Le Musée historique rebat les cartes du temps

RéouvertureLes trente-trois mois de fermeture ne seront bientôt plus qu’un souvenir. Ce week-end, l’institution lausannoise va se dévoiler. Visite dans les coulisses du parcours permanent.

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Le caddie sortant du mur… peut-être ne sera-t-il plus là le 20 avril à l’ouverture d’un Musée historique de Lausanne complètement ravalé de l’intérieur comme de l’extérieur! Laurent Golay, son directeur, n’est pas convaincu. Ça ne fonctionne pas. Il manque quelque chose. Comme quoi, l’idée forgée dans une certaine perspective, cette idée inscrite dans une cohésion narrative avant d’être millimétrée sur plans, peut ne pas résister à l’épreuve de la réalité grandeur nature. Pensée pour résister au temps – on parle d’une durée de vie de dix ans pour une exposition permanente, si possible quinze – la science n’est pas exacte. Les réglages fins ne sont donc pas interdits, ceux de dernière minute non plus.

Le long des nouvelles circulations gris aluminium, une armada colorée de post-it a pris le pouvoir et le rappelle. Mais il en est un qui le dit avec délices: un gentilhomme encadré est vite «parti se refaire une beauté» chez la restauratrice avant d’être accroché à l’endroit dévolu. Sûr! La promesse sera tenue également pour les hologrammes des Yvette Jaggi, Bertrand Piccard, Bastian Baker, Yvette Théraulaz qui ont leur mot à dire – et à partager – sur Lausanne même si, pour l’heure, ils sont encore dans les strates technologiques. «L’humour nous a bien aidés tout au long du chantier, sauvés même.» Pour l’affirmer, la malice teinte le sourire du directeur.

«Plus l’histoire est proche, plus elle nous interpelle: l’histoire, c’est aussi aujourd’hui»

Derrière lui, des espoirs encore balbutiants d’une rénovation remontant à 2010 avec la mise au concours, puis des retards successifs, un budget passé d’un calcul un peu trop rapide à une enveloppe de plus de 10 millions de francs, mais encore… 33 mois de fermeture. Devant lui, à peine deux mois pour livrer cet autre musée. Une immersion historique aussi sérieuse que séductrice. Un puzzle d’étonnements. Des choix radicaux excluant jusqu’au major Davel. Pour composer, au final, un discours élaboré sur des codes ultracontemporains: le chapitre très XVIIIe siècle des Lumières n’est-il pas rebaptisé «Réseaux sociaux»? «Iconoclaste comme vision? Oui, j’aime bien», rétorque Laurent Golay.

Mais, en ce mardi de février, à jour J moins 52, alors que le thermomètre négatif offre de nouvelles contrariétés au tempo du chantier – la gigantesque vitre extérieure attendra pour être posée – le maître mot est «temps» et le directeur préfère parler en semaines, le couperet semblant ainsi plus lointain.

Pas de mode

Sept semaines pour mettre en place les deux dernières salles et parachever les autres, sept semaines pour sceller cette mise en scène faisant abstraction de la chronologie pour lui préférer associations d’idées et filiations thématiques. L’ancêtre des pompes à essence. Un radar préhistorique. L’affiche électorale du premier écologiste élu dans un parlement en Suisse. Vous suivez? On est loin de l’atomisation des genres, des siècles et des géographies qui guide les pas du visiteur au Musée des Confluences à Lyon, très loin aussi d’une addition d’objets qui ont pour seul dénominateur commun d’appartenir à la même collection! L’art de faire un Musée historique n’obéissant à aucune mode, pour égrener l’histoire lausannoise en 500 objets dont 70% de nouveaux venus sur le parcours. L’institution s’est trouvé une voie, la sienne. L’effet se vérifie d’entrée dans une déambulation libre entre la tiare de saint Amédée, la cravate chat de Daniel Brélaz, une machine Nespresso ou encore un mésoscaphe miniature.

L’inégalable architecture du MAS d’Anvers en star, des réflexions abouties à Lucerne, à Schaffhouse ou encore à Aarau… diverses sources d’inspiration ont profité aux Lausannois qui ont poussé la réflexion jusqu’à l’extrême. «Lucerne a innové il y a quelques années en donnant à voir les objets dans une ambiance très «Schaudepot» où il suffisait de scanner les codes-barres pour avoir des explications. Mais quand on l’a fait quinze fois! Il n’y a pas vraiment eu de révolution copernicienne dans notre domaine, relève Laurent Golay. À tel point que nous avons questionné la pertinence d’une exposition permanente. Mais la réalité logistique et financière nous a renvoyés à l’évidence: on ne peut pas faire que des expositions temporaires.»

Au départ, une page blanche

Autre réalité: celle d’un visiteur chasseur d’histoire sorti de sa coquille: il n’est plus ce sage observateur d’écrits ou d’objets silencieux disposés dans une vitrine, il aime l’histoire faite récit. D’ailleurs qui, touriste ou pas, ne s’est jamais assis paresseusement dans une salle obscure pour se laisser conter les aventures d’une cité à travers les siècles? La donne est connue. Le directeur lausannois y a édifié sa religion, en plus de prêcher le plaisir de la découverte dans un musée. Il passe par des textes de salle les plus courts possible, un fil rouge qui peut se tendre et parfois se distendre et obéit à une définition très ouverte de l’objet historique.

Les clés du M2, des angelots sculptés, une maquette de Taoua, un robot de l’EPFL à la précision inégalée pour ranger les chocolats dans leur boîte: les indices d’une ville en phase avec la grande histoire des transports, de la culture ou de la démographie s’agrègent. Les exemples défilent et se suivent, ils surfilent la métamorphose des territoires géographiques, industriels, scientifiques, commerciaux et humains de Lausanne.

«Au départ de l’exercice, il y a une grande page blanche et un impératif de cohérence, appuie Laurent Golay. On ne fait pas un livre d’histoire, on déroule un fil qui permet de comprendre et de se situer. Plus l’histoire est proche, plus elle nous interpelle: l’histoire, c’est aussi aujourd’hui.» Démonstration dans un musée célébrant son centenaire, cette année.


Lausanne, Musée historique
Journées d’ouverture: ve 20, sa 21, di 22 avril
www.lausanne.ch/mhl
(24 heures)

Créé: 20.04.2018, 13h29

La plus belle


En plus de son empreinte physique, la tour Bel-Air a laissé nombre de traces de la fierté de la construction du premier gratte-ciel de Suisse dans les archives et les collections du Musée historique. D’où l’importance des choix. «Chaque équipe s’est occupée de son secteur et lorsqu’il y avait débat – c’est arrivé – j’ai tranché. Là, note Laurent Golay, il n’y a pas eu d’hésitation. Cette affiche est tout simplement la plus belle, il fallait qu’on la montre. En plus d’objets commémoratifs, dont un billet d’accès à la tour à son inauguration en 1932.»

Le fait sur mesure


Un maquettiste de la Ville de Lausanne a travaillé seul durant quatre ans à la réalisation de cette représentation de la cathédrale dans son état de 1235. «En plus, ajoute Laurent Golay, c’était le dernier travail de sa vie professionnelle. Tout un symbole.» Elle permet d’évoquer le Moyen Âge alors que Lausanne comptait 9000 habitants.

La bonne initiative


«On nous appelle parfois depuis les Services communaux pour venir vérifier l’intérêt d’un objet. C’est ce qui est arrivé avec ce radar des années 50-60, raconte Laurent Golay. Si on ne l’avait pas pris, ses jours étaient comptés. Mais le plus génial, c’est que nous avons retrouvé, dans nos collections, une photo de policiers avec ce radar en exercice.»

En chiffres

10 millions de francs, le montant des rénovations intérieures et exté­rieures. Un tiers de la facture concerne le bâtiment, la toiture et la maçonnerie. Deux tiers la scénographie, infrastructure et sécurité.

33 mois de fermeture depuis que le musée a été vidé. Les collections ont été mises à l’abri dans d’autres locaux à l’exception de celles conservées dans
le dépôt des biens culturels.

900 m2 ou la surface consacrée à l’exposition permanente. Si ce métrage n’a pas changé, les circulations ont été revues, plus fluides.

1 heure, le temps estimé pour avoir une bonne idée du parcours. Mais tout est fait, films, supports multimédias, audioguides, diversités des approches, pour permettre d’approfondir certains thèmes.

95% des 500 objets exposés sur le nouveau parcours permanent proviennent des collections du Musée historique de Lausanne. Certains sont en prêt du Musée cantonal d’archéologie ou du Musée cantonal des beaux-arts comme «La dispute», de François Bocion.

30 000 visiteurs en 2014, lors de la dernière année d’exploitation. La direction n’a pas voulu se lancer dans des projections pour la suite mais espère que la nouveauté lui permettra de doubler sa fréquentation.

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