Mischa Maisky, au pied d’un volcan

ClassiqueLe violoncelliste au jeu embrasé est de passage au Conservatoire. Conversation avec un passionnel.

Mischa Maisky joue à Genève avec l’Orchestre de Chambre de Weinberg

Mischa Maisky joue à Genève avec l’Orchestre de Chambre de Weinberg Image: KEYSTONE

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Lorsqu’on prononce son nom, on ne peut échapper à l’image qui s’y rattache, à la crinière abondante, aux colliers en or épais qui décorent son coup et aux grands chemisiers qu’il arbore depuis des décennies sur les scènes du monde. Mischa Maisky, c’est cela: une signature esthétique posée à la lisière des conventions en vigueurs dans le monde du classique. Mais il y a davantage, bien sûr.

Le violoncelliste qui a grandi en Union soviétique, marque les esprits avec un jeu à la générosité débordante et une gestuelle qui dit tout de son engagement dans la musique. Un trait qui, par ailleurs, enthousiasme les uns et agace les autres. Elève de ces deux monstres sacrés que furent Mstislav Rostropovich et Gregor Piatigorsky, l’artiste poursuit, à 68 ans, une carrière intense, qu’il essaie de concilier avec le temps dédié à sa famille nombreuse. Avant son passage à Genève, où il se produit en compagnie de l’Orchestre de Chambre de Weinberg et du chef Gábor Tacáks-Nagy, il répond à nos questions, d’un verbe prolixe et sur un ton aussi vif que son jeu.

A l’affiche de votre concert, les œuvres de Beethoven et de Schubert croisent celles d’Abdullah Ibrahim et de Jimi Hendrix. Etonnant non?

Oui, absolument, mais à vrai dire, cet aspect a été soigné par le chef Gábor Tacáks-Nagy. Cela dit, je me réjouis de m’atteler à la Sonate Arpeggione de Schubert, et de le faire pour la première fois dans sa version avec orchestre arrangée par la jeune bulgare Dobrinka Tabakova. C’est une excellente adaptation que j’ai pu entendre dans un enregistrement.

Est-ce que cela va changer quelque chose dans l’approche de l’œuvre par rapport à la version avec piano que vous avez enregistré à deux reprises?

Le fond ne changera pas. Mais il est évident que ce sera une tout autre expérience sonore qui demandera une communication différente entre les musiciens. De toute manière, je considère qu’il faut être flexible et ouvert à de nouvelles expériences musicales comme celle-ci. Cela vous maintient jeune.

Lorsque vous étiez étudiant, vous avez côtoyé deux grandes figures du violoncelle: Mstislav Rostropovich et Gregor Piatigorsky. Que vous ont-ils transmis de plus précieux?

Si j’avais le talent et le temps, j’écrirais des livres sur ces rencontres. Il y a tellement de choses que j’ai apprises grâce à eux. Une des plus importantes, à laquelle je pense chaque matin en me levant, c’est que le violoncelle, comme tous les instruments solistes, n’est qu’une virgule, un élément parmi d’autres qui permet d’accéder à cette mine d’or qu’est la musique. Le but ultime du travail sur sa technique et sur les œuvres doit donc être celui de magnifier la musique. En aucun cas il ne faut se servir de celle-ci pour montrer au monde combien on est bon.

Un autre grand nom revient avec constance dans votre carrière, celui de la pianiste Martha Argerich. Quels sont les traits qui vous rapprochent le plus?

L’été passé, nous avons fêté ensemble le 40e anniversaire de notre première rencontre… J’ai grandi en Union soviétique et Martha est née en Argentine. Au départ, nous avions très peu de points communs. Mais dès le début, nous avons ressenti des affinités puissantes, tant sur l’aspect de la personnalité que sur le plan artistique. Nous aimons les deux faire du commérage et refaire le monde pendant des heures et des heures. Je ne pourrais pas dire combien de nuits nous avons passé à discuter à bâtons rompus. Sur le versant musical, lorsque nous faisons des répétitions, nous ne nous parlons jamais, les mots sont superflus. Tout est si naturel et prend forme de manière spontanée avec elle. Au fond, Martha est comme la vie: pas toujours facile, souvent imprévisible, mais si riche en rebondissements.

Avez-vous le même sentiment lorsque vous jouez avec vos enfants, la pianiste Lily et le violoniste Sascha?

Quand j’étais enfant, j’ai choisi le violoncelle parce que mes frères jouaient du piano et du violon. A l’âge adulte, je me suis mis à rêver d’un même scénario avec mes enfants. Ce qui a fini par se réaliser. Je suis un grand privilégié.

Vous vivez depuis longtemps en Belgique. Pourquoi ce choix?

Au départ, je m’y suis établi parce que mes meilleurs amis vivent ici. C’est pratique parce que central par rapport aux pays d’Europe où j’ai l’habitude d’aller. Cela me permet de revenir avec plus de facilité à la maison pour m’occuper de ma famille. Avec les années, je m’y suis trouvé bien, peut-être parce que le peuple belge est probablement le moins chauviniste au monde et que l’existence de ce pays relève presque d’une erreur de l’Histoire (rires). Les Belges ne se posent pas au centre de l’univers et en tant qu’étrangers, cet aspect vous met dans une position de confort.

Micha Maisky, Orchestre de Chambre de Weinberg,Gábor Tacáks-Nagy, Conservatoire de Genève, pl. Neuve, lu 1er fév. à 20h. Billets à l’entrée.

Créé: 29.01.2016, 17h09

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