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Le Musée de Carouge s’habille en Christa

Une exposition rend hommage à la designer de mode férue de noir, illustre figure de la Cité sarde.

Christa de Carouge portait toujours du noir, accessoires compris.
Christa de Carouge portait toujours du noir, accessoires compris.
© de-niz.com
Christa de Carouge portait toujours du noir, accessoires compris.
Christa de Carouge portait toujours du noir, accessoires compris.
© de-niz.com
La créatrice mettait aussi beaucoup de soin dans le choix des tissus.
La créatrice mettait aussi beaucoup de soin dans le choix des tissus.
© Christa de Carouge / Musée de Carouge
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De menues sculptures d’ours polaires dans la salle de bains. Voilà la seule concession au blanc que Christa, née Furrer, avait consenti dans son appartement, comme le révèle un film documentaire que Christophe M. Saber a consacré à la designer de mode en 2016. Lorsque le réalisateur lui en fait la remarque, elle rétorque malicieusement que seul le poil est immaculé: sous sa fourrure, le plantigrade cache une peau noire. Ce beau portrait en images d’une durée de onze minutes clôt l’exposition monographique que le Musée de Carouge dédie actuellement à Christa de Carouge.

Décédée le 17 janvier dernier à l’âge de 81 ans, l’illustre «dame en noir» tint boutique à la rue Saint-Victor durant plus de vingt ans et fit connaître sa ville d’adoption en Suisse et bien au-delà – elle demanda au maire de l’époque le droit de prendre pour nom d’artiste celui de la Cité sarde. «C’était une manière de réagir à sa disparition et de lui rendre hommage, expliquent les commissaires Géraldine Glas et Klara Tuszynski. Bien des Carougeois avaient un petit lien avec elle, ou un grand! Mais il y a également toute une génération qui ne la connaissait pas. Nous avons apporté notre regard extérieur sur le personnage.» Car de fait, la proposition des curatrices constitue le premier accrochage que la styliste n’a pas elle-même mis en scène.

Œufs, charcuteries ou homards

La visite s’ouvre avec sa biographie, qui apprend beaucoup sur l’origine et la construction de son univers esthétique singulier, tissé à la trame des Beaux-Arts et de l’artisanat. Née à Bâle, aînée de cinq enfants, Christa grandit dans une famille de tisserands et de couturières. Son père, après des études d’art, devient cuisinier, responsable du buffet froid à l’enseigne d’un palace zurichois: on découvre les soigneux dessins qu’il réalise de ses plats en vue de bien ordonnancer œufs, charcuteries ou homards.

Formée au graphisme, la créatrice vient à la mode en autodidacte à Genève, où son mari, Rudi Hegetschweiler, tient des boutiques de confection. Après un divorce et un retour momentané à Zurich, Christa ouvre un atelier à Carouge, qui lui sert aussi d’appartement. Elle présente sa première collection en 1983 et développe une philosophie de l’habit-habitat, un vêtement unisexe aux lignes géométriques et aux volumes bienveillants, au creux duquel on se sent bien. Et libre. De multiples voyages, entre autres au Japon, influencent son trait, zen et sobre comme celui d’une architecte. Plusieurs croquis sont à voir au Musée de Carouge, aux côtés de divers tissus qui disent tous les éclats et les nuances du noir, mais aussi l’insatiable curiosité de la designer pour les matières, qu’elles soient naturelles ou innovantes.

Somptueuses mises de soirée

L’exposition présente évidemment de nombreuses tenues, prêtées par le Musée d’art et d’histoire ou des clientes. «Elle ne portait jamais de couleur, souligne Klara Tuszynski. Pourtant, ses collections comptaient également du safran, du rouge, du bleu ou de l’écru.» Il y a aussi de somptueuses mises de soirée, ornées de paillettes ou travaillées dans des tissus plus exubérants. La fonctionnalité des créations (kimonos réversibles, manteau sac de couchage) est mise en valeur par la présentation de certaines pièces au mur, à l’instar d’œuvres d’art – «quand on ne les met pas, on peut les poser dans un coin, comme une sculpture, comme un tableau», disait-elle.

Des photographies, notamment de ses défilés pensés comme des performances, s’ajoutent aux témoignages écrits d’une quinzaine de proches, ainsi qu’à des citations de l’artiste pour conférer de l’épaisseur à cette fresque intime. Laquelle fait justice à la générosité, la joie de vivre et l’anticonformisme de cette grande dame de la mode, dont l’esprit continue de luire dans le noir.

Christa de Carouge Jusqu’au 16 décembre 2018 au Musée de Carouge, 2, place de Sardaigne. Mardi à dimanche de 14 h à 18 h, entrée libre. www.carouge.ch/musee

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