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«La menace de censure américaine ne m’a pas étonné, Annaud a su être un allié décidé»

L’adaptation de «La vérité sur l’affaire Harry Quebert» sort sur la RTS. Joël Dicker raconte.

La plupart des romanciers ronchonnent sur les cinéastes qui touchent à leurs œuvres. Ou les ignorent, estimant leur silence payé par les droits d’adaptation. Joël Dicker par contre, ne tarit pas d’éloges sur Jean-Jacques Annaud. Ce dernier a salué sa discrétion en lui offrant même trois caméos dans «La vérité sur l’affaire Harry Quebert» (un quidam dans la rue, un cow-boy de casino, un flic). L’écrivain, 32 ans, et le réalisateur, 75 ans, font même en couple la promo parisienne de la série à voir sur RTS. Coup de fil au Genevois.

Annaud dit vouloir encore bosser avec «ce jeune écrivain formidable, Joël Quebert». Joli lapsus!

Oh moi aussi, j’adorerais poursuivre cette expérience initiatique! Mais pas en servant deux fois la même soupe. Il nous faudrait un espace plus vaste que l’adaptation d’un roman, plus libre.

Pas «Le livre des Baltimore», donc?

Il faut que nous discutions. Depuis que j’ai goûté à l’expérience cinématographique, je me suis conforté dans l’idée que septième art et littérature impliquaient des processus créatifs très différents. Pas seulement la spontanéité de l’écrivain qui écrit «il pleut», par rapport au réalisateur qui pour tourner «il pleut», doit amener des camions d’eau, des perches etc. Le dispositif même diffère, dans la structure, le rythme investi. Vous mettez un mois à lire un roman, dix heures à voir une série.

Pour «L’affaire Harry Quebert», où la série diverge-t-elle du livre?

Je tiens avant toute remarque, à souligner la fidélité du travail de Jean-Jacques. Je le répète souvent désormais, mais j’aime reprendre l’argument d’Umberto Eco sur «Le nom de la rose», quand il disait à Annaud: «C’est mon livre, c’est ton film». Une expression au sens double: elle suggère, «je ne m’en occuperai pas», et aussi, «tu crées une œuvre à toi». Car encore une fois, les différences existent forcément! Comme une œuvre sculptée qui serait peinte, ou un tableau qui serait sculpté.

Où sont les différences à vos yeux sur la série «Harry Quebert»?

Avec le passage sur écran, il me semble que le personnage de Harry Quebert prend l’ascendant sur l’intrigue. Moi, je voyais plutôt Marcus, son jeune élève de jadis, en narrateur principal de l’intrigue.

Cela tient-il aux acteurs, le jeune Ben Schnetzer semble éclipsé par le charisme du «Dr Mamour»?

Je trouve injuste que Patrick Dempsey soit confiné au rôle de Dr Derek Sheperd dans «Grey’s Anatomy». L’acteur m’a bluffé, je n’imaginais pas pouvoir être si bon dans des mues de 70 à 40 ans. Il passe avec conviction du vieux mentor blessé au prof sexy par tous les pores, admiré pour son bagou, «l’Homme avec un grand H».

Trop d’hormones: en pleine affaire Weinstein, les censeurs des studios MGM menacent d’édulcorer ce récit qui parle pédophilie et lolycéenne.

Annaud a mené le combat à Los Angeles, aux avant-postes. Nous en parlions parfois. Son souci de protéger mon livre m’a rappelé mon éditeur Bernard de Fallois: rigueur, exigence, bienveillance.

Vous qui fréquentez les États-Unis depuis l’enfance, étiez-vous surpris?

La menace de la censure américaine ne m’a pas étonné, Annaud a su être un allié décidé, batailleur. Dès que nous avons signé avec la MGM, j’ai vu que le droit américain pouvait par rapport à la Suisse, avoir des conséquences très désagréables sur les contrats. Ainsi, les Européens jugent que l’artiste mérite respect avant tout, qu’il peut retirer son œuvre s’il l’estime dénaturée. Pas les Américains, ça montre bien leur état d’esprit.

Cette bigoterie contredit-elle une audace dans les séries qui causent parricide, adultère, clonage etc.?

Dans la forte créativité du domaine, je remarque surtout l’ouverture d’esprit dont témoigne l’offre. Les séries causent espagnol, norvégien etc., ouvrent les horizons. Qu’elles se montrent plus ou moins pudibondes, se posent plus ou moins en actes politiques, ce sera toujours le cas. Mais alors que les défauts de la globalisation sont souvent conspués, pour une fois, des plates-formes comme Netflix ou YouTube offrent un vaste melting-pot. À nous d’être responsables.

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