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Les micro-musées luttent contre l’extinction

Ils carburent à la passion, au bénévolat et avec peu de moyens. Visite guidée de trois musées petit format, aussi méconnus que menacés.

L'Atelier-Musée Encre & Plomb a été cofondé par Bernard Pellet pour faire vivre le savoir-faire de l'imprimerie à l'ancienne
L'Atelier-Musée Encre & Plomb a été cofondé par Bernard Pellet pour faire vivre le savoir-faire de l'imprimerie à l'ancienne
Odile Meylan
Le créateur du Musée de l'Immigration, Ernesto Ricou, préserve la mémoire des exilés arrivés dans la région et s'engage pour le dialogue interculturel.
Le créateur du Musée de l'Immigration, Ernesto Ricou, préserve la mémoire des exilés arrivés dans la région et s'engage pour le dialogue interculturel.
Odile Meylan
Abrité par l'Espace culturel Assens, dirigé par Janine Lanfranconi, le Musée de l'histoire estudiantine est unique en Suisse romande.
Abrité par l'Espace culturel Assens, dirigé par Janine Lanfranconi, le Musée de l'histoire estudiantine est unique en Suisse romande.
Odile Meylan
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Il est comme une vieille valise rangée dans un coin. En haut de l’avenue Tivoli, à Lausanne, le Musée de l’immigration se niche au fond d’une arrière-cour. Et comme une vieille valise, il déborde de souvenirs. Des souvenirs d’exil. «C’est le plus petit musée de Lausanne, assure Ernesto Ricou, qui l’a créé et le porte à bout de bras depuis 2004. Et aussi le plus pauvre!»

C’est vrai. En matière de finances comme en toute chose, le Musée de l’immigration est ce qu’on appelle un modèle réduit, une espèce qui n’est pas si rare dans le canton de Vaud, mais qui bataille contre l’extinction. Dans une pièce d’une dizaine de mètres carrés, les étagères montent au plafond, chargées de livres, et se disputent l’espace avec des présentoirs vitrés. On y trouve des bibelots, des photos anciennes et des lettres calligraphiées. Autant de témoignages de vies déracinées. Des histoires menacées par l’oubli et l’indifférence. Faute de place, la plupart patientent sous une table, rangés dans des valises numérotées. Voilà le fonds de ce musée pas tout à fait comme les autres.

«C’est frustrant! Quand des personnes viennent ici pour me confier leurs souvenirs, ils le font avec beaucoup d’émotion et après avoir bien réfléchi. Mais je ne peux pas les accepter par manque d’espaces de stockage», regrette Ernesto Ricou. L’énergique sexagénaire ne perd pas l’espoir de trouver de nouveaux locaux, mais les chances sont maigres. En 2015, le Musée de l’immigration a cessé de recevoir toute subvention publique. La faute à un respect insuffisant des normes de sécurité et à un projet qui «ne s’inscrit pas dans les priorités culturelles du Canton de Vaud et de la Ville de Lausanne». Si le musée continue, c’est désormais grâce à l’engagement d’une poignée de bénévoles et à de petits financements privés: «Ici, c’est comme à l’église. Chacun donne ce qu’il veut!» rigole Ernesto Ricou.

La situation est pourtant sérieuse, et n’a pas échappé à l’Association des musées de Lausanne et Pully (AMLP). Si bien que, ce printemps, elle s’est fendue d’une lettre de soutien à la micro-institution. Elle y souligne entre autres son travail de médiation culturelle, puisque le musée d’Ernesto Ricou reçoit régulièrement des groupes d’élèves et d’étudiants et organise même des expositions temporaires dans les écoles. «Ce musée aborde des questions importantes, appuie Gilles Borel, président de l’AMLP. Nous nous faisons d’autant plus de souci que nous savons ce que peut coûter une telle structure. En plus, quand tout repose sur la passion d’un fondateur, la question est aussi de savoir comment la pérenniser.»

Sauver un métier de l’oubli

L’AMLP le réaffirme dans sa lettre, le mouchoir de poche d’Ernesto Ricou répond bien «aux missions cardinales de tout musée». Et pourtant, force est de constater que n’importe qui peut en ouvrir un. C’est exactement ce qu’a fait Bernard Pellet, le cofondateur de l’Atelier-Musée Encre & Plomb, à Chavannes-près-Renens. Presque de fil en aiguille, voire par hasard. «A la base, l’idée n’était pas de faire un musée!» assure-t-il. Loin de parader en muséographe, c’est en effet un tout autre métier qu’il a chevillé au corps.

Typographe de formation, il a assisté, dès les années 70, à la mort lente de l’imprimerie traditionnelle sur l’autel du progrès technologique. C’est là le point de départ d’un patient travail de conservation: «On a commencé par récupérer deux ou trois machines destinées au rebut. Au début on les a gardées dans un garage, puis on en a récupéré de plus en plus, à mesure que les imprimeries fermaient les unes après les autres.» Aujourd’hui installé au rez-de-chaussée d’une ancienne fabrique, le musée abrite une petite dizaine de belles mécaniques: des presses manuelles, à platine ou à cylindres, et encore des machines à composer – le tout en parfait état de marche. A cela s’ajoutent une impressionnante collection de caractères en plomb et même un atelier de reliure.

«Nous sommes à la limite de la place à disposition», explique Bernard Pellet. Un local plus grand serait évidemment le bienvenu, mais le musée manque lui aussi de moyens. L’aide de quelques communes de l’Ouest lausannois permet de couvrir une partie du loyer, mais au-delà de ça, les rentrées financières se limitent aux entrées payantes. «Nous avons reçu un héritage il y a un an ou deux, précise Jean-Pierre Villard, président de l’association qui soutient le musée, mais sans cela, nous serions déficitaires.»

Pourtant, les finances et l’espace ne sont pas les seuls enjeux: «Nous nous posons bien sûr la question de notre développement, mais il y a aussi celle de la relève, s’inquiète Bernard Pellet. Pour que le musée perdure, il faut des jeunes prêts à s’impliquer, mais nous ne trouvons personne!» Avec les quelques typographes passionnés qui, au fil des années, l’ont rejoint dans son aventure, il est l’un des derniers représentants d’un savoir-faire qui n’a plus de nouveaux apprentis depuis environ quarante ans.

Indispensables sponsors

Si l’Atelier-Musée Encre & Plomb ne vit sans doute pas ses derniers jours, c’est en revanche un risque bien présent pour le méconnu Musée de l’histoire estudiantine, à Assens. Ce petit lieu d’exposition se trouve dans les locaux de l’Espace culturel Assens, apprécié des amateurs d’art contemporain, mais plonge le visiteur dans un tout autre univers, celui des universités suisses. «Nous avons perdu un important sponsor qui nous a soutenus durant vingt ans. Nous pourrions devoir fermer», s’inquiète Giovanni Lanfranconi, qui a créé l’institution il y a environ 20 ans avec des amis et qui l’anime bénévolement avec son épouse, Janine, elle-même fondatrice de l’Espace culturel Assens. L’aventure commencée sous l’impulsion de plusieurs sociétés d’étudiants devra trouver de tout nouveaux financements pour continuer.

L’exposition actuelle met en lumière la musique produite par les universités à travers les siècles, un thème aussi original et pointu que le musée lui-même. Mais on peut aussi y trouver une fort intéressante galerie de photos consacrée aux femmes qui ont marqué le monde universitaire suisse, de la toute première étudiante aux figures plus récentes de la recherche. «C’est ce qui reste d’une précédente exposition qui a eu beaucoup de succès et dont nous sommes très fiers, explique Giovanni Lanfranconi. Les femmes qui étudiaient ont commencé par être très mal considérées. Nous avons voulu présenter les recherches qui analysent ce problème.» De tels éclairages sont au cœur du travail d’un micromusée comme celui d’Assens. Malheureusement, lui et ses semblables ne peuvent carburer à la seule passion.

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