Les masterclasses, tremplin musical?

Verbier festival Suivis par quarante jeunes musiciens, les cours donnés par des artistes confirmés sont un must. Pour quels résultats?

Le chef d’orchestre Dan Ettinger suit une cantatrice lors de sa masterclass à Verbier

Le chef d’orchestre Dan Ettinger suit une cantatrice lors de sa masterclass à Verbier Image: NICOLAS BRODARD

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Au cinéma de Verbier, c’est l’heure de Don Giovanni. Face à une assistance nombreuse, une demi-douzaine de jeunes chanteurs vocalisent sur une scène étroite, dans une ambiance studieuse et décontractée à la fois. Les boutades sont nombreuses entre les passages répétés, et en contrebas, au premier rang, le chef d’orchestre israélien Dan Ettinger y ajoute les siennes tandis qu’il guide la séance, partition volumineuse posée sur les genoux, main droite donnant la mesure. Cette tranche de vie de la manifestation valaisanne donne à elle seule les ingrédients d’un vaste programme pédagogique qui a acquis, année après année, une importance tout aussi prestigieuse que les copieux concerts mis au programme.

Les masterclasses données ici par des artistes confirmés sur la scène internationale sont aujourd’hui un objet de désir que les jeunes musiciens du monde entier essaient d’atteindre par tous les moyens. Pour en mesurer l’aura, il suffirait de noter qu’à chaque édition, le festival reçoit 400 dossiers de candidature (enregistrement audio ou vidéo) venant du monde entier et que seuls 10% des postulants auront la chance d’effectuer le voyage dans la station valaisanne. On pourrait alors s’interroger sur les raisons de ce succès, sur l’impact que peuvent avoir les trois semaines de cours intensifs sur des musiciens pourvus par ailleurs d’un bagage déjà solide. Les masterclasses ont-elles le pouvoir d’améliorer les acquis artistiques et de lancer peut-être une carrière musicale?

Pour Christian Thompson, qui dirige depuis de longues années l’Academy du Verbier festival, il n’y a pas de doutes: «Les participants ont certes déjà acquis leurs propres techniques, ils ont sans doute un savoir-faire solide, mais ici ils se confrontent à des idées nouvelles, ils travaillent des traits peut-être inédits avec les coaches. Cela leur apporte un courant d’air frais qui leur est bénéfique.»

La soprano Julieth Lozano Rolong, Colombienne de 24 ans, se joint à la discussion. Elle vient de chanter un air exigeant de Zerlina, jeune personnage de Don Giovanni. Son passage par les masterclasses revêt à ses yeux une importance capitale: «A mon stade, il est crucial de comprendre où se situe mon niveau artistique, de réaliser si je fais dans l’amateurisme ou si j’ai une chance de me lancer dans une carrière. Les cours avec Dan Ettinger, comme ceux avec les autres coaches, m’ont rassurée et m’ont permis de faire le plein de confiance. Plus largement, l’expérience à Verbier offre la possibilité de créer un réseau entre jeunes musiciens. Mais aussi de voir à l’œuvre des chanteurs de renom qui répètent pour les spectacles de Carmen et de Falstaff. J’ajouterai enfin que ces trois semaines vont sans doute peser très lourd dans mon CV. La preuve? La semaine prochaine je passerai une audition à l’Opéra de Lyon!»

Filons ailleurs, dans les hauteurs de la station, entre les murs boisés du Chalet d’Adrien. Ici, un quatuor avec piano vient de jouer sous le regard attentif du violoniste et chef d’orchestre Gábor Takács-Nagy. Que retenir de cet instant précieux? «Que les conseils peuvent être parfois contradictoires entre un coach et l’autre, note l’altiste américaine Arianna Smith. Mais que tous ont une grande valeur à nos yeux et qu’au fond il n’appartient qu’à nous de faire le tri et de choisir notre voie. Nous avons la chance de pouvoir travailler une seule pièce pendant trois semaines, nous pouvons affiner tous les détails et passer deux heures sur une simple phrase avant de trouver la bonne solution. Ce genre d’expériences entre musiciens qui ne se connaissaient pas il y a deux semaines seulement est rare et fait mûrir. Elles nous servira en tout cas pour la suite de notre parcours.»

Comment pérenniser les dizaines de conseils avisés dispensés durant le séjour valaisan? Pour Christian Thompson, la solution est aussi simple qu’efficace: «J’ai fait cadeau à chaque musicien d’un cahier Moleskine et je leur ai demandé de le remplir.» Alors, entre les annotations multiples, apparaîtront peut-être les mots bienveillants de Gábor Takács-Nagy, pour qui «la musique est avant tout une affaire de spiritualité plus que de maîtrise technique. Quant à moi, je suis là pour inspirer les jeunes musiciens et non pas pour les critiquer.»

Verbier festival, jusqu’au 7 août.
Rens. www.verbierfestival.com

Créé: 28.07.2016, 17h56

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