Dans la lumière morte du New Moon, tout Pigalle revient à la vie

LivreAdo, le journaliste David Dufresne a connu les soirées du club mythique. A travers son fantôme, il peint un tableau d’un siècle de belle crapulerie

Couverture du livre de David Dufresne

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Parfois, Pigalle fut au centre du monde. Les écrivains y résidaient, les truands y trépassaient, les fêtards y festoyaient, tout un monde interlope faisait de cet îlot du IXe arrondissement parisien un lieu mythique, du glamour international et «autorisé» du Moulin-Rouge aux frissons interdits des tripots à strip-teases et des claques à prostituées.

Quand elle n’était pas encore un espace de sex-shops franchisés et de vitrines sans âme, Pigalle fut aussi le lieu des clubs de musique plus ou moins éphémères, peu ou prou légaux: orchestres à guinguette du début du XXe siècle, bals populaires, cafés jazz fifties, fiesta yé-yé puis rock alternatif et techno… David Dufresne en a connu une époque vibrante, entre les murs étroits et mouillés de sueur du New Moon, qui abritèrent la version tardive du punk made in France, vers 1986. Avant de devenir journaliste (notamment à Libération), le jeune homme moderne squatta les escaliers du club, compressé entre une veste bomber orange et un perfecto noir, en attendant de voir sur la scène minuscule et asymétrique des groupes aussi hot que la Mano Negra et les Wampas ou des figures du rock légendaires comme Johnny Thunders et Stiv Bators.

Jouant à saute-mouton avec ses souvenirs et les époques, Dufresne écrit bien plus que l’histoire d’un «café de nuit joyeux». Il agit en sous-marinier, en archiviste, pour descendre sous la couche de glace de sa seule mémoire et éclairer les lieux (toujours de perdition) qui précédèrent l’installation du New Moon (et «sa fin», sous les crocs des pelleteuses en 2004, si impatientes d’en faire un énième centre commercial). On s’acoquine au son du jazz de Duke Ellington que le Bricktop’s servait aux surréalistes dans les années 30. On compulse avec lui les mains courantes policières, quand Tonio la Scoumoune avala son carnet de naissance sur les marches d’El Monico, le 1er septembre 1947. On entre sur ses pas dans les salons feutrés de Mme Martini, la taulière toute-puissante qui régnait sur le quartier et ses boîtes, dont ce Sphinx ouvert dans les années 50. On revient au début du siècle, quand les messieurs se rinçaient l’œil à la Feuille de Vigne. On repart en 1990 vers le New Moon, ultime enseigne du 66, rue Pigalle, abri malpropre de la jeunesse alternative qui offrit au quartier une ultime montée d’adrénaline libertaire. (24 heures)

Créé: 12.10.2017, 10h34

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