«Les minettes viennent encore au concert»

MusiqueIdole des seventies, Alain Chamfort porte toujours beau. Avant son concert à Morges, coup de fil à un duc pas dupe de la pop.

Alain Chamfort a franchi toutes les modes avec un flegme élégant.

Alain Chamfort a franchi toutes les modes avec un flegme élégant. Image: GETTY IMAGES

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«Comme titre de mon dernier album, j’avais proposé On meurt . Ça n’a pas plu au label.» Alain Chamfort parle d’un ton calme, à l’ironie lasse. Après avoir tapissé de son visage les murs des piaules adolescentes, il porte désormais son regard vers des terrains de chanson pop délicate et élégante, à écouter sur son disque éponyme, paru en 2015. Ou en live à Beausobre, le mercredi 15 mars.

- Votre dernier album en date ne craint pas de présenter votre visage sans fard, avec les rides d’un homme de 68 ans. Etait-ce une façon de casser votre image?
- Ce n’était pas le but immédiat. Mais c’est vrai que j’entretiens un rapport particulier avec mon physique. Je n’ai jamais été dupe: on ne m’a pas proposé de chanter pour mes talents de vocaliste mais parce que j’étais beau gosse. Je jouais du piano, au départ. Un simple musicien. En 1969 déjà, Dick Rivers m’avait poussé devant un micro, ça avait fait flop. Je ne me sentais pas à ma place, je n’avais pas non plus le caractère pour ça.

- Trois ans plus tard, en revanche, Claude François réussit là où Dick avait échoué…
- Oui. Je devais écrire pour les autres, mais il a su me convaincre. J’avais quand même en face de moi la référence absolue en matière de showman et de marketing. Il comprenait exactement ce que les gens attendaient de lui et des artistes de son label, Flèche. Il a rapidement voulu mettre en avant mon physique. J’avais des traits fins, à l’époque…

- Vous les avez toujours…
- Ils sont un peu fanés, disons. Mais ils sont toujours fins, vous avez raison! (Rire.) Bref, une grande partie de mon succès résidait dans les posters des chambres de jeunes filles. C’était un public ciblé, clairement. Il a fallu longtemps pour que je prenne confiance en moi en tant que chanteur. Avec les années, j’ai compris qu’il fallait que mon succès repose sur autre chose. J’ai eu la chance de rencontrer Jacques Duvall, qui m’a écrit un vrai répertoire.

- Jouez-vous en concert les chansons fleur bleue de cette période Flèche, le label de Cloclo?
- Pas sur cette tournée. En acoustique, parfois, je les survole comme un medley, avec un peu d’humour. J’assume, hein! La seule chose qui m’est difficile, ce sont les textes. C’est du pas grand-chose… Cela dit, c’était cohérent avec la musique et avec l’époque. Des gens aiment aussi ces chansons-là, il n’y a pas de raison de se cacher. Bashung était mal à l’aise avec certaines de ses premières chansons. Tout le monde se cherche au début, c’est normal. Chacun est prêt à faire un peu n’importe quoi pour monter dans le train.

- Cela reste de bons souvenirs?
- On s’est marrés, oui. Avec le succès, le rapport aux autres n’est plus le même, la vie est plus légère, les gens sont gentils, les flics vous épargnent les PV, tout devient plus simple. Le décalage peut devenir frustrant quand les choses se calment.

- En 1980, Serge Gainsbourg vous écrit l’un de vos plus gros succès, «Manureva». On l’a décrit comme un morceau de «disco mélancolique». Ce pléonasme pourrait résumer votre nature? - Oui, totalement. J’aime confronter les différences, osciller entre des états d’action et de spleen. Faire de la disco rêveuse, c’était une belle idée. Dans mon dernier album, j’ai voulu casser complètement cette part de mélancolie pour une chanson très dansante, Joy. Elle n’a pas été bien reçue, on l’a jugée trop «clivante».

- On veut vous figer comme un romantique?
- Les gens ont toujours un peu de mal à assumer leur affection pour quelque chose a priori moins «respectable». J’ai l’impression que le jugement des critiques est moins négatif envers les artistes anglo-saxons, chez qui la rupture est vue comme un gage de qualité.

- Si vous gardiez une seule image des années 1980, serait-ce un synthétiseur géant?
- Pourquoi pas. Sur la tournée de Manureva, on en avait 14 sur scène! Tout était un peu excessif, à l’époque… En tant que pianiste, j’ai vite adhéré aux synthés, ils permettaient une exploration différente. Comme souvent, la variété s’est vite emparée de ce qui était alors de l’avant-garde.

- Justement, on a de la peine à vous situer, entre la chanson, la variété et la new wave… - J’ai toujours été un peu hybride, entre l’érudit et le populaire. J’ai travaillé avec Marc Moulin, créateur du groupe belge Telex. J’écoutais beaucoup Kraftwerk et des formations de jazz. Je suis musicien, par nature on a tendance à avoir les oreilles qui traînent un peu partout.

- A l’instar de plusieurs de vos contemporains, comme Christophe ou feu Daniel Darc, une jeune scène tendance vous a réévalué sur le tard. Quel public vient à vos concerts?
- Les minettes viennent encore! Elles ne sont plus toutes jeunes mais elles montrent une vraie fidélité à leur adolescence, que je représente un peu. Ce public se mêle au nouveau, qui m’a découvert sur mes derniers disques.

- Dans un clip, vous jurez être un «garçon bien élevé». C’est vrai?
- J’ai accompagné Jacques Dutronc à ses débuts, quand il était une idole. J’ai beaucoup appris de lui: il avait décelé tout l’aspect ridicule de cette profession et se montrait très lucide sur sa position. Lui aussi avait été poussé en avant. Il a pris son succès avec plaisir mais il n’était pas dupe, il avait même l’impression d’être un peu un escroc. Sans être aussi extrême, j’ai toujours senti qu’il y avait une limite à l’ego dans ce métier. (24 heures)

Créé: 07.03.2017, 11h03

En dates

1949 Naissance à Paris.

1957 Remporte un premier concours de piano.

1966 Avec ses Mod’s, il joue derrière les tubes de Dutronc.

1972 Chaperonné par Claude François, il sort Dans les ruisseaux, premier succès.

1976 Premier album hors du giron de Cloclo.

1979 Manureva, disco «spleenienne» écrite par Gainsbourg, son plus grand succès.

1983 Secrets glacés, exemple de néoromantisme new wave à la française.

1990 Décennie peu fastueuse.

2004 Victoire de la musique du meilleur vidéoclip pour Les beaux yeux de Laure, où il moque le snobisme des labels.

2012 Elles et lui, disque de duos.

2016 Alain Chamfort, dernier disque en date.

Infos

Morges, Beausobre
Me 15 mars (20 h)
Loc.: 021 804 97 16
www.beausobre.ch

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