Mossoul, une bataille si difficile à «couvrir»

PhotojournalismeLa bataille de Mossoul est au centre du travail des quatre photojournalistes nommés pour le Visa d'Or News du festival Visa pour l'image.

L'un des clichés de Laurent Van der Stockt, récompensé d'un Visa d'Or News au festival du photojournalisme Visa pour l'Image.

L'un des clichés de Laurent Van der Stockt, récompensé d'un Visa d'Or News au festival du photojournalisme Visa pour l'Image. Image: Keystone

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Kamikazes islamistes, attaques incessantes à la voiture-suicide, un million de civils pris en otages : des photojournalistes racontent à l'AFP les multiples difficultés pour «couvrir» la bataille de Mossoul (Irak), considérée comme la plus longue bataille urbaine depuis Stalingrad.

Pour la première fois dans l'histoire du festival international de photojournalisme de Perpignan (sud de la France) Visa pour l'Image, les quatre nommés pour le prix le plus prestigieux, le Visa d'Or News - Patrick Chauvel (VSD), Emanuele Satolli (Time), Goran Tomasevic (Reuters) et Laurent Van der Stockt (Le Monde) - ont tous été sélectionnés pour leur travail sur un même thème : Mossoul. Le lauréat 2017 est Laurent Van der Stockt.

Les militaires irakiens et les journalistes étaient «face à une armée de kamikazes» du groupe Etat islamique, souligne Patrick Chauvel, personnage haut en couleur qui a couvert nombre de conflits depuis ses débuts pendant la guerre du Vietnam.

«De toute ma vie de reporter, je n'ai jamais eu des kamikazes en face de moi. Aucun des types n'avait l'intention de survivre. Évidemment ça change la donne». En plus, «tout était piégé. Il y avait des mines artisanales, des mines partout. Ça complique les choses», sans oublier «un million de civils bloqués et qui servaient de boucliers», dit-il.

Guerre non-conventionnelle

En utilisant des tireurs embusqués, des mines, des voitures piégées et en tuant des civils, «l'Etat Islamique n'a pas livré une guerre conventionnelle», confirme le photo-reporter italien Emanuele Satolli.

«La danger était partout. Et en tant que journalistes, nous étions une cible. La difficulté était d'être proche de la réalité, des endroits d'où les civils partaient», ajoute-t-il. Pour être au plus proche de la ligne de front, il fallait être «embedded», c'est-à-dire travailler avec les forces armées irakiennes, en particulier les forces spéciales, une unité d'élite placée sous l'autorité directe du Premier ministre.

«Se retrouver avec eux dans un véhicule blindé, dans une colonne et avancer, ça limite le nombre de journalistes», précise Laurent Van der Stockt. Ce reporter chevronné a couvert toute la bataille grâce à la qualité de sa relation avec le commandant Salam, qui dirigeait de nombreuses opérations.

«Très très intense»

«Je ne me suis jamais retrouvé avec autant d'accès aux opérations militaires et pendant autant de temps», souligne-t-il.

«Jamais ou très très rarement, un journaliste part avec un petit groupe de special forces . Il est avec l'armée qui avance mais jamais avec le petit groupe qui fait de la pénétration. Il y avait 450 journalistes accrédités à Erbil mais très peu de journalistes ont eu les moyens de passer les check-points et d'être à l'intérieur de la bataille», poursuit-il.

Pour Goran Tomasevic, un photojournaliste serbe couvrant depuis 20 ans les guerres dans les Balkans et au Proche-Orient, «c'est toujours un défi de pouvoir passer du temps» avec les militaires : «Une fois, ils m'ont autorisé à rester pendant 10 jours, à les suivre dans toutes leurs missions. C'était très très intense».

Dans ces moments-là, poursuit Laurent Van der Stockt, «il y a une forme de vie partagée obligatoire, on se retrouve à dormir dans les mêmes maisons cassées, à prendre les mêmes risques. Bien évidemment qu'il y a un rapport qui s'établit. Et bien évidemment, il y a un journaliste qui doit être attentif le plus possible à rester objectif». «Mais a-t-on vraiment le choix ?», demande-t-il.

Aucun journaliste indépendant n'a pu travailler dans les zones sous contrôle islamiste.

«Ça m'a couté très cher»

«On savait que cela serait long mais pas aussi long. Neuf mois, je n'en avais pas idée», insiste Alvaro Canovas, qui a couvert la bataille pour Paris-Match.

«Psychologiquement et moralement, je ne pensais pas que cela aurait été si dur. Moi, ça m'a coûté très cher. Familialement et sur tous les tableaux. J'avais prévu que cela soit ma dernière bataille depuis plusieurs mois. Ça va être le cas».

«Il y aura un avant et un après Mossoul. Aussi et surtout parce que cela a coûté la vie à des personnes qui m'étaient chères, Véronique Robert, Bakhtiyar Haddad, Stephan Villeneuve (journalistes tués en juin à Mossoul)». «Et ça, ça marque, ça marque». (afp/nxp)

Créé: 10.09.2017, 03h22

Galerie photo

En images, la bataille de Mossoul, en Irak

En images, la bataille de Mossoul, en Irak L'opération pour reprendre au groupe Etat islamique la ville de Mossoul, dans le nord de l'Irak, a commencé le 17 octobre 2016.

Le Visa d'Or News pour Laurent Van der Stockt

Le photographe belge Laurent Van der Stockt a remporté samedi soir à Perpignan, dans le sud de la France, le prix le plus prestigieux du festival international de photojournalisme, Visa pour l'Image, pour sa couverture de la bataille de Mossoul (Irak) pour le quotidien Le Monde.

Agé de 53 ans, ce reporter chevronné avait déjà décroché le Visa d'Or News en 2013 pour son travail, dans la clandestinité aux côtés des rebelles, de la guerre en Syrie. Il avait notamment été le témoin d'attaques au gaz chimique par les forces du régime de Bachar al-Assad.

Laurent Van der Stockt a suivi la bataille de Mossoul quasiment du début à la fin, «embarqué» avec les forces spéciales irakiennes.

Il était au plus près des combats, des attaques-suicides et des destructions, mais aussi des civils terrorisés. Cette proximité, ces risques partagés, cette couverture au long cours donnent à ses clichés une force singulière.

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