Musée du Quai Branly, dix ans d’arts

EthnographieConsacré aux cultures d’Afrique, d’Asie et des Amériques, le musée parisien fut inauguré en juin 2006. Stéphane Martin, qui le dirige, parle de son évolution.

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Le 23 juin 2006, Jacques Chirac inaugurait le Quai Branly, un nouveau musée au bord de la Seine dévolu aux arts d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Un signe de tête aux populations issues de l’immigration, accompagné d’un geste architectural signé Jean Nouvel. Dix ans après, comment a évolué ce temple de l’ethnologie? A-t-il trouvé son public? Stéphane Martin est le président du Quai Branly depuis décembre 1998, soit huit ans avant l’ouverture. C’est dire s’il connait la maison. Rencontre dans son bureau au mur végétalisé frissonnant de rosée, le plus beau peut-être dont puisse rêver un directeur de musée.

En quoi le Quai Branly était-il novateur à sa création en 2006?

Il y a dix ans, il existait deux sortes d’institutions abritant des collections ethnographiques : quelques galeries d’arts premiers, essentiellement dans des musées américains ; et des musées « classiques » d’ethnologie, souvent vieillissants. L’idée fondatrice du Quai Branly était la suivante : que faire, dans le monde contemporain, d’une collection d’ethnologie historique, très vaste et très ancienne ? Comment lui donner un sens ? Il s’agissait aussi, plus largement, de parler du monde non occidental avec la même passion, le même intérêt qu’on le fait pour la culture judéo-chrétienne dans une capitale culturelle comme Paris.

Et de le faire sans paternalisme, ni esprit colonialiste?

Je crois en toute honnêteté que l’esprit colonialiste avait abandonné la plupart de ces vieux musées depuis quelques années déjà, même si le contexte de la construction et le sous-texte de l’architecture y impliquaient un certain nombre de choses. C’est surtout qu’on avait une vision réductrice des œuvres présentées: elles étaient là pour expliquer un discours occidental, et non pas pour être appréhendées en tant que telles.

Ce qui a changé, n’est-ce pas aussi le regard du visiteur sur l’ethnologie ?

Assurément. Depuis les années 70, le visiteur n’attend plus un tour du monde en 80 vitrines. Et il n’accepte plus de considérer comme normal que dans l’emplacement étiqueté «Maroc» figurent un tapis et une aiguière ! Il voyage ; il a un accès permanent à des images du monde entier ; dès qu’il cherche une information, il la trouve via son téléphone. Le Quai Branly a été constitué comme entité juridique en 1998, je suis arrivé en décembre de cette année-là, et nous nous sommes attelés à réinventer une approche. Nous avons imaginé une proposition qui donne envie au public d’en savoir davantage. Un musée ne peut plus aujourd’hui offrir de grande leçon magistrale à absorber. Il doit être un endroit qui questionne, qui suscite le désir de revenir, et d’aller chercher des réponses ailleurs que dans le musée aussi. Tout cela s’est dégagé très vite comme une nécessité.

Comment avez-vous tranché le vieux débat sur l’opposition entre esthétisme et rigueur scientifique ?

Le débat, il est vrai, a beaucoup agité le landerneau au moment de la création du musée. Selon moi, c’est une fausse question. J’aimerais bien que vous m’indiquiez un seul musée au monde qui ne produit pas de l’esthétique. Le musée est une fabrique d’esthétique ! Le monde contemporain l’est également. On vous présente, dans les vitrines d’un grand couturier, une paire de chaussures comme un objet muséal. Le spectateur qui se tient devant Hermès ou Gucci a été imprégné par un siècle et plus de ready-made, d’art contemporain qui fabrique des récits de la beauté. Tout devient beauté, partout. En outre, l’esthétique ne s’oppose à rien. Elle n’interdit pas d’approfondir le savoir, ni de donner des informations intéressantes. Le conflit n’est pas entre esthétique et science.

Il se situe ailleurs ?

Oui, entre une certaine vision de l’ethnologie, qui cherche à présenter des phénomènes relativement stables, et l’irruption de l’histoire individuelle. Un musée aura tendance à montrer une yourte mongole, avec la théière posée à tel endroit, et à expliquer : « lorsque l’homme mongol rentre chez lui, il fait ceci ou cela… » Or un enfant de dix ans aujourd’hui comprend que la notion d’ « homme mongol » est toute relative ; il se doute bien que tous les hommes mongols ne vivent pas de la même manière, que chacun n’a pas le même rapport à la tradition, que l’un va boire son thé à tel endroit, alors que l’autre se mettra devant son ordinateur portable… Nous sommes cernés par une invasion d’images extérieures qui induisent un autre rapport à l’ailleurs.

Comment cela influence-t-il votre manière de présenter les objets au Quai Branly?

Notre approche de la collection permanente est relative : on montre quelque chose, on avance des hypothèses, on laisse place à d’autres interprétations. Et dans les expositions temporaires – qui occupent à peu près la moitié de l’espace total du musée - nous assumons la subjectivité de l’auteur. Ce n’est pas toujours l’équipe du musée qui conçoit les expositions temporaires, nous convions souvent des commissaires extérieurs. Ils ont un point de vue, que le visiteur est invité à relativiser. C’est un certain regard, qu’il pourra confronter à d’autres.

Cela vous permet-il en même temps de fidéliser votre public ?

En effet. L’usage du musée n’est plus le même : nos visiteurs reviennent environ une fois par an, pour faire l’expérience de différents points de vue. L’indice de satisfaction du public à Branly est très élevé, les chiffes en attestent, et stable depuis l’ouverture (il était de 92% en 2006, de 97% en 2015, le meilleur chiffre, ndlr).

Vos visiteurs – 1, 4 à 1,5 million par an - vivent-ils essentiellement en France ?

Oui, 80% sont des résidents français et se répartissent ainsi : un tiers de Parisiens intra muros, un tiers de banlieusards, un tiers de provinciaux. Sur les 20% d’étrangers, les Suisses sont largement surreprésentés ; nous recevons aussi beaucoup d’Australiens.

Vous êtes parvenu à rajeunir votre public, ce qui est très rare dans les musées (23% de moins de 30 ans en 2006, 42% en 2015). Comment faites-vous ?

Nicolas Sarkozy, en rendant tous les musées gratuits pour les Européens de moins de 25 ans, y est pour beaucoup ! Mais nous avons aussi une bonne politique d’accueil des scolaires et des propositions multiples pour attirer les jeunes. Nous essayons de rendre le musée chaleureux et rassurant. Les 18-30 ans, un quart de nos visiteurs, sont les plus difficiles à attraper, mais aussi les plus précieux. Beaucoup sont issus de l’immigration, nous le constatons en nous promenant à Branly.

Un musée doit donc être rassurant…

La plupart des gens aiment qu’on leur raconte des histoires qu’ils connaissent déjà. C’est un phénomène humain universel, un peu triste, mais c’est comme ça. Le rapport à l’art et à la culture crée une espèce d’inquiétude, la tendance est alors de l’apaiser par le divertissement. Chaque institution culturelle veut élargir et rajeunir son public. Il convient d’utiliser des artifices, des trucs en quelque sorte, pour à la fois rassurer et attirer. Il existe aujourd’hui partout ce que j’appellerais une couche ludique. Nous devons nous efforcer d’être à la fois : ouvert, agréable, plaisant, rassurant. Et parallèlement, de ne pas avoir peur de la complexité. Dans chaque expo, il y a un bouchon à l’entrée devant le texte introductif, même long. Le public veut papillonner ? être distrait ? Je remarque le contraire : les expos complexes marchent toujours très bien. Il convient de trouver un équilibre entre ce besoin du public d’être rassuré et son envie d’être pris au sérieux. Les visiteurs ne rechignent pas à faire un effort, mais celui-ci doit être bien orienté, guidé. La bonne recette passe par le sérieux, le professionnalisme, la précision. Pour moi, la vraie question n’est pas : est-ce légitime de faire une expo sur Tarzan ? Mais : parvient-on à le faire bien ?

Après les attentats perpétrés à Paris l’an dernier, un musée comme le Quai Branly – « lieu de dialogue et d’apprentissage » selon vos propres mots - a-t-il un rôle à jouer en lien avec l’actualité?

Mais un rôle sur le long terme, et en toute humilité. Il ne faut pas faire prendre des vessies pour des lanternes : le musée est un petit outil pédagogique et citoyen, une modeste contribution à la tolérance. Nous pouvons diffuser aussi largement que possible des idées qui luttent contre les préjugés. A Branly, la question du voile par exemple a souvent été traitée.

Un moyen de se donner bonne conscience à peu de frais?

Ce n’est pas complètement faux. Mais vous savez, au début du projet, j’ai posé la question à Malek Boutih, président de SOS Racisme à l’époque : « Pensez-vous que les populations issues de l’immigration viendront au Quai Branly ? qu’en diront-elles ? » Il m’a répondu : « Je ne sais pas si vous aurez beaucoup de jeunes venus de l’immigration. Mais le simple fait que ce musée existe, qu’il soit construit dans un lieu prestigieux, à deux pas de la tour Eiffel, sur un terrain cher, bâti par un grand architecte ; qu’on leur rapporte qu’il est érigé à la gloire de civilisations auxquelles ils peuvent, eux, se rattacher par leurs ancêtres de manière privilégiée, ce fait-là est en soi déjà extrêmement important. Un facteur d’unité nationale.»

Êtes-vous influencé par l’actualité au moment de programmer une exposition ?

Oui et non. Il faut rester légitime et se garder de tomber dans l’opportunisme médiatique. Je ne vais pas faire une exposition en 2016 pour dire : « Les attentats, c’est mal ! Daech, c’est mal ! » Le musée ne serait pas efficace, il perdrait de sa crédibilité. Par contre, en 2011, nous avons monté une exposition avec Christian Lacroix sur le vêtement oriental féminin. L’Orient des Femmes montrait que pendant des siècles, les femmes orientales n’ont pas eu pour obsession de disparaître du monde derrière une tente noire… Cheveux chéris, en 2012-13, traitait du rapport à la chevelure dans différentes cultures. Nous nous sommes aussi intéressés à l’esclavage, aux matières premières par le biais de débats, colloques, lectures, rencontres. Et notre salle Kerkazh propose régulièrement des publications autour d’un thème spécifique.

La déontologie préoccupe aujourd’hui beaucoup les musées du monde entier. Comment sont traitées les questions éthiques chez vous ?

Je distingue trois niveaux. Le premier est très simple : qu’est-ce qui est légal ? Nous appliquons les textes de loi. Le deuxième repose sur des guidelines internationales. Les guerres récentes au Proche Orient – Syrie, Libye, Irak - ont exacerbé les sensibilités ; nous faisons extrêmement attention à ce que nous achetons. Et puis il existe des questions éthiques que je qualifierais de mobiles : là, on s’adapte.

Un exemple ?

Une grande vente d’objets Hopi – ce sont des Indiens d’Amérique du nord - a eu lieu il y a quelques années. Nous y avons acheté une pièce. Nouvelle vente l’an dernier, car des collectionneurs écoulent ces pièces sur le marché français, plus facile que le marché américain. Or les Hopi ont protesté. Ils se sont dits scandalisés par ces enchères. Là, pas de textes, mais des sensibilités ponctuelles. Nous avons décidé de les respecter et arrêté d’acheter dans les ventes suivantes.

De manière plus générale, quel genre de politique d’acquisition menez-vous ?

Du genre dynamique ! Nous acquérons 700 à 800 pièces par an. Des textiles, des bijoux. Nous essayons de nous enrichir en pièces différentes, pointues. Nous avons ici par exemple un jeune conservateur spécialiste du Laos et de la Thaïlande. Pour l’exposition sur les fantômes en Asie que nous préparons, il est allé sur place un mois et a acheté des objets de la vie quotidienne, des amulettes, des affiches de cinéma, etc. Des oeuvres d’art sans statut, qui ne sont jamais exposées nulle part, et c’est intéressant : est-ce de l’art ? de l’artisanat ? Nous acquérons quelques témoins de cette production qui n’est pas montrée dans les musées. Par ailleurs nous poursuivons les collections où nous sommes leader, comme la peinture australienne aborigène. Et nous achetons des pièces qui nous manquent et sont indispensables à notre discours – autour des communautés juives du Maghreb par exemple. Le Quai Branly reçoit également beaucoup de dons et de donations, de plus en plus.

C’est Jean Nouvel qui a construit le Quai Branly. Le bâtiment avait fait polémique à l’époque. Que pensez-vous de l’édifice aujourd’hui ?

Il tient tout-à-fait debout, rassurez-vous ! Il vieillit très bien, nous n’avons eu aucun problème de malfaçon. Son coût de fonctionnement est raisonnable : nous recevons 40 millions d’euros de subvention publique par an (20 mios pour la recherche, 20 mios pour la culture). Ce n’est pas très cher en regard d’autres institutions comparables. Par le biais de la billetterie, du restaurant et du mécénat, nous trouvons de notre côté 15 millions par an. Ce qui est reproché à Jean Nouvel, notamment pour la Philharmonie, c’est le dépassement de budget – auquel contribuent aussi les constructeurs, du reste. A Branly, le budget initial était de 150 millions d’euros en totalité. Cela comprenait la construction du bâtiment, l’aménagement muséographique, le traitement pendant quatre ans des collections et leur transfert. Le montant final a atteint presque 190 mios, soit 15% de dépassement, largement autofinancé par les intérêts. Je considère que c’était admissible.

Un grand geste architectural est-il indispensable pour faire exister un nouveau musée ?

Dans une ville à la richesse culturelle de Paris, la concurrence visuelle est énorme. De mon point de vue, à partir du moment où l’on voulait faire un geste prestigieux à l’égard des cultures non-occidentales, il fallait une forme de dramaturgie. La Victoire de Samothrace, au Louvre, n’est pas placée dans un coin… Moi j’aime beaucoup la dramaturgie choisie par Jean Nouvel, ce rouge. Le Quai Branly est tout à fait conforme au programme, et j’en suis très content. Ce musée joue un rôle à Paris que je n’espérais pas lui voir jouer. Il s’est installé dans le paysage intellectuel et artistique d’une manière qui me rend fier et heureux, et il a aujourd’hui sa place parmi les institutions de premier plan, au même titre que le Centre Pompidou, le musée d’Orsay ou le Grand Palais. La preuve : vous avez pris le train pour venir me voir ! (rires)

Créé: 25.05.2016, 08h59

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Les îles Marquises et Jacques Chirac à l’honneur

Deux expositions marquent le 10e anniversaire du Quai Branly. La première, Matahoata, consacrée aux arts et à la société des îles Marquises, a ouvert ses portes en avril. La seconde, Jacques Chirac ou le dialogue des cultures, dressera dès le 21 juin «le portrait culturel de l’ancien Président de la République, qui fut à l’origine du musée», en montrant comment «les fils d’un destin personnel croisent ceux de l’histoire des civilisations extra-européennes».


Carol Ivory, professeure à la Washington State University et spécialiste des Marquises, a choisi pour Matahoata, dont elle assure le commissariat, une approche historique. Les cultures selon elle ne disparaissent pas, elles mutent au contact de la modernité. Aux îles Marquises - ces douze îles en plein Pacifique dont six seulement sont habitées par 9300 âmes et qui forment un des cinq archipels de la Polynésie française -, il y eut déclin, sommeil puis tout récemment, renouveau. Il prend la forme de nombreux festivals de danses traditionnelles et d’un riche artisanat aux limites de l’art, retravaillant les codes ancestraux. Il s’épanouit aussi à l’encre sur nombre de mollets et d’épaules: partout dans le monde sont reproduits aujourd’hui ces superbes tatouages si reconnaissables, qui ornent les corps des Marquisiens, hommes et femmes, depuis la nuit des temps. Parures qui inspira à James Cook, en 1774, ce compliment: les habitants de ces îles sont «la plus belle race de cette mer».



Matahoata, c’est du reste à la fois un motif à graver dans la peau et un mot puissant évoquant un oeil ou un regard «éclairé». Le visage humain aux yeux immenses est en effet une source d’inspiration quasi obsessionnelle pour les artistes des Fenua Enatal, la «Terre des hommes». A admirer sous des formes diverses dans cette exposition réellement passionnante, qui montre 300 oeuvres du XVIIIe s. à nos jours: tiki de bois et de pierre, coiffes, armes, instruments de musique, pilons, parures de cou et d’oreille, ornements en os, mais aussi dessins et photographies.



«Matahoata. Arts et société aux îles Marquises», jusqu’au 24 juillet. «Jacques Chirac ou le dialogue des cultures», du 21 juin au 9 octobre. Musée du Quai Branly, Paris, infos sur www.quaibranly.fr

Branly, c'est...

... 14 millions de visiteurs en 10 ans (fréquentation stable). En 2015, 42% avaient moins de 30 ans, 40% entre 30 et 59 ans; 52% étaient déjà venus au musée; 97% étaient satisfaits de leur visite.

... 17?500?m2 de jardins, 5300 m2 de collections permanentes et 3620?m2 d’expos temporaires.

... 300?000 pièces: des Amériques (106?000), d’Afrique (92?000), d’Asie (57?000) et d’Océanie (33?000). Le musée en acquiert 700 à 800 par an.

... 3500 œuvres exposées sur le plateau des collections, avec changement de 500 par année.

... 40 millions d’euros annuels de subvention publique, 20 pour la recherche, 20 pour la culture. 15 mios sont dégagés par le musée (mécénat, billetterie, restaurant).

... coût global du musée à l’époque: 190 millions d’euros, comprenant la construction du bâtiment, l'aménagement muséographique, le traitement pendant quatre ans des collections et leur transfert. Le budget initial était de 150 millions (15% environ de dépassement).

P.Z.

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