"Que tout le monde trouve sa propre couleur"

DanseLa chorégraphe coréenne Eun-Me Ahn colore la vie à travers ses créations piquantes, émouvantes et décalées. Deux d’entre elles sont à découvrir à Pully et à Monthey

Dans «Let me change your nam e», Eun-Me Ahn se sert des couleurs pour mieux marquer la standardisation entre les genres. A découvrir à Pully.

Dans «Let me change your nam e», Eun-Me Ahn se sert des couleurs pour mieux marquer la standardisation entre les genres. A découvrir à Pully.

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Née en Corée du Sud, Eun-Me Ahn est une artiste à la créativité particulièrement originale qu’elle n’enferme jamais dans des schémas conventionnels. Performeuse charismatique et sans limites, elle peut tout autant susciter l’émotion en s’inspirant de la danse butô que sauter du haut d’une grue ou déchirer son costume de scène pour en distribuer des lambeaux au public. Comme chorégraphe, elle travaille volontiers avec la jeune génération de danseuses et danseurs dans des créations crépitantes comme dans Let me change your nam e, à voir au Théâtre de l’Octogone. Eun-Me Ahn donne à voir une œuvre pleine de gaieté, hymne chatoyant à la liberté et à l’indifférence du genre. La «Pina Bausch de Séoul» aime aussi travailler avec des amateurs comme les touchantes grands-mères coréennes que l’on peut découvrir au Théâtre du Crochetan dans Dancing Grandmothers.

Comment la danse est-elle venue à vous?

Un jour, lorsque j’avais 5 ans, j’ai croisé une troupe de danse traditionnelle dans la rue. Ils portaient des costumes colorés. À cette époque, quelques années après la guerre et dans une Corée en pleine reconstruction, tout était terne, gris. C’était la première fois que je voyais des couleurs aussi vives, qui ressemblaient au monde dont je rêvais. Je suis allée les voir et leur ai demandé ce qu’ils faisaient. Ils m’ont répondu: de la danse. Sans savoir exactement ce que c’était, je me suis dit que je ferai de la danse et que la danse serait ma vie.

Et pourquoi la danse contemporaine et pas la danse traditionnelle?

J’ai commencé par la danse traditionnelle à 12 ans. Mais pour moi qui suis curieuse, avide d’expériences et d’expérimentations, c’était trop calme et beaucoup trop formel pour moi. La danse contemporaine offre une plus grande liberté et permet de traiter une plus grande variété de sujets.

De quel courant chorégraphique vous réclamez-vous? Cunningham, Graham ou d’autres?

La chorégraphie est un moyen de traduire et de communiquer avec le corps, et d’interroger la société dans laquelle nous vivons. J’ai toujours voulu m’exprimer avec mon propre langage. Du fait de l’histoire de mon pays, les premières expériences de danse contemporaine qui nous sont parvenues venaient des États-Unis avec des figures importantes, telles que celles de Cunningham ou de Martha Graham, dont j’ai étudié les techniques lorsque je vivais à New York. Mais à l’époque, il n’y avait pas les moyens de communication modernes que nous connaissons aujourd’hui et la jeune danseuse que j’étais était assez libre de créer son propre chemin.

Qu’est-ce qui vous relie à Pina Bausch?

La chorégraphie et la démarche de Pina sont complètement différentes des miennes. Mais elle trouvait et utilisait les capacités cachées de ses danseurs par une inter­action avec eux. Sur ce point, nous nous rejoignons totalement. C’est à partir des danseurs que je cherche de nouveaux mouvements.

Les Coréens sont-ils en général ouverts à la danse contemporaine?

Ils ont connu la danse contemporaine très tardivement. L’art est considéré comme une chose réservée aux intellectuels et qu’ils partagent entre eux. Les théâtres et les professionnels de la danse contemporaine tentent de communiquer par divers moyens, mais le langage abstrait propre à la danse est une difficulté pour les spectateurs coréens. Votre humour est omniprésent.

Où est la source de votre joie?

Je crois que ça vient en premier lieu de mes parents qui m’ont fait ce merveilleux cadeau. Ensuite, j’ai la chance de vivre de la danse. Je suis heureuse quand je danse et ça me donne de l’énergie positive. Le fait de rencontrer de nouvelles personnes et de découvrir quelque chose me met aussi en joie. Ce qui me rend le plus heureuse, c’est la synergie d'une équipe qui travaille ensemble pour atteindre un objectif commun et déboucher sur un spectacle.

Let me change your name évoque les normes de genres et l’identité. Pourquoi avez-vous eu envie de traiter ce sujet?

Une société basée sur une distinction claire entre les genres ne me semble pas être un bon modèle. Même si les choses évoluent, la Corée du Sud est encore une société conservatrice où les rôles des femmes et des hommes sont clairement définis. Dans cette pièce je voulais jouer avec les stéréotypes pour brouiller les lignes. (24 heures)

Créé: 13.01.2018, 10h54

En dates

1963
Naissance en Corée du Sud.
1974
Commence la danse, s’initie aux pratiques chamaniques coréennes.
1994
Départ pour New York.
2001
Plusieurs passages au Pina Bausch Festival à Wuppertal. La même année, elle retourne vivre en Corée du Sud où elle prend le poste de directrice artistique à la Daegu Metropolitan City Dance Company.
2002
Chorégraphe de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football à Deagu, en Corée.
2006
Let Me Change Your Name, une création hors des limites du genre.
2007
Création de Symphoca Princess Bari, adaptation chorégraphique d’une légende coréenne, qui sera présentée en Corée, mais aussi dans toute l’Europe.
2011
Création de Dancing Grandmothers, pièce inspirée par l’énergie des femmes âgées de la campagne de Corée du Sud.
2016
AhnSim Dance, premier volet d’une trilogie sur le handicap et la différence.

Eun-Me Ahn

Infos

Pully, Théâtre de l’Octogone

Let me change your name,
je 18 janvier (20 h 30)
www.theatre-octogone.ch

Monthey, Théâtre du Crochetan

Dancing Grandmothers

Sa 20 janvier (19 h)
www.crochetan.ch

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