La Maison de l'écriture accueille ses 1ères plumes

Montricher (VD)L'écrivain vaudois Philippe Rahmy et le Collectif «Caractères mobiles» y évoquent leurs projets littéraires.

Image: Keystone

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Depuis le mois d'avril, la Maison de l'écriture de Montricher (VD) accueille des auteurs en résidence. L'écrivain vaudois Philippe Rahmy et le Collectif «Caractères mobiles» ont ouvert les portes de leurs cabanes pour évoquer leurs projets littéraires.

Conçue par des architectes différents, les sept maisonnettes suspendues à la canopée de béton complètent depuis peu le bâtiment imposant de la Fondation Jan Michalski pour l'écriture et la littérature. En 2017, 29 auteurs au total y trouveront le gîte et le couvert, pour des durées de deux semaines à six mois.

Temple

Philippe Rahmy et Tanja, sa femme, disposent de la plus grande cabane. Située de plain-pied, elle est accessible en fauteuil roulant. Un impératif pour l'écrivain qui souffre de la maladie des os de verre.

Le Vaudois de 52 ans en est à sa quatrième résidence, après Shangaï, Buenos Aires, Rome et Lavigny (VD). A son arrivée début juillet, il dit avoir «été cueilli par le gigantisme, la signature architecturale, le côté temple du bâtiment.» Passé ce premier saisissement, le lieu, béton-acier, s'est révélé très neutre.

«Dans son dépouillement, sa radicalité, il est comme l'image de l'écriture. C'est une plate-forme prête pour faire ce qu'il y a à faire», note-t-il.

Batailles de chacun

Philippe Rahmy se trouve à Montricher dans un but bien précis: travailler sur «Pardon pour l'Amérique», un projet dédié aux personnes incarcérées à tort aux Etats-Unis où il vient de passer six mois.

Ce sera à la fois un récit de voyage, un reportage, un roman, un essai philosophique, dépeint-il. L'écrivain compte bien achever un premier jet d'ici la fin de l'année, date à laquelle il quittera la résidence.

L'accueil est magnifique, la bibliothèque de 60'000 livres «incroyable». «On croise d'autres écrivains, on mange ensemble. Dans ces relations, distancées, mais fortes, on s'aperçoit des batailles de chacun.»

Kiosque littéraire

Tout autre projet que celui du Collectif lausannois «Caractères mobiles». En résidence pour un mois, il écrit pour les habitants de Montricher des textes littéraires brefs à la demande, sur la base d'un mot, d'une phrase ou d'une image.

«On croule sous les commandes», expliquent Catherine Favre, Mathias Howald et Benjamin Pécoud. «Nous avons une permanence devant l'épicerie du village du mardi au samedi. On nous contacte aussi par mail», détaillent-ils. Début août, alors que leur séjour tire à sa fin, ils en avaient reçu plus de 110.

Temps suspendu

Les sujets? Ils sont souvent en rapport avec des moments forts de la vie: un père qui va voir sa fille au Canada, des anniversaires, une lettre à donner à son enfant quand il aura 20 ans, mais aussi des épisodes de l'histoire du village et beaucoup de demandes en lien avec l'amour. «Par cette démarche, on a accès à l'imaginaire des gens», souligne Mathias Howald.

Déjà publiés pour certains dans le quotidien «Le Courrier», ces textes courts qui prennent des formes diverses feront probablement l'objet d'un recueil. Au-delà des cabanes design avec une vue extraordinaire, le luxe, c'est de pouvoir écrire sans se préoccuper de faire les courses ou de manger, souligne le trio. Et de partager «un temps suspendu» qui crée l'émulation.

Lieu habité

A l'origine du projet, Vera Michalski-Hoffmann se dit «extrêmement ravie» de voir le lieu habité 24 heures sur 24. «C'est le point d'orgue, la pièce qui manquait dans le puzzle», note la mécène et éditrice. «Les auteurs donnent vie au projet. Et leurs retours sont excellents. Ils apprécient l'endroit, son calme».

Le délai pour le concours de résidence 2018 vient d'expirer. «Nous avons reçu 600 candidatures pour l'année prochaine, dont certaines très intéressantes», souligne Mme Michalski.

«Ce qui doit primer, c'est la qualité des projets habités, où on sent quelque chose en plus. Car de nos jours n'importe qui peut se proclamer écrivain. D'ailleurs, on se murmure entre responsables de résidences les noms des ?touristes?» raconte-t-elle.

A Montricher, les écrivains en résidence se voient offrir le trajet aller et retour, un petit déjeuner et un repas par jour, ainsi que 1200 francs d'allocations mensuelles. (ats/nxp)

Créé: 04.08.2017, 10h09

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Philippe Rahmy: une vie en forme de montagnes russes

Atteint d'une maladie génétique, l'écrivain Philippe Rahmy a fait de l'écriture sa colonne vertébrale. Chapeau, barbiche, oeil malicieux et verve intarissable, le Vaudois raconte un parcours où se mêlent inextricablement souffrance du corps, littérature et voyages.

Né en 1965 à Genève, Philippe Rahmy est issu d'une «macédoine d'origine», germanique par sa mère, franco-égyptien par son père. Il passe son enfance entre un lit médicalisé à Crans-près-Céligny (VD) et un pensionnat catholique de Genève. Souffrant d'ostéogénése imparfaite, autrement dit de la maladie des os de verre, Philippe Rahmy connaît l'hôpital et l'isolement «à haute dose» depuis sa naissance.

La fragilité de son corps, ses difficultés quotidiennes, il les évoque avec humour, sans jamais s'apitoyer. «Je me blesse, je me soigne, je prends des forces et je repars. C'est une vie en forme de montagnes russes, avec des creux et des bosses», explique-t-il à Montricher (VD) où il est en résidence d'écriture pour six mois. «Cette douleur physique constante ne m'a pas détruit pour l'instant. C'est une saloperie, mais elle se traduit en quelque chose d'autre», relève-t-il.

Après plusieurs recueils de poésie, l'auteur est invité dans une résidence d'écrivain à Shangaï, un voyage tardif qui l'amène à défier ses contraintes physiques. Son premier roman «Béton armé» fait un récit ciselé de ce périple singulier, dans une ville fourmillante dont il est tombé «raide dingue amoureux». Son prochain livre, «Monarques», va paraître à fin août. Ce roman qui mêle histoire et biographie interroge la migration, la fraternité et la responsabilité politique, explique l'auteur.

A la Maison de l'écriture, Philippe Rahmy travaille sur son projet «Pardon pour l'Amérique», dédié aux détenus condamnés à tort et à d'autres formes d'emprisonnement. Et fourmille de projets aux quatre coins du monde. «Depuis la Chine, j'ai la faim. Il y a eu tant de retenue, je me projette dans mon corps et mon écriture. Avant je me cloîtrais dans mon corps et m'enfermais dans ma poésie».

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