Pour Marie Laforêt, depuis 1978, c'était «Genève ou bien...»

Carnet noirLa chanteuse et actrice est décédée samedi à Genolier à l’âge de 80 ans.

Du début des années 60 à la fin des années 70, elle enchaîne les succès sur disque, tourne plusieurs films, fait des enfants et s’installe à Genève, dans cette Suisse qu’elle va considérer comme son refuge, jusqu’à son décès samedi à l’âge de 80 ans, dans la clinique de Genolier.

Du début des années 60 à la fin des années 70, elle enchaîne les succès sur disque, tourne plusieurs films, fait des enfants et s’installe à Genève, dans cette Suisse qu’elle va considérer comme son refuge, jusqu’à son décès samedi à l’âge de 80 ans, dans la clinique de Genolier. Image: DR

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Du sud-ouest de la France à Genève, le destin de Marie Laforêt, qui nous a quittés samedi à l’âge de 80 ans, fut tout sauf rectiligne. À ses débuts, on la surnommait «La fille aux yeux d’or», titre d’un des premiers films où elle apparaît en vedette. Car la jeune femme, née Maïtena Doumenach le 5 octobre 1939 dans la commune girondine de Soulac-sur-Mer, se destine d’abord au cinéma et au théâtre. Mais pas à la chanson. Son intérêt pour le jeu, elle le ressent à Paris, au lycée. Elle a tout juste vingt ans lorsqu’elle décide de tenter sa chance en participant à un concours organisé par Europe 1, «Naissance d’une étoile». Elle le remporte et trouve grâce à cela un rôle dans un film de Louis Malle, «Liberté». Mais celui-ci restera à l’état de projet.

Le cinéma au second plan

Également remarquée par Raymond Rouleau, elle intègre ses cours de théâtre et décroche un petit rôle dans un film qui cette fois se fera et deviendra en plus un classique. Il s’agit de «Plein soleil» de René Clément, avec le binôme Alain Delon et Maurice Ronet. Le film suffit à lancer l’actrice. Sa voie semble dès lors tracée. Les rôles vont se succéder. Sauf que le cinéma va rapidement passer au second plan. En 1961, Marie Laforêt épouse le cinéaste Jean-Gabriel Albicocco, qui la dirige successivement dans deux films que la postérité ne retiendra guère: «La fille aux yeux d’or», tiré d’une nouvelle de Balzac, puis «Le rat d’Amérique».

Entre les deux, elle apparaît dans un film totalement oublié aujourd’hui, «Saint-Tropez Blues» de Marcel Moussy, dans lequel elle donne la réplique à un certain Jacques Higelin. Une participation qui pourrait sembler anecdotique mais ne l’est pas du tout, puisque pour les besoins du film, Marie Laforêt enregistre un 45 tours. Avec Higelin. Nous sommes en 1963, en pleine vague yé-yé française, et le directeur artistique du label Festival trouve que la voix de la jeune actrice forme un parfait contrepoint aux idoles du moment. Aussi la signe-t-il et mise-t-il sur elle en lui faisant enregistrer un second 45 tours, objet luxueux avec pochette ouvrante, ce qui est très rare pour l’époque et en dit long sur les espoirs qu’on place dans la chanteuse.

Rôles de complément

Sur ce disque figure «Les vendanges de l’amour», balade cosignée par Danyel Gérard, chanson pas du tout en accord avec les standards de l’époque. Contre toute attente, celle-ci deviendra un tube. Et le premier d’une longue lignée. Dès lors, c’est dans la chanson que Marie Laforêt se fait un nom et tranche par le style avec les vedettes féminines du moment, de Sheila à Dalida. La presse pour jeunes lui ouvre ses colonnes, la traite comme une des leurs, et les tubes s’enchaînent: «Viens sur la montagne», «Les noces de campagne», «Marie douceur, Marie colère» (adaptation du «Paint It Black» des Stones), «Manchester et Liverpool», «Mon amour, mon ami», «Ivan, Boris et moi», «Le lit de Lola» ou «Que calor la vida».

En toute logique, le cinéma est alors moins présent dans sa carrière. Et effectivement, elle prend ses distances avec les plateaux, apparaît tout de même dans un Chabrol de 1965, «Marie-Chantal contre Dr Kha». Sans jamais se retirer des génériques, il en ira ainsi jusqu’à la fin de sa carrière, il y a une dizaine d’années. Marie Laforêt n’apparaît ainsi que dans des rôles de complément, comme «Flic ou voyou» de Lautner, avec Jean-Paul Belmondo. Les années 70 marquent un tournant dans sa vie.

Musicalement, elle souhaite s’orienter vers un registre plus «world», rythmes brésiliens ou berceuses slaves, ce qui ne plaira pas du tout à sa maison de disques, au point qu’elle finit par signer sur un autre label en 1972. Elle enregistre alors ce qui deviendra son plus gros tube, ce «Viens, viens» qu’elle interprète avec force conviction sur tous les plateaux télé.

C’est en 1977, année d’un autre tube, «Il a neigé sur Yesterday», en hommage aux Beatles, qu’elle décide de s’installer en Suisse, son refuge comme elle disait. Elle élit domicile à Genève l’année suivante et n’en repartira plus. Durant trois ans, elle y tient même une galerie d’art et exerce le métier de commissaire-priseur. Les chansons, elle continue d’en enregistrer, de manière irrégulière. Elle rend d’ailleurs hommage à cette Cité de Calvin où on l’apercevait de temps à autre, en Vieille-Ville, dans une jolie chanson, «Genève, ou bien», gravée en 1993. Les films, elle en accepte aussi quelques-uns et décroche même en 1988 un César de meilleure actrice dans un second rôle pour «Fucking Fernand» de Gérard Mordillat. Elle fait encore de temps à autre de la scène, par exemple dans «Master Class», pour le rôle de Maria Callas, qui lui vaudra deux nominations aux Molière. Elle travaille aussi fréquemment avec Laurent Ruquier, qui l’adore, déclarant hier: «Marie Laforêt était une interprète fantastique.»

En 2007, elle annonce une tournée d’adieux. Mais sera contrainte de l’annuler pour des raisons de santé. C’est à peu près à ce moment-là que les médias deviennent plus silencieux à son propos. La fin de sa vie se déroulera dans une retraite délibérée, à l’abri des regards et des curieux. Décédée samedi à la clinique de Genolier, l’actrice et chanteuse avait eu trois enfants. Parmi ceux-ci, Lisa Azuelos, la réalisatrice de «LOL» et de «Dalida». Marie Laforêt laisse le souvenir d’une femme souvent écorchée vive, à la beauté hors du commun, au regard perçant, et d’une artiste polyvalente qui se sera illustrée dans grand nombre de disciplines.

Créé: 03.11.2019, 19h22

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