Le Mamco ose le plaisir régressif de l’ornement

Art contemporainLe nouveau cycle d’expositions explore un mouvement qui combat le minimalisme de ses devanciers par le motif.

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Pour ouvrir sa saison 2018-2019, le Mamco (Musée d’art moderne et contemporain) a joué le contraste, voire la contradiction. Car, alors même que les écoles minimales et conceptuelles font le socle de ses collections, l’institution de la rue des Vieux-Grenadiers s’enhardit à présenter un mouvement qui revendique la notion de décoration pour les réfuter. Né au mitan des années 70 sur la côte est des États-Unis, le groupe Pattern and Decoration rassemble autant d’artistes hommes que femmes autour du motif et de l’ornementation afin de revaloriser ce «refoulé du modernisme». En usant de pratiques artisanales considérées comme mineures, ces créateurs réinterprètent papiers peints, étoffes imprimées ou broderies, tout en s’inspirant de l’art décoratif de diverses régions du monde. Leurs productions opèrent une hybridation entre le tableau et l’objet des arts appliqués; le visiteur les considérera tantôt comme encore pleines d’élan, tantôt d’un kitsch démodé. Coorganisé avec le Consortium de Dijon, l’accrochage occupe le deuxième étage.

Le travail tout en délicatesse de Miriam Shapiro, par exemple, ravit le regard. Comme une couturière, elle pique de thèmes floraux des toiles qui se métamorphosent en tissus ou en vêtements raffinés. Plus loin, les beaux motifs géométriques de George Woodman donnent à ses tableaux des airs de puzzles dont les couleurs se dégradent élégamment vers le centre. Les curieuses pièces de Brad Davis, aussi, ont leur séduction: quarante ans après leur réalisation, ses scènes d’oiseaux rappelant les gravures japonaises demeurent étonnamment fraîches, malgré l’exubérance de leur cadre.

Rocambolesques sculptures

D’autres œuvres, en revanche, ne collent plus au goût de l’époque. Robert Zakanitch fut l’un des plus célèbres représentants du mouvement et l’un de ses fondateurs. Mais son «Elefant rose», une peinture immense pleine de matière et de rose, donc, frise le code. Quant à Ned Smyth, il a commis de rocambolesques sculptures en forme de colonnes, figurant des personnages grimaçants et comme emprisonnés dans des troncs d’arbre aux teintes de pâte à modeler.

D’autres artistes montrés dans «Pattern, Decoration and Crime» ne font pas partie de la mouvance mais s’y inscrivent thématiquement, comme Linda Benglis et sa démarche très antiminimale. Le minimal et le conceptuel, précisément, ont leur place sur le troisième plateau du Mamco. Le musée y revisite ses collections afin d’expliciter ce à quoi les adeptes de l’ornement se sont opposés. Le premier niveau est consacré à la plasticienne genevoise Mai-Thu Perret, dont la rétrospective apparaît comme une sorte de pivot entre les deux autres expositions.

«Pattern, Decoration and Crime» Jusqu’au 3 février 2019 au Mamco, rue des Vieux-Grenadiers 10. www.mamco.ch (24 heures)

Créé: 07.11.2018, 13h07

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