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Michel Layaz raconte «l'homme que je ne veux pas être»

Le Fribourgeois d'origine caresse les femmes dans «Sans Silke». Et admet: «Il y a toujours ce fantasme de changer de sexe».

En écrivant, Michel Layaz se rêve «décentré de lui-même».
En écrivant, Michel Layaz se rêve «décentré de lui-même».
FLORIAN CELLA/24HEURES

Des moues d’enfant ingénu qui interroge, de longs doigts musiciens qui volettent dans la conversation. À la cinquantaine, Michel Layaz, Fribourgeois d’origine, Lausannois d’adoption, «élucubre» des mondes qui ne ressemblent qu’à lui. «Sans Silke», fable d’une enfance qui s’abandonne sous la pression des adultes, en appelle à la magie et au burlesque, s’enracine aussi dans le terroir du réel. Ou la complicité fugace entre une gosse un peu sorcière et une préceptrice qui ne l’est pas moins.

Pourquoi ce prénom, Silke?

Parce qu’il vient d’ailleurs, avec ce côté nordique, flamand peut-être. L’évocation en anglais de «silk», la soie. Et bien sûr, l’évocation plus psychanalytique du «soi». Silke joue presque un rôle thérapeutique en permettant à la petite fille d’exprimer tout ce qu’elle est.

Vous inventez souvent des héroïnes fascinantes, des hommes qui le sont beaucoup moins. Pourquoi?

Moi, j’avais envie d’étudier cette catégorie d’homme qui veut voir le monde tourner autour de lui. Plus spécialement encore, ce Narcisse profond qui au nom même du statut d’artiste, par pur ego, estime avoir ce droit. Ça me plaisait d’autant plus qu’il se révèle un peintre très quelconque. Il est à côté de la vie, de sa fille, enfermé dans la bulle de son moi.

En quoi vous implique-t-il, vous qui jadis, avez dirigé une galerie d’art?

Je pratique volontiers dans mes livres «le personnage repoussoir». Je me sens en lien avec l’homme que je ne veux pas être, je comprends sa complaisance dans les bas instincts. Je peux alors l’exorciser par l’écriture. Pour l’anecdote, un artiste dont le conjoint achète en cachette les toiles, pour accréditer la réussite de son expo, je l’ai vécu. C’est complexe, à la fois une preuve d’amour, et l’aveu d’être tombé amoureux d’un leurre.

«Un pauvre type»… et ce n’est pas le premier dans votre œuvre.

Le concept du «pauvre type», je peux en parler des heures. J’y ai même consacré un roman entier, «Le tapis de course». Même si ce personnage désagréable restait en arrière-plan, rejeté dans la lumière du héros. Ici, il prend les devants.

Autre récurrence, l’univers clos.

C’est vrai, j’aime ces enfermements à la violence larvée pour les échappées qu’ils offrent. Ainsi de «Soutter, probablement» qui traitait d’un artiste dans un asile. Silke emmène souvent la petite Ludivine en forêt. Bon! Je n’ai pas attendu la mode du ressourcement par les arbres pour évoquer la regénérescence par la nature.

Tactile jusqu’à manger les lettres en pâte alphabet pour digérer les mots des maux qu’elles désignent?

Ce n’est même pas un souvenir personnel. Ces formules m’arrivent par surprise. Dans l’écriture, je trouve génial d’ailleurs de pouvoir être nourri du réel tout en développant des phrases presque par inconscience. Tiens, la relation de Silke et Ludivine dure neuf mois et peut se lire comme une deuxième naissance. Mais je n’avais pas prémédité cette grossesse. Je tiens à ce que mes personnages évoluent au-delà de ma volonté, de la leur aussi. Même si je sentais toucher à un tabou avec cette mère terrible d’impuissance.

La «mauvaise mère» qui culpabilise, une figure très moderne, non?

Dépassée par sa vie professionnelle, son manque d’instinct, oui. Au-delà du conte, j’écris «ici et maintenant». J’aime jouer sur les niveaux de réalité, instiller le doute. Ce qui semble de l’ordre fantastique peut devenir à la réflexion, beaucoup plus tangible que les faits du quotidien.

Vous rêvez dans «Silke» d’une potion magique qui permettrait aux textes de s’écrire tout seul.

Sans doute parce que d’un roman à l’autre, il est clair que je reste préoccupé par les exigences de langue et de forme. Ici, je voulais une fluidité, une «liquidité» qui pourtant, resterait incisive. Et croyez-moi, ce manuscrit, je l’ai traîné longtemps! Il a fallu beaucoup épurer, couper d’un coup cinquante pages par exemple. C’était douloureux, ces belles phrases qui ne seront jamais récupérées. Chaque fois que j’ai essayé, elles sonnaient faux!

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