Passer au contenu principal

Minimaliste, le designer se force aussi à ne rien faire

A Lausanne pour une expo, à Paris pour une autre, le prof de l’ECAL Xavier Perrenoud sait parfaitement se dédoubler.

Xavier Perrenoud, à la Galerie Mobilab à Lausanne, où il expose ses dernières créations modulables jusqu'au 21 avril.
Xavier Perrenoud, à la Galerie Mobilab à Lausanne, où il expose ses dernières créations modulables jusqu'au 21 avril.
FLORIAN CELLA

On croit le Neuchâtelois sur parole, il aime les extrêmes! Et rien, jusque dans un look, élégant mélange de maîtrise et de fougue, ne vient le contredire. Chasseur de simplicité en même temps que designer star, Xavier Perrenoud a tout de l’agent double. Il aime l’ancestral Japon comme l’emphatique Californie, sa vie, pleine, se reflète dans une aura de mystère – contrat de confidentialité oblige, les créations portant sa signature pour les Pomellato, Vuitton, Omega, Swarovski, Chaumet, Corum ou encore Victorinox y restent aussi. Quant à sa bulle privée, un délicat paravent la préserve, comblée par l’amour et la naissance de Pol et Milton, deux garçons de 16 et 13 ans. Mais il y a encore ces contradictions ou… peut-être pas. Ces forces opposées ou… peut-être pas non plus. Ce qu’il sait, ce qu’il vit, ce qui sait lui rendre l’existence fascinante, c’est ce cœur capable de balayer son intellect d’un seul battement. C’est, aussi, la raison, piqûre de rappel de la réalité. Chez lui, les choses vont par deux, toujours. Essentielles. Constitutives.

J’ai toujours l’impression qu’un projet n’est pas fini, le doute est toujours là, à son niveau maximum. S’il devait disparaître un jour, il sera alors temps de faire autre chose.

La Suisse n’échappe pas à ce crible. Ce pays qu’il représente dès aujourd’hui à Paris Art Fair, son pays, il l’aime pour sa rigueur – admettant que la sienne vient de là. Néanmoins, l’attachement pourrait virer à la détestation à la moindre manifestation d’un excès. «Il faut savoir lâcher prise», appuie-t-il. Par expérience? À peine le temps d’un souffle malicieux et la réponse, comme toutes celles qui vont suivre, claque sans se faire attendre. Bientôt 48 ans au compteur, l’homme façonné comme un bonze se connaît bien. Il se sait vite accro à tout ce qu’il touche, à commencer par la passion de toujours, la précision faite horlogerie, devenue aire de création. Xavier Perrenoud travaille à sa facture moderniste mais, paradoxalement, ce sont les montres des années 40 à 70 déjà si «minimalistes» qu’il collectionne, porte et caresse du regard avec un attachement réel lorsqu’on le lui fait remarquer. Silence. Un souvenir.

Les confidences n’abondent peut-être pas, il faut lire entre les correspondances, elles s’accumulent et plantent le décor d’une chasse aux artifices tout terrain. Du dessin à la création. De l’objet fini à l’idéal de vie désarmant de réalisme: «Se réveiller le matin, avoir envie de se lever, c’est déjà pas mal.» L’agenda suit, dans le genre tout ou rien. Avec le design dans toute son envergure, que ce soit dans son laboratoire à idées, à la tête de son Atelier XJC ou comme prof titulaire depuis dix ans à l’ECAL du Master of Advanced Studies for Luxury and Craftsmanship. Avec un intérêt pour la cuisine mis en sourdine – «le jour où je m’y mets, ça peut être dangereux, je vais y aller à fond» –, avec les voyages, incessants. Avec, encore, les arts martiaux, et cette nécessaire pratique du mouvement qui se répète pour que le corps se l’approprie. «Je n’aime pas l’idée du sport pour le sport. Là, on est dans un état d’esprit, dans ce qui signifie, dans cette ambition de trouver une profondeur, une certaine harmonie. À un moment donné, il faut savoir déposer les armes pour essayer de comprendre, le minimalisme, c’est ça, poser les choses à plat.» Xavier Perrenoud sait donc ce lâcher-prise difficile à atteindre. Mais essentiel. «Je dois me forcer à ne rien faire, à laisser courir le regard dans le vide. Si c’est jouissif? Je ne sais pas, mais ça fait partie de mon équilibre.»

Il le tient, épanoui, chez Mobilab, galerie lausannoise qui l’édite en designer, l’expose et l’entraîne en artiste à Paris Art Fair, où la création suisse compose l’affiche d’invitée d’honneur. On dirait un Zébulon sur ressort. Ou alors, l’instant d’après, un sage méditatif. «C’est un vrai coup de foudre pour une expertise, une expérience artistique, une personnalité. On dirait un grand enfant riche de ses certitudes et de ses fragilités, appuie le galeriste Hérard de Pins. Regardez ces grands yeux doués d’un savoir en même temps qu’ils s’écarquillent, découvreurs.»

L’indépendance comme motto

L’envie de faire valoir sa passion, Xavier Perrenoud déambule entre des objets-tables, des tables-sièges, peut-être de simples formes sculptées, peut-être les pièces d’un puzzle éclaté en multiples modulations tridimensionnelles. Il explique encore ses mosaïques de feutre, trois pièces uniques accrochées en tapis de mur. Leur fonctionnalité importe peu, leur minimalisme discipliné, si. L’œuvre d’un fort en maths? Xavier Perrenoud n’est pas fan, seule l’école du faire l’exalte, elle seule ose briser les règles. «J’aurais rêvé de faire l’ECAL d’aujourd’hui ou alors, à l’époque, l’Art Center College à La Tour-de-Peilz, mais c’était inabordable.» Le début de l’histoire se noue alors autrement, elle a pour mots-clés le volontarisme non conformiste d’un débutant et la confiance de Pierre-André Aellen, responsable de la création chez Omega, à la tête d’un bureau indépendant. «J’ai commencé à dessiner des montres sans avoir aucune idée.»

La suite, plus classique, demeure viscéralement attachée à l’indépendance comme seule marque. Des cours d’histoire de l’art à l’Uni de Neuchâtel. Un master à l’ECAL. En plus de l’accumulation de références, entre art contemporain et ancien, le designer les aspire et les compacte avant de leur donner littéralement forme. «Toutes sont avec moi dans mon bureau, elles font ma culture comme ma personnalité, ce sont elles que j’essaie de traduire dans un monde tridimensionnel en partant d’une feuille blanche. L’ordinateur ne fait pas tout, bien au contraire, j’aime le lien avec les artisans, avec la matière et, adversaire de l’over-design, j’aime cette quête du minimalisme et d’une certaine sophistication dans l’apparence. Libre ensuite à chacun de voir une forme, une autre, une fonctionnalité ou pas. Mais si l’envie de toucher l’objet, de l’utiliser et de le vivre s’ajoute, c’est encore mieux.»

La réflexion amorcée par la curiosité, inextinguible, Xavier Perrenoud l’avoue, c’est le doute qui façonne. «J’ai toujours l’impression qu’un projet n’est jamais fini, le doute est toujours là, à son niveau maximum. S’il devait disparaître un jour, il sera alors temps de faire autre chose.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.