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«Molly de Balkany serait contente de ce que l’on fait!»

Les trésors de la collectionneuse seront mis en vente dans sa villa à Prangins, une opportunité de découvrir une intimité. Visite en coulisses du phénomène des ventes in situ.

Avec les ventes dans les châteaux de Gingins, de Hauteville à Saint-Légier et le 6 mai à Prangins, Bernard Piguet s’est fait une spécialité, en Suisse, d’une tendance venue des anglo-saxons.
Avec les ventes dans les châteaux de Gingins, de Hauteville à Saint-Légier et le 6 mai à Prangins, Bernard Piguet s’est fait une spécialité, en Suisse, d’une tendance venue des anglo-saxons.
CHRISTIAN BRUN

Ce n’est plus Madame qui reçoit sous ses ors de Prangins, elle y a vécu près d’une trentaine d’années, elle n’est plus… alors c’est le commissaire-priseur! Et la tente dressée dans le jardin de la villa Aigue-Marine filant jusqu’au lac n’attend pas de convives pour un dîner champêtre mais des collectionneurs à l’affût d’un petit trésor, d’une pièce rare ou d’un coup de cœur finalement pas si cher.

Une suite de neuf gobelets de chasse en métal argenté estimée entre 500 et 800 francs? Un tigre rugissant du Japon flirtant avec les 2500 francs? Une paire de consoles vénitiennes en bois relaqué rouge datant de la fin du XVIIe siècle valant entre 4000 et 6000 francs? Ou, à choix encore, l’un des multiples meubles sortis des ateliers Jacob, fournisseurs du général Bonaparte?

Les 1000 lots lustrés, répertoriés, tracés, étiquetés, tout doit disparaître… et la vente de la collection Molly de Balkany (1928-2015) se prépare à un suspense à 1000 inconnues. Qui pour dormir dans le lit inspiré par celui de l’impératrice Joséphine au château de Malmaison? Combien pour la paire de candélabres signés Pierre-Philippe Thomire, le bronzier des rois ou pour la plus haute estimation du catalogue (100'000 - 150'000 francs), une aiguière et son bassin en or?

Bottin mondain

Des estimations qui tiennent toutefois compte d’une récente tiédeur envers les meubles de style, la faute aux goûts qui changent. «Pour certains objets, l’évaluation est un quart en dessous du prix d’il y a quinze ou vingt ans, c’est vrai. Mais on s’attend à voir défiler un public très diversifié comme à atteindre de beaux prix!»

Même avec la prudence de l’expérience et la réserve due à un milieu pénétré par la discrétion, Bernard Piguet, directeur de Piguet Hôtel des ventes Genève, y croit. La qualité, la belle facture, la rareté comme autant d’alliés mais aussi – et surtout – la preuve d’une traçabilité. «Exigée dans beaucoup de domaines, de l’alimentaire à l’art, la provenance est à la mode. Et si, elle ne peut être complètement établie, voir les objets dans leur contexte est un atout. C’est normal, on aime savoir à qui ils ont appartenu.»

L’homme peut désormais parler d’expérience, du château de Gingins (2013) au château d’Hauteville de Saint-Légier (2015), il s’est fait une spécialité – et une singularité au niveau suisse – des enchères là où les objets ont vécu et tracé un peu de leur histoire, en plus des ventes de collections liées à un nom (Lifar, Christophe Lambert, Henri-Ferdinand Lavanchy, Givaudan).

Son secret? Formé à la finance et à l’histoire de l’art, le Genevois semble l’être aussi à la communication sachant esquiver un trop-plein de curiosité susceptible d’ébranler la sacro-sainte réserve. «Ça vient tout seul!», souffle-t-il. La preuve avec Molly de Balkany, une esthète polyglotte romancière et voyageuse venue de Bucarest sur Paris où, avec son frère Robert, elle lance la mode des centres commerciaux. «Douée de cet œil susceptible de dénicher la valeur là où d’autres ne l’avaient pas vue, c’était une fidèle.»

Estimation triplée

Conséquence: certaines pièces, dont la correspondance de la grande-duchesse de Russie, Olga Alexandrovna Romanov, vont retrouver pour la deuxième fois le marteau de Bernard Piguet. «Dans ces moments-là, on fait le vide, hyperconcentré, guettant le moindre signe. L’intensité est à son summum, mais il faut aussi être un peu acteur, ça fait partie du job! On doit être capable de prendre une situation au vol, de la détourner et de faire rire. Ses propres émotions? Elles peuvent surgir, oui, lorsqu’un objet monte, monte et qu’on ne s’y attendait pas. Ou… l’inverse. Et là, bien sûr, je penserai aussi à cette femme extraordinaire qu’était Molly de Balkany, à cette fan des enchères capable de faire monter le prix d’un petit rien quinze fois au-dessus de son estimation parce qu’il «lui plaisait tellement». La connaissant, poursuit-il, elle aurait adoré l’idée que tous ces objets revivent comme elle aurait adoré savoir qu’à travers eux, elle donnait la possibilité à d’autres de chercher et de trouver la rareté. Le respect du profil du collectionneur, c’est l’objectif prioritaire dans ces ventes in situ.»

Au domicile

Au-delà de l’opportunité de faire un joli coup en ouvrant tout grand une intimité à tous les publics? Les chiffres des jours d’exposition précédant les ventes ne disent pas le contraire. 4500 visiteurs à Gingins. 11'000 à Saint-Légier. «Il y a le côté fabuleux de pouvoir recevoir dans un cadre différent, c’est très prenant aussi, on est chez quelqu’un et on assure une sorte de continuité entre cette personne et les enchérisseurs mais, nuance le commissaire-priseur, il y a aussi une prise de risques. Certains préfèrent faire des choix dans une collection et se focaliser sur la commode à 200'000 francs ou le tableau à un demi-million, nous, on prend tout avec l’engagement sécuritaire, technique et logistique que cela implique. Mais si on le fait, c’est que…» Et la calculette de compléter par l’exemple, dans les ventes de Gingins (3,5 millions) et de Hauteville (4,7 millions), les estimations ont été multipliées par trois, voire plus. «On espère la même chose à Prangins (ndlr: total évalué entre 1,5 et 1,8 million), glisse Bernard Piguet mais rien n’est jamais gagné.»

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