Sous la lune de Caribana, Minuit va réveiller les fantômes du funk et du rock à guitares

FestivalL’amour de la six-cordes est une affaire de famille: avant son concert jeudi, Raoul Chichin évoque une passion encouragée par son père, Fred

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Raoul Chichin parle comme il joue de la guitare, vite et bien. Alors quand le sujet de la conversation porte justement sur la six-cordes, tous les voyants sont au vert pour une envolée verbale très agitée, mobilisant ses héros musicaux. Au premier rang de ceux-ci: Fred Chichin, son père disparu en 2007, accessoirement fondateur et membre des Rita Mitsouko avec Catherine Ringer, sa femme et la mère­ de Raoul.

Le guitariste de 27 ans n’a eu de cesse de s’expliquer sur cette illustre ascendance qui, avec sa sœur Simone, l’a tout naturellement poussé vers la musique et la scène – jeudi, ce sera celle de Caribana, dont la 29e édition démarre aujourd’hui. Le funk carré et les ambiances interlopes de Minuit, leur groupe depuis 2013, se fraient petit à petit un chemin vers les sommets d’un marché francophone obstrué par la médiocrité de la standardisation electro-pop et variéto-rap. Bien au-delà du phénomène de curiosité, rendu plus troublant encore par le talent reçu en partage (Raoul à la guitare, Simone au chant), Minuit s’impose en bombe énergique qui inocule le chant en français dans un solide mélange de rock funkoïde, dont les nappes synthétiques n’empêchent pas les méchantes morsures limite heavy metal de Raoul. Qui dit «aisse daisse» pour AC/DC.

Comment êtes-vous venus à la musique?
J’ai grandi au milieu des guitares, j’ai toujours vu mon père en jouer. On a monté un groupe avec des copains quand j’avais une dizaine d’années - j’étais surtout fasciné par Michael Jackson. «Beat It», ce morceau! On jouait aussi un peu de metal, des trucs comme ça. Et puis un jour, j’étais ado, mon père m’a fait m’asseoir dans le canapé du salon et a passé le vinyle de «Back in Black» d’AC/DC. À fond de volume. Ça m’a scotché.

Vous jouez d’ailleurs avec une Gibson SG, la même que le guitariste lead d’AC/DC, Angus Young.
J’en ai un paquet, mais celle-ci appartenait à mon père. Une Special 1974, un peu transformée, superbelle, qui envoie du feu de Dieu.

«Un paquet», ça fait combien de guitares?
Dix-huit! (Il se marre) J’en achète, on m’en offre. Dès que j’en vois une qui clignote, je ne peux pas m’en empêcher.

En 2019, la passion pour la guitare et ses héros n’est plus véritablement à la mode…
On me dit souvent que je ne suis pas né dans la bonne époque. Pour moi, le rock est intemporel. Quand on écoute «Back in Black», Angus Young a 31 ans, à jamais. Et les Beatles auront toujours 25 ans sur «Revolver». C’est comme une photo vivante. Je m’en fous que le hard rock soit ou non d’actualité, il y a tellement de bons trucs qui ont été faits, le réservoir est gigantesque.

Minuit mélange assez idéalement votre appétit pour la guitare flamboyante et le groove funk…
Oui, on adore tous Prince, ce genre de funk en pulsations solides et linéaires et les solos de gratte dans une matrice dansante au son très propre. Funk et hard rock sont la même chose: un tempo droit, carré, répétitif, sur lequel tu colles un riff et obtiens un groove. Seul change la vitesse d’exécution.

Le contexte familial vous a-t-il permis de faire de belles rencontres?
J’étais gamin, je ne me rendais pas trop compte. J’ai pas eu tant de stars que ça à la maison… Ah si, une personne m’a fait flasher: Mark Plati, qui a travaillé avec David Bowie en studio et a joué sur scène avec lui (ndlr: il a coproduit le dernier album des Rita Mitsouko, «Variéty», en 2007, quand Raoul Chichin avait 14 ans). Entre la poire et le dessert, je me suis quand même retrouvé à lui demander comment il jouait ceci, ou cela. J’aime bien la production mais je suis avant tout un guitariste.

Le son plutôt compressé de votre premier album, «Vertigo», est-il le fruit d’un consensus?
Absolument. On écoute tous plein de choses différentes. Moi, je suis le mec très heavy, hard rock, eighties. J’adore Jeff Beck, c’est le chef, on dirait que sa guitare parle. J’aime aussi Van Halen, Queen, même Billy Idol! Steve Stevens, son guitariste, est l’un des meilleurs. Mes plans tapping (ndlr: pratique virtuose (et très années 80) qui consiste à jouer les cordes au niveau du manche en les frappant comme sur un clavier), c’est plus Steve Stevens que Van Halen.

Et le mauvais goût de cette époque? Le clip «Jump», de Van Halen, vaut son pesant de spandex fluo…
Ah non, je ne suis pas d’accord. Moi je le trouve marrant. On sent que les mecs ne se prennent pas au sérieux, qu’ils ont juste envie de monter sur scène faire les cons.

Jouer avec sa sœur, c’est un exercice facile?
C’est cool. On se connaît parfaitement, on s’entend bien, c’est un plaisir naturel. Je ne me pose pas la question. Avant, je chantais dans mon propre groupe, Raoul and the Crazy Dogs. On reprenait du Jimi Hendrix, les Who, Elvis Presley, Neil Young… J’aime beaucoup Neil Young pour sa vision des choses. Il ne parle pas tout le temps de musique. Moi, par exemple, j’adore la moto. J’ai un roadster qui envoie bien. Je pourrais en parler autant que de mes guitares, mais ce sera pour la prochaine.


Crans-près-Céligny
Du me 5 au di 9 juin
www.caribana.ch

Créé: 04.06.2019, 19h46

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