La modernité des bains s’affiche

Les piscines dans l'art (5/5)Emblématique des années 30 par sa rigueur, cette affiche de piscine démontre une grande maîtrise de l'image et du texte.

Sobre et efficace, cette affiche réalisée par Otto Plattner dans les années 30 est devenue une icône.

Sobre et efficace, cette affiche réalisée par Otto Plattner dans les années 30 est devenue une icône. Image: Bibliothèque de Genève

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Un homme qui plonge. Tout simplement. Pour promouvoir la piscine inaugurée en 1934 dans la ville de Liestal, chef-lieu de Bâle-Campagne, Otto Plattner a choisi la sobriété. Mais c’est justement ce dépouillement qui rend l’image efficace. En concurrence avec de nombreuses autres sollicitations visuelles dans la rue, son affiche doit frapper le passant et être immédiatement compréhensible.

Très dynamique, le corps du plongeur forme une diagonale rigoureuse qui traverse tout le rectangle. L’homme est dépeint en plein vol, à l’instant exact où il va toucher l’eau. «Une belle manière de saisir l’instant, et de magnifier le corps humain et la perfection du geste sportif», apprécie Jean-Charles Giroud, ancien directeur de la Bibliothèque de Genève et spécialiste des affiches suisses. Les courbes des muscles de l’athlète contrastent avec les droites qui composent le reste de l’image. Beau et bronzé, il éclate de jeunesse et de santé.

En cette période d’après-guerre, un nouveau rapport au corps et aux éléments se développe. On se dénude, on s’expose à l’air et au soleil, on fait du sport en plein air. La pratique de la natation se répand. Villes et communes investissent dans la construction de piscines, où hommes et femmes commencent à se mélanger. Le bain, débarrassé des considérations hygiéniques et médicales, devient non seulement un moyen d’entretenir sa forme, mais aussi un plaisir.

Rouge, pour attirer le regard

Situé au centre de la lithographie, le maillot de bain rouge du plongeur a pour fonction d’attirer le regard. «Un truc d’affichiste!» sourit Jean-Charles Giroud. Il ressort particulièrement sur la zone presque uniforme du ciel, dont la couleur est identique à celle de l’eau. Le nageur fait le lien entre ces deux surfaces disposées en miroir. Rouge, orange, bleu et brun sont donc les seules teintes utilisées. Une gamme chromatique réduite par souci de lisibilité, et probablement aussi par économie, car plus il y a de couleurs, plus la réalisation coûte cher…

Seul le bâtiment représenté à l’arrière-plan indique qu’il s’agit d’une piscine. Cette construction Art déco, aux baies géométriques, se trouve simplifiée au maximum: des blocs blancs ponctués de rectangles bruns, qui créent des rythmes dédoublés par leur reflet brouillé. Cet alignement horizontal répond à celui des lettres blanches en haut à droite. Une inscription elle aussi réduite à sa plus simple expression, puisque seul figure le nom de la piscine.

Mais Otto Plattner va encore plus loin dans la correspondance formelle. «La lettre «I» a exactement la même forme et la même taille que les fenêtres du bâtiment, relève l’historien. C’est calculé au détail près!» Conçus et dessinés par la même personne, texte et image s’inscrivent pleinement dans l’esthétique de leur époque. L’école du Bauhaus a donné le ton avec une production géométrique, sobre et rigoureuse, où architecture, design et graphisme sont en harmonie.

Un artiste local aux talents variés

Pour concevoir cette lithographie, le choix de l’affichiste s’imposait naturellement: Otto Plattner est né et a habité à Liestal, où il a notamment réalisé des peintures murales sur l’histoire locale. Très attaché à son pays, il démontre son patriotisme en utilisant comme signature l’initiale de son nom ornée d’un drapeau suisse, visible ici en bas à gauche.

Formé comme peintre décorateur à l’Ecole des beaux-arts de Genève, il a réalisé des affiches, mais aussi des cartes postales, des décors de théâtre, de la vaisselle, des timbres et même des armoiries! Avec tous ces travaux, il a largement eu l’occasion de développer son sens de l’efficacité par l’image. Pas étonnant que cette affiche soit devenue une icône…

(24 heures)

Créé: 14.07.2017, 09h43

Invitation à plonger dans une vue insolite

Difficile de résister à cette vision insolite de la piscine de Heiden, dans le canton d’Appenzell. Avec un tel point de vue, on a tout de suite envie de plonger dans l’eau d’un bleu profond. Ce qui est bien entendu le but de cette affiche réalisée en 1932 par un graphiste talentueux mais resté anonyme.

«Il casse les lignes en coupant un coin du bassin à gauche, en le positionnant de biais par rapport au rectangle de l’image et en laissant deviner la courbure de la piscine à droite… Il s’amuse, c’est génial!» s’enthousiasme Jean-Charles Giroud, historien de l’affiche.

Ce cadrage, centré sur l’architecture, met en valeur la grande modernité des lieux qui viennent d’être édifiés par Beda Hefti, spécialiste suisse des piscines. L’artiste a reproduit dans les moindres détails l’étonnant restaurant-château d’eau à dominante rouge, qui constitue une des particularités du bâtiment. On distingue même des petits personnages venus prendre un verre.

D’autres visiteurs sont représentés sur le vert intense du gazon et l’encadrement du bassin. Mais seuls deux baigneurs, relégués sur les bords, viennent troubler la grande étendue azur de la piscine, qui constitue le cœur de l’affiche. Ses contrastes colorés contribuent à la rendre attrayante.

Par contre, image et texte ne sont pas accordés, ce que déplore Jean-Charles Giroud. «La typographie ne correspond pas à la sobriété et la modernité du dessin, explique-t-il. Surtout avec des écritures totalement différentes, dans deux teintes, dont une cursive qui date du début du XXe siècle. Peut-être que le commanditaire a imposé ce choix et que l’affichiste a refusé de signer l’ensemble…» (Image: Museum für Gestaltung, Zürich)

Une pin-up à la française pour vendre Montreux

Il était surnommé «le père de la pin-up française». Le Français Pierre-Laurent Brenot, d’abord dessinateur de mode pour les plus grands couturiers, s’est fait un nom en créant un modèle de femme sexy et joyeuse, qu’il utilisait dans ses affiches pour vendre tout et n’importe quoi. Pas étonnant, dès lors, qu’on ait fait appel à lui pour réaliser cette image vantant les atouts de Montreux, en 1959.

A cette époque, la Riviera suisse subit la concurrence de la Côte d’Azur. Le lac, les montagnes, le château de Chillon, tout ce qu’on voit à l’arrière-fond ne suffit plus: pour attirer le visiteur, il faut également une piscine. Dans ces années d’après-guerre, on construit des bassins artificiels partout, surtout dans les villes et les stations touristiques. En montagne, cela permet de maintenir une activité en été; en plaine, cela constitue une attraction supplémentaire.

Afin d’annoncer cette nouveauté aux touristes potentiels, on choisit le médium de l’affiche, alors incontournable pour communiquer. Il faut combattre la concurrence française avec ses propres armes. D’où le choix de Pierre-Laurent Brenot, dont la signature est clairement visible en bas à gauche. «Aucun Suisse ne serait capable de dessiner une pin-up pareille, véritable blonde platinée dans le genre de l’actrice Martine Carol», commente Jean-Charles Giroud, spécialiste de l’affiche helvétique.

Dans ce cas-là, la présence d’une demoiselle dévêtue se justifie tout de même davantage que pour vendre les mérites d’une boisson ou d’un chocolat. La femme en costume de bain, plus souvent en train de poser que de piquer une tête, devient d’ailleurs un motif très populaire dans les affiches balnéaires de l’époque. Ici, elle occupe le premier plan et la moitié de l’image. La beauté de son corps en maillot moulant se révèle pleinement. Sa silhouette avantageuse, qui évoque un sablier, rappelle la forme particulière de la piscine figurée en arrière-plan.

Il n’empêche, on doute un peu que cette belle plante bien bronzée et habillée à la pointe de la mode se rende à la piscine pour faire des longueurs. Car il ne s’agit plus uniquement d’un lieu pour nager, mais aussi pour se détendre et socialiser. En témoignent sur l’affiche les personnes qui se baladent, discutent, se dorent au soleil ou jouent sur la pelouse, ponctuée de parasols et de palmiers.

Dans les années 60, la production d’affiches dessinées à la main perd peu à peu du terrain face au développement de la photographie. Pierre-Laurent Brenot se tourne alors vers la peinture pour continuer à représenter ses pin-up… où elles rencontrent un succès tout aussi grand! (Image: Bibliothèque de Genève)

Le mot du jour: lithographie

Cette technique d’impression permettant le tirage de multiples exemplaires est appréciée pour sa simplicité d’exécution. On dessine directement sur une pierre avec un crayon gras, on la mouille puis on passe un rouleau d’encre. Celle-ci adhère aux parties grasses, dessinées, mais est repoussée par l’eau partout ailleurs. Pour la chromolithographie, il faut autant de pierres que de couleurs.

Le procédé, qui répond au besoin de vendre des objets issus de la révolution industrielle, se développe au milieu du XIXe siècle. Chéret, Mucha ou Toulouse-Lautrec font des affiches lithographiées de vraies œuvres d’art. Dans les années 50, une version améliorée de la lithographie, avec des plaques montées sur cylindre, se généralise: c’est l’offset, encore très utilisé de nos jours, notamment pour imprimer les journaux.

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