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Mathias Howald aime faire parler le silence

Le Lausannois reçoit ce samedi, au Livre sur les quais à Morges, le Prix du public de la RTS pour son roman «Hériter du silence». Rencontre.

Mathias Howald est né et a grandi dans la capitale vaudoise. Dans «Hériter du silence», il interroge une culture familiale, et celle de toute une région à la parole mesurée.
Mathias Howald est né et a grandi dans la capitale vaudoise. Dans «Hériter du silence», il interroge une culture familiale, et celle de toute une région à la parole mesurée.
ODILE MEYLAN

Mathias Howald se dit réservé. Sans être timide. Simplement, ce Lausannois de 40 ans n’aime pas trop «dilapider sa parole». Il évoque volontiers tout ce qui touche à l’écriture. Sur sa vie, il se fait moins disert. Une forme de retenue qui lui vient peut-être de ces mots jamais dits en famille, de ces blancs qui subsistent une fois les êtres disparus et que l’auteur comble par l’imagination dans «Hériter du silence». Un premier roman pour lequel il reçoit le Prix du public de la RTS, ce samedi au Livre sur les quais, à Morges.

L’histoire du livre puise dans celle de Mathias, mais, métabolisée par le processus de l’écriture, il en ressort une fiction. Mathieu, le narrateur, y déroule le souvenir de son père décédé trop tôt. Le fils remonte le temps grâce aux images familiales, moyen d’expression privilégié de ce papa photographe. Alternant chapitres où Mathieu s’adresse au défunt, et d’autres où il reconstruit en imagination des scènes de sa vie à lui enfant, de son père jeune aux prises avec une mère brusque ou fraîchement entré dans la paternité et engagé dans un corps à corps avec une poussette. Le narrateur puise dans les images mais aussi dans le hors-champ, comme il déchiffre le drame dans la trame lâche de la tapisserie abstraite de Muriel, sa grand-mère. Le tout forme un récit intimiste et touchant sur les blessures que l’on garde pour soi, sur cette réserve à nommer joies et douleurs qui se transmet au fil des générations, sur le jaillissement de la parole pour en arriver, enfin, aux pleurs.

Mathias Howald a commencé son roman pour faire le deuil de son père, décédé en 2012. Pour apprivoiser un peu le mystère de ce personnage discret, qui n’était pas photographe comme dans le roman, mais ingénieur. «L’envie d’écrire est venue avant, mais j’ai beaucoup tâtonné. Je participais à un atelier d’écriture sur le silence quand mon père est tombé malade. Ensuite c’est venu comme ça.» Mettre des mots là où il en manquait n’est pas un choix: «J’ai écrit parce que je suis un lecteur. J’aime la littérature.» Il cite les écrivains du souvenir, de la filiation: Paul Auster, Philip Roth, Patrick Modiano, mais aussi ces voix qui témoignent comme Svetlana Alexievitch. Sa patte à lui, c’est le souci du détail. «Je travaille la langue pour que ce soit précis, pas pour la travailler. Il y a peut-être des coquetteries, mais c’est à mon insu.»

Le silence de toute une région

L’auteur n’a pas voulu évoquer exclusivement sa famille dans le roman, mais cette culture romande où la parole se fait parfois rare. «J’ai pu le constater à la sortie du livre. Beaucoup de gens sont venus me dire que ça leur rappelait ce qui s’était passé dans leur famille.» Ce silence, il le perçoit d’autant plus après les deux mois de résidence d’écriture qu’il vient de passer à Paris cet été: «Ici, on a un peu peur de la parole des autres et c’est dommage. Je ne suis pas différent, mais j’essaie de me soigner.» Parce que cela l’intrigue, il va continuer à extirper les mots derrière les omertas. «J’aimerais écrire une trilogie du silence, dont le deuxième volet évoquerait les années 90 en Suisse autour de l’épidémie du sida.»

En plus de l’écriture personnelle et pour Caractères mobiles ( lire ci-contre), l’animation d’ateliers d’écriture pour des migrants, cet enseignant en anglais se fait passeur de mots au gymnase: «L’anglais n’était pas une langue parlée par mes parents. Je l’ai apprise, et beaucoup investie émotionnellement, culturellement, ça m’a donné une autonomie, un autre rapport au monde que j’ai à cœur de pouvoir transmettre à mes élèves.»

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