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Lettres à nos aînésDes mots pour la Fête des mères

Cette semaine, cinq membres de l’Association vaudoise des écrivains prennent la plume pour évoquer leur maman, entre souvenirs et confinement.

Ecrire aux aînés à un moment où ils se retrouvent plus isolés que jamais: un geste de l’Association vaudoise des écrivains croqué par le dessinateur Manuel Perrin.
Ecrire aux aînés à un moment où ils se retrouvent plus isolés que jamais: un geste de l’Association vaudoise des écrivains croqué par le dessinateur Manuel Perrin.
MANUEL PERRIN

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«Tu étais celle qui reliait les membres de la famille»

«Ma petite maman, avec les années, te ratatinerais-tu ou est-ce que je grandis? Non, je me tasse et me densifie et toi tu occupes une grande partie de mon ciel. Ce «petite» est une manière de t’apprivoiser, de te rapprocher, de te remercier pour ce que tu m’as porté, m’as fait, m’as apporté, m’as protégé, m’as aimé. Tu sais bien que depuis que tu m’as quitté, tu es toujours là et que je te revois, te rêves, te parles. Je te vois dans nos vacances, assises sur un banc à l’orée de la forêt, tricotant ou lisant dans ta robe à pois, coiffée de ce petit chapeau plié, presque comme on faisait un bateau, dans une double page de la «Feuille d’Avis de Lausanne» que nous recevions au fond des Grisons. Et tu nous regardais jouer, nous disant de cesser d’importuner les fourmis qui ne nous feraient pas de mal si nous ne les dérangions pas. Ce qui n’était pas vrai, mais elles étaient chez elles, et tu avais raison, nous n’avions pas mon frère et moi à les embêter, en effet tu n’avais pas dit importuner mais embêter, c’étaient nous les intrus. Et tu nous enseignais, comme distraitement, sans avoir l’air d’y toucher, l’écologie, on n’usait pas alors de ce mot, le respect des autres, de la nature et le stoïcisme, supporter une petite pinçure de fourmi, ne pas songer à la vengeance, action qui ne répare rien, qui au contraire alourdit et prolonge notre douleur. Ce n’étaient pas les fourmis, les bêtes, c’était nous! Et si tu nous parlais si souvent du Ciel, avec une majuscule, tu étais une vraie terrienne qui l’aimait, la terre et me la fit aimer. Tu m’appris la confiance, confiance en la vie, sa famille, la nature et l’univers. Tu ruisselais d’amour et même quand tu te fâchais, tu nous aimais et tu nous pardonnais et nous embrassais. Tu étais celle qui reliait les membres de la famille, qui mettait de l’huile dans les rouages et sans doute n’en étais-je pas assez conscient alors, ni reconnaissant. C’est pourquoi aujourd’hui je veux te redire merci, maman, à bientôt, dans un prochain rêve ou…»

Pierre Yves Lador, Château-d’Œx

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«En ce dimanche particulier, je pense à toi»

«Ma chère maman, En ce jour de Fête des mères, je pense à toi et me souviens avec émotion de ces dimanches particuliers où chacun te fêtait avec amour. Les traditions se perdent, mais à l’époque c’était un jour important. Un jour où, même si c’était encore toi qui nous concoctais un festin de roi, tu étais la reine de nos cœurs et au centre des attentions. Un jour spécial où nous cherchions tous à te faire plaisir. Nous avions peu d’argent pour t’acheter un présent, mais chacun rivalisait d’originalité pour te plaire et te prouver son affection. Longtemps, parce que je trouvais ça beau, et parce que cela ne coûtait pas plus que les quelques sous dont je disposais, je t’ai offert des carafes. Des verres de toutes les couleurs, de toutes les formes, que tu as conservés et que j’ai retrouvés après ton décès lorsque nous avons vidé les armoires. Ce jour-là, face à toute cette verroterie qui étincelait dans la lumière du matin et dont personne ne voulait, mes larmes se sont mises à couler. Je me suis revue au magasin, recomptant mes p’tits sous, hésitante devant ces carafes chatoyantes qui ravissaient mon regard d’enfant et me semblaient un cadeau digne de l’amour que je te portais.

En dépit des années, tu les avais toutes conservées précieusement rangées au fond du buffet. J’en étais bouleversée. Évelyne avait ri devant mon émoi et m’avait rappelé mon obstination à t’offrir ces carafes inutiles ainsi que son étonnement devant le fait que tu ne les avais jamais jetées.

La maison a été vendue, le passé n’est plus. Mais j’ai conservé quelques-unes de ces carafes où je décante mes souvenirs. Et lorsque les rayons du soleil traversent ces verres colorés, irisant la pièce de reflets multicolores, je sais que ces carafes n’étaient pas d’inutiles cadeaux, mais les symboles lumineux de mon amour pour toi, devenus à leur tour les symboles précieux de l’amour que tu avais pour moi. Des verres toujours intacts qui éclairent mon cœur et ma mémoire d’une lumière magique.

Bonne fête maman.»

Catherine Gaillard-Sarron, Chamblon

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«Il ne reste aujourd’hui que les bons souvenirs»

«Ma chère Maman, Cela fait déjà dix ans que tu es décédée paisiblement pendant ton sommeil à l’EMS Pré- Pariset à Pully. Tu avais 88ans. L’âge venant, tu avais décidé que tu ne pouvais plus vivre seule. Tu participais aux activités de la résidence, tu mangeais bien et la foi t’a probablement soutenue. Nous venions te voir souvent.

Je n’ai pas toujours été d’accord sur la manière dont tu nous as élevées. Pas plus que pour les obligations religieuses auxquelles tu nous as contraintes. Souvent, le temps efface les conflits. Il ne reste aujourd’hui que les bons souvenirs. La résilience est passée par là.

Je me rappelle de tes gâteaux au maïs que tu cuisinais le samedi. Un régal olfactif et gourmand. Un beau jaune citron sous une croûte dorée. Je n’en ai plus jamais dégusté depuis mon mariage.

Tu avais obtenu un CFC de commerce à une époque où les filles suivaient plutôt l’école ménagère. Tu n’as que peu exercé. Cela t’a manqué. Mais quand on a quatre filles, il est difficile de tout concilier. Tu t’es beaucoup investie dans nos devoirs et de cela je t’en remercie sincèrement. Tu nous faisais réciter poésies, vocabulaires allemand, anglais, italien et latin. Et, chose admirable, tu nous faisais des dictées musicales alors que tu ne connaissais pas les notes. Ma maîtresse d’histoire, Mme Heer, me faisait apprendre des dizaines de pages pour les travaux écrits. J’en pleurais. Patiemment, tu me résumais l’essentiel… Et tu fus si fière de ma réussite professionnelle!

Quand l’informatique s’est popularisée, tu as suivi un cours à la Migros. Tu avais déjà 80ans et tu estimais n’être pas plus sotte que tes filles. Tu n’as jamais osé dire ton âge à tes collègues d’apprentissage. Tu as pu commander tes commissions au Shop, visiter les musées en ligne et discuter par Skype avec une de tes petites-filles au Chili. Je t’ai admirée pour cette volonté de rester au courant de tout.

Tes filles sont devenues des vieilles dames. Je t’embrasse Maman, toi qui as tout donné pour tes enfants.»

Anne Bornand, Morges

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«On est toujours l’enfant de sa mère»

«Bien chère maman, Quelle chose étrange que de t’écrire pour la Fête des mères, à toi, qui depuis si longtemps ne demeure plus que dans mon incertaine mémoire.

Certes, la mémoire peut faire rejaillir, en des instants et des lieux imprévus, avec une force et une précision presque cruelle, la présence d’un être cher. Mais elle ne peut nous permettre qu’un échange immatériel et trop bref.

Je ne puis plus t’apporter ni fleurs ni friandises autrement que par la virtualité de ma pensée, poser le doigt sur la petite touche intime de mon clavier intérieur, y déposer ton nom, tracer la forme d’un cœur, qui est celui de ton fils, inscrire cette forme dans le tien.

Un seul signe pourtant suffit à dire merci. Merci de m’avoir mis au monde, de m’avoir accompagné sur l’incertitude du chemin de ma vie. On est toujours, coûte que coûte, l’enfant de sa mère. Elle a pour nous les premiers bras de l’amour, les premiers baisers, les premières tendresses.

Le bouquet que je t’offre aujourd’hui est celui d’un printemps fou de feuilles et de fleurs et d’un ciel plus lumineux que jamais sur le temps de notre confinement.

À l’heure même où tu nous as quittés, ma sœur, mes frères, ton mari et moi, j’ai, pour une fois, raté le train qui m’aurait permis de te rejoindre avant ton dernier souffle.

Paniqué (le prochain train ne s’arrêterait que dans une heure), je suis monté dans la forêt qui domine mon petit village.

J’ai fait un feu, dans le berceau de quelques pierres, pour te donner un signe qui ne pouvait s’écrire que dans l’odeur de la résine, les flammes de la reconnaissance et la fumée du temps.

Aujourd’hui ce feu brûle encore dans mon cœur, comme la vive clarté d’un phare qui ne s’éteint pas.

Car ne peuvent pas s’éteindre les éclats de la lumière partagée qu’irise le bonheur, car ne sont pas lettre morte tes messages d’encouragement, car peuvent encore résonner certaines paroles, certaines brassées de rire. La Fête des mères n’a pas de frontière entre les êtres disparus et ceux qui, comme moi, leur font offrande des braises du souvenir.

Je t’aime maman.»

Gil Pidoux, Lausanne

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«Merci pour l’enfance que tu m’as donnée»

«À la femme de ma vie. Une victoire qui ne coûte pas n’est qu’une réussite. Et il y a du triomphe dans l’aube qui se lève. N’a-t-elle pas vaincu la nuit? Et n’accouche-t-elle pas d’un nouveau jour? Toi aussi maman tu as vaincu la nuit. Je n’étais pas une simple naissance, j’étais ta victoire contre une maladie qui n’était pas la tienne.

Je suis déjà debout. Les lève-tôt, dis-tu, ont de l’or dans la poche, et le soleil qui se lève m’inonde tout entier d’or. Le jour est encore chancelant, comme un bébé qui fait ses premiers pas. Je lève la tête, la journée aura son lot de nuages, c’est sûrement mieux ainsi. De cela tu ne parles jamais maman. Nous sommes d’une famille où on ne se plaint pas. Pourtant c’est à tes hivers que tu as dû la beauté de tes printemps. Les arbres ne se hisseraient pas sur leurs racines s’ils ne fuyaient pas l’ombre et nous ne devenons nous-mêmes qu’après avoir escaladé la falaise qui un jour a stipulé «Ton destin est d’être à mes pieds»

Le jour de mon 10e anniversaire, tu m’as offert un livre et écrit un poème. «L’amoureux que j’ai moi-même conçu» avait-il pour titre. J’étais trop petit pour comprendre. Maintenant, j’ai l’âge, et des enfants. À mon tour de donner le bon titre à une sorte de poème que je t’écris, à cette lettre à l’occasion de la Fête des mères, la fête de la vie.

Nous sommes d’une famille où l’on ne dit pas facilement ces choses tendres qui nous sont si précieuses, comme si les verbaliser était les déprécier. Tu veux savoir maman? Je crois que c’est un tort. Permets-moi de te dire que je t’aime. Merci pour l’enfance que tu m’as donnée, merci pour les histoires que tu me racontais et qui ont fait de moi l’amoureux des mots que je suis. Tu as encore tant de choses à m’apprendre, mais dis-moi d’abord: comment devient-on une maman aussi merveilleuse? Dis-le au papa de tes deux petits-enfants.

Le soleil déjà haut dans le ciel éclaire maintenant la plus belle journée de l’année. Ta journée et celle de toutes les mamans. À vous toutes, merveilleuses femmes, je souhaite une bonne Fête des mères!»

Imad Ikhouane, Lausanne

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