Lausanne uniquement soit aux manettes. Pourquoi le Canton de Vaud n’est-il pas resté dans l’affaire? Fabrice Moscheni est «perplexe». «Nous devrons être très très attentifs à la fin 2018, pour éviter de créer un zombie», a-t-il prévenu.

Grégoire Junod rappelle avant toute chose que c’est en effet aux élus qu’il appartiendra de lancer Lausanne dans cette nouvelle version de Beaulieu. «Vous vous prononcerez sur tout!» Au sujet du gouffre financier souligné par l’UDC, Grégoire Junod lâche: «Oui, ce sont des sommes considérables versées depuis 2000. Et il y a eu une série de très gros problèmes. C’est normal que cela soulève des questions. Mais il faut faire la bonne analyse financière: il n’y a pas que du perdu.»

Le syndic donne l’exemple des halles sud, entièrement reconstruites avec l’argent évoqué. Il se souvient aussi que 70 millions ont dû être versés dès la création de la fondation afin d’éponger des dettes passées. «La fondation a eu très peu de ressources et s’est beaucoup endettée dans un modèle qui n’a jamais été capable d’amortir le financement des investissements réalisés. Nous avons eu une illusion. On s’est vendu un modèle qui est bénéficiaire et ce n’est pas le cas. Maintenant nous arrêtons de nous mentir. La Municipalité a un regard lucide sur ce qui s’est passé.»

Sur le retrait du Canton de Vaud, Grégoire Junod relativise: il renonce à une dette de 15 millions et activera des cautionnements à hauteur de 28 millions. «L’État prend aussi des risques», résume le syndic. Qui rappelle que jusqu’ici c’est Vaud qui a versé le plus d’argent dans le site de Beaulieu.

Mais surtout, Grégoire Junod croit aux chances de son nouveau modèle. Pour lui, les différents acteurs présents sur le site sont de bons partenaires. Le Tribunal arbitral du sport, l’école de La Source et le théâtre «ont été bien pensés. Ils sont une vraie plus-value pour le site.»

L’hôtelier Jacques Pernet (PLR) souligne que si l’interpellation de l’UDC a du mérite, elle omet de prendre en compte les retombées économiques du futur Beaulieu sur la région. Congrès, formation, culture… «Beaulieu n’est pas une entreprise comme les autres. Ça fait partie des infrastructures de la ville. Comme, à la montagne, les remontées mécaniques. Ça a tout son sens que le site soit dans les mains de la collectivité publique.»

Membre d’Ensemble à Gauche, Johann Dupuis a interrogé le sens de la démarche de Fabrice Moscheni. «Quelle est votre intention? Vous voudriez tout vendre? Tout céder à des privés? Ce n’est pas possible, compte tenu des caractéristiques du site. La Municipalité n’a pas vraiment d’autre choix que de faire ce qu’elle fait.» Le détail de ce grand changement de modèle sera connu à la fin de l’année, via un préavis que les élus auront tout loisir d’étudier. Le débat de ce mardi soir, qui a duré une grosse heure et quart, pourrait alors ne plus faire que figure de vague petite discussion.

Créé: 04.10.2018, 12h29

Vétustes, les locaux du Ballet Béjart feront peau neuve

L’année 2019 sera chargée pour le Béjart Ballet. Non seulement les danseurs ne pourront pas se produire sur le plateau du Théâtre de Beaulieu, mais ils devront quitter leurs locaux situés au chemin du Presbytère 12, le temps que ceux-ci subissent une grande cure de jouvence, d’avril prochain à février 2020. L’équipe et les artistes déménageront temporairement dans la halle 18 du complexe. «Nous allons rénover ce bâtiment qui date de trente ans, dont un tiers n’a jamais été terminé et dans lequel nous sommes à l’étroit», souligne Jean Ellgass, directeur exécutif du BBL. Les espaces, vétustes et mal isolés, seront entièrement revus et mis aux normes. «Installés sur deux niveaux jusqu’ici, nous avons trouvé les espaces manquants en récupérant l’étage inférieur libéré par la Fondation de Beaulieu, à qui la Fondation Béjart Ballet Lausanne a acheté le Presbytère 12 en mai dernier», précise-t-il. Le montant de l’opération, comprenant les travaux et le déménagement, s’élève à 6,7 millions de francs. Pour le financer, la Fondation Béjart Ballet Lausanne empruntera 5,5 millions cautionnés par la Ville de Lausanne. Elle a déjà obtenu la garantie de l’apport de plusieurs donateurs.



(Photo: Patrick Martin)

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