Milan met le monde à sa table

Exposition universelleL’ultime contre-la-montre est lancé pour la 34e exposition universelle de l’histoire. Elle ouvrira le 1er mai, débattra de l’alimentation et attend plus de 20 millions de visiteurs jusqu’au 31 octobre.

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L’Argentine s’y présente en mère nourricière, la Bolivie en vestale d’un futur – le quinoa – planté il y a des milliers d’années déjà, le Bahreïn y a transplanté son jardin d’Eden, l’Allemagne son champ d’idées, la France son art du slogan «produire plus, produire mieux» et le Mexique sa cuisine Patrimoine mondial de l’Unesco.

C’est dit: la table de l’expo universelle de Milan labélisée «nourrir la planète, énergie pour la vie» ne manquera de rien entre le 1er mai et le 31 octobre. Ni d’appétit de comprendre, ni d’opulence, ni de remises en question. Et pas davantage de contradictions ou d’esclandres politico-financiers! A tel point qu’il y a quelques semaines encore, le pape François et le premier ministre Matteo Renzi ont dû réveiller l’enthousiasme et la confiance des Italiens. Rappelant pour le premier l’importance de dire «non à une économie de l’exclusion et des iniquités» et pour le second que l’événement «n’est plus un scandale mais le symbole des ambitions italiennes.»

Un symbole à 3,2 milliards d’euros pour faire émerger une nouvelle ville à la périphérie ouest de Milan et… à géométrie variable sachant qu’autour de la table, certaines places resteront vides! Si la Suisse a été la première à manifester son appétit pour les 20 millions de visiteurs attendus sur six mois, les pays scandinaves font l’impasse. Pareil pour le Portugal, le Canada, l’Australie ou encore la Nouvelle-Zélande. En régime «austérité», ils renoncent à mettre le couvert: trop cher. Par contre la précaire Grèce et quatorze parmi les pays les plus pauvres de la planète font toit commun sous l’un des neuf thèmes définis (riz, cacao, café, fruits, épices, céréales, zones arides, îles, Méditerranée).

Vitrines de l’ingéniosité humaine et de la puissance colonialiste depuis 1851, aujourd’hui levier d’un débat mondialisé, les expositions universelles créent l’événement, se piquent de réveiller les consciences mais peinent à rester dans l’histoire. Qui sait qu’elles reviennent tous les cinq ans? Qui se souvient qu’à Shanghai, en 2010, la qualité de vie était au centre des préoccupations? Grand organisateur d’un voyage à travers les saveurs et les appétences technologiques, Milan 2015 s’est fait la promesse de ne pas être qu’un contenant, mais un vrai contenu pour le visiteur.

L'architecture fait son spectacle
Les plus beaux auront la vie sauve, dixit un ministre, les autres devront plier bagage! C’est dire si le long du Decumanus – colonne vertébrale de l’Expo universelle de Milan – les 53 enclaves nationales ont fait la course aux superlatifs. A qui le titre de pavillon de tous les records? Celui de l’Italie, dont la facture a passé de 63 à 92 millions d’euros, le dispute aux 4590 m2 de la Chine, valant 50 millions. A qui celui du plus audacieux? Peut-être au Koweït, abritant sa suprématie de producteur d’eau potable sous un délicat jeu de voiles. Mais il y a aussi le plus cité (le Vietnam), le plus en retard à 21 jours de l’ouverture (le Palazzo Italia) ou encore le plus discuté: Confooderatio Helvetica. L’idée des quatre tours-greniers du pavillon «qui se mange» promettait, mais sa mise en forme déçoit certains médias.

Terres de rivalités esthétiques en même temps que terreau de prouesses technologiques, les expositions universelles l’ont toujours été. Mère de toutes depuis 1851, Londres et son Crystal Palace ont marqué les débuts du préfabriqué, alors que Chicago offrait en 1893 déjà le vertige de la grande roue aux futurs parcs d’attractions. Jusqu’à Shanghai 2010, où la ville a gagné 18 000 places de spectacle dans une soucoupe-salle, la liste est longue. «Ce qui a changé, analyse Daniel Zamarbide, cofondateur du bureau A à Genève et professeur invité à l’EPFL, c’est que le geste architectural a pris l’ascendant sur une identité esthétique qui serait celle du pays qu’il représente. Il s’en est désolidarisé pour aller vers une architecture d’auteur, sur le modèle de ce qui se passe dans certaines villes.» A Milan, parlera-t-on du Pavillon des Emirats arabes unis ou plutôt du canyon signé Sir Norman Foster?

Virage à prendre

Le festival d’architecture se renouvelle à chaque édition et Milan 2015 n’échappe pas à la règle. Même en ayant fixé les siennes: utiliser des matériaux recyclables, réaliser des édifices temporaires, créer des espaces verts, proposer des solutions réduisant la consommation d’énergie, réserver la moitié de la surface de sa parcelle à un espace à ciel ouvert. Exception faite des très vernaculaires pavillons du Népal, du Qatar et d’Oman, ni l’ombre des 12 000 arbres plantés sur le site, ni les champs cultivés sur place n’ont bridé les envies de réinventer les formes et d’aller toujours plus loin.

«La peur de démériter a créé un vrai climat de compétition, se réjouit dans L’Espresso Ciro Mariani, architecte en chef d’Expo 2015. Mais l’effet Milan, haut-lieu du goût, du design et de la mode ont permis d’éviter l’aspect Luna Park qui dominait lors des expositions précédentes.» A chacun d’en juger, d’en débattre. Invité à dessiner l’esprit du plan général de cette 34e édition, le Bâlois Jacques Herzog a claqué la porte en 2011 en même temps que ses pairs, dont l’Américain William Mc Donough, promu «héros de la planète» par Time et l’Italien Stefano Boeri, précurseur de l’écologie urbaine avec sa forêt verticale plantée dans la capitale lombarde.

«Nous avions accepté le mandat à la condition que notre client nous suive dans notre vision radicalement différente des expositions du passé», vient d’expliquer Jacques Herzog au magazine d’architecture Uncube. «On avait l’occasion de renouveler le genre. Les pays doivent faire la différence sur le contenu et pas sur la taille de leurs pavillons, poursuit-il. C’est embarrassant de traiter d’un thème aussi crucial que l’alimentation pour tous en construisant très grand et en créant le spectacle le long de façades en plastique ondulé, avec des cascades ou quoi que ce soit d’autres.»

Même si plusieurs pavillons sont promis à une deuxième vie, même si les matériaux recyclables font partie de leur ossature, les zéros se bousculent sur la facture de l’éphémère. On parle d’un investissement global de 1 milliard d’euros pour les 53 pavillons nationaux. Critique en même temps qu’intéressé par l’exposition nationale de 2027, Daniel Zamarbide assume: «Comment ne pas être de ces festivals d’architecture? Mais il faudrait vraiment revoir le concept de base et se poser la question de la durabilité. Barcelone, qui a profité de l’élan des JO pour se modifier, est un exemple à suivre.»

Créé: 11.04.2015, 13h45

Pratique

Y aller: Trois trains circulent chaque jour au départ de Lausanne (6h17/7h18/8h18, environ 3 h de trajet) direction la gare de Rho Fiera, à 200 mètres du parc des expositions. Rho Fiera se trouve à 15 kilomètres du centre de Milan, à 47 minutes en transports publics. Plusieurs hôtels sont situés près du site.

Y entrer: L’expo a imaginé plusieurs types de billet à commander en ligne sur son site internet (1 jour, 2 jours consécutifs, 2 ou 3 jours non consécutifs). Pour 1 jour, un adulte (14-64 ans) paie 27 euros, un senior 20 euros et une famille entre 34.50 et 67 euros suivant le nombre de personnes.

Milan, Rho Feria

Du ve 1er mai au sa 31 oct, tous les jours(10 h-23 h)

www.expo2015.org

Nourrir la planète

Ville de La Cène de Léonard de Vinci, Milan sera aussi ces six prochains mois le centre des réflexions sur les enjeux alimentaires pour un monde plus équitable. Un thème générique développé au Palais de la Triennale en pleine ville de Milan avec «Arts & Foods» et sur le site de l’Expo 2015. En dehors des thématiques ciblées par les 145 pays répartis entre les 53 pavillons nationaux et les 9 clusters, le Pavillon zéro raconte l’homme à travers son rapport à la nourriture, le Future FoodDistrict détaille les scénarios technologiques du futur alors que le Parc de la biodiversité déploie les divers écosystèmes.

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