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Un marathon créatif réinvente le musée

L’association Museomix invite des bénévoles à imaginer en trois jours des outils technologiques et innovants pour favoriser la découverte des collections

Les participants brainstorment ensemble pour imaginer un prototype fonctionnel en trois jours. MIKE SOMMER
Les participants brainstorment ensemble pour imaginer un prototype fonctionnel en trois jours. MIKE SOMMER

Des bénévoles de tous horizons envahiront 14 musées dans 8 pays, de vendredi à dimanche. En Suisse, l’événement se déroulera au Art Lab de l’EPFL. Ce marathon créatif est le fruit de l’association Museomix. Le principe? S’approprier les espaces d’une institution pendant trois jours pour concevoir et mettre au point des dispositifs de médiation culturelle originaux, sous la forme d’un prototype, en exploitant les nouvelles technologies. Et ainsi démocratiser l’accès aux collections en utilisant, par exemple, la réalité virtuelle ou l’impression en trois dimensions.

L’idée de Museomix a éclos en 2011 en France sous l’impulsion d’un groupe de passionnés de culture digitale et muséale. Le mouvement s’est depuis étendu à d’autres pays (du Brésil à l’Autriche), dont la Suisse, qui a organisé en 2014 son premier événement au Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH). Ont suivi le Musée de la communication à Berne, le Musée historique de Bâle ou encore les trois musées de la ville de Nyon.

Museomix entend remettre le visiteur au centre des questions muséographiques afin de lui faire vivre le lieu différemment. Avec comme mot d’ordre: people make museums (les gens font les musées). Pour transformer l’espace en laboratoire d’idées, l’association mise sur l’intelligence collective: les acteurs des musées côtoient des bénévoles d’univers différents – du graphiste à l’informaticien en passant l’ingénieur –, des experts et des FabLabs, ces laboratoires de fabrication ouverts à tous, mettant à disposition divers outils technologiques.

Alexia Ryf, conservatrice adjointe au musée du château de Nyon, a participé comme bénévole à l’édition au MAH. «Ce furent trois jours de travail intensif et passionnant. Il a fallu être pragmatique car nous avions peu de temps pour proposer un prototype qui puisse fonctionner.» Chaque visiteur avait sous les yeux une statue en bois de l’époque celtique usée par le temps, et était invité à imaginer et à dessiner sa forme d’antan, ensuite projetée sur l’original. Forte de cette expérience collective, elle a décidé avec ses collègues des deux autres sites nyonnais – le Musée romain et le Musée de Léman – d’accueillir l’année suivante les museomixeurs, avec «l’envie qu’ils apportent un regard neuf et de nouvelles idées sur nos propres collections».

Echanger dans un temps donné

Financée par l’Etat et inscrite dans les lois fédérale et vaudoise, la médiation culturelle s’est implantée professionnellement dans les institutions culturelles avec comme objectif de mieux cibler divers publics, des enfants aux seniors. La proposition de Museomix ne marche-t-elle pas sur les plates-bandes de ces experts? Non, répondent les responsables de musées. La démarche est complémentaire. «L’événement ne remplace pas notre travail mais il propose un brassage très riche de réflexions. Des six prototypes réalisés en 2015, nous n’en avons développé encore aucun. Mais les participants nous ont fait cadeau de belles idées, comme celle de prendre une photo en trois dimensions d’une porcelaine pour mieux observer ses détails. Développer un prototype exigerait encore un gros travail d’exploitation.»

Du côté de l’Art Lab de l’EPFL, Luc Meier, responsable des contenus, trouve intéressant d’observer un cycle de production rapide, contrairement à celui beaucoup plus long, qu’exige l’institution dans la création de ses expositions. «Nous travaillons déjà sur des formats expérimentaux pour proposer des solutions de conservation du patrimoine culturel. Museomix est l’occasion d’attirer une communauté différente de celle de l’EPFL et d’élargir la réflexion sur l’art et la technologie.»

Olivier Moeschler, sociologue de la culture et chercheur associé à l’Université de Lausanne, voit dans la démarche de Museomix, qui met le public au centre, une forme de «réaction qui consiste à faire de la médiation culturelle qui part du bas, et du dehors. Son intérêt est de bousculer les habitudes de l’institution qui s’est installée dans une médiation culturelle potentiellement fermée.» Son autre atout est son côté collaboratif et le fait qu’il mélange différents corps de métier pour créer ensemble un prototype. «Ce dernier est à la fois nouveau et unique, donc imprévisible dans son résultat. C’est tout le contraire d’une médiation culturelle classique qui propose une offre balisée pour un public ciblé.» Le défi de Museomix aujourd’hui est justement d’éviter de trop s’institutionnaliser, ajoute le sociologue, «afin de conserver cette notion d’éphémère et de nouveauté». La durée joue également un rôle significatif dans cette émulation d’idées communes. «C’est la même logique qu’un carnaval où les rôles sont inversés. Pendant trois jours, le peuple distribue sa petite semence à l’institution, mais les 362 jours restant de l’année, les gens ne font pas les musées.»

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