Musique et danse unies dans une même passion

ScèneL’agenda est serré du côté de l’Église St-François à Lausanne avec un cumul de propositions artistiques pour ce week-end pascal.

Installé jusqu'au 8 juin en l'Eglise St-François, le

Installé jusqu'au 8 juin en l'Eglise St-François, le "Christâne" de Zaric, bronze de 18 centimètres de haut, inspire d'autres artistes, romancier, musiciens, danseurs. Image: FLORIAN CELLA

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Le «Christâne», dernière œuvre du sculpteur Zaric – un bronze d’à peine 18 centimètres de haut pour infuser et diffuser tout un monde de possibles – aura de la compagnie en ce week-end pascal. Danse, musique, performances déboulent même en procession en l’Église St-François pour intensifier encore le dialogue nourri entre spiritualité et art contemporain depuis le 5 mars. Dans la foulée du culte de 18h, les musiciens Andrew Audiger (piano) et Piotr Wegrowski (contrebasse) seront les premiers à entrer en scène (19h30) avec la promesse de revisiter les negro-spirituals parmi les plus iconiques du répertoire.

Le lendemain, deux créations sont au programme, à commencer par «Tournures» (20h30) qui succède au concert mené par le Vaudois Adriano Koch (17h) et... au culte de 18h. Possédant en commun avec Zaric l’amour de la nature autant que la maîtrise des équilibres instables, la chanteuse et compositrice Susanne Abbuehl s’est laissée inspirer par le murmure du «Christâne». Une rencontre, encore une rencontre, de celles qui permettent à la Bernoise de découvrir et de créer. Pour cette nouvelle partition, elle sera accompagnée de trois musiciens, Matthieu Michel (trompette), Oyvind Hegg-Lunde (batterie et percussions), Wolfert Brederode (piano).

La fin de la soirée se poursuivra (21h45) dans les pas du duo formé par Yasmine Hugonnet et Orane Hugonnet-Nick. La première, prix suisse de la danse pour son «Récital des postures», a mis toute son exigence pour créer «Partita» ou l’écriture corporelle du mot partage. Un mot qui veut également dire filiation – on pense au sculpteur parti trop tôt – mais encore aux liens unissant l’ensemble de son bestiaire et que Zaric cultivait, aussi mystérieux qu’indéfectibles. Yasmine Hugonnet a choisi de magnifier cette idée de la filiation par le geste, interrogeant son versant féminin, entre une mère et sa fille. «Cela correspondait aussi à un désir de danser et de partager des processus qui germaient à ce moment-là entre Orane et moi.»

Créé: 15.04.2019, 21h15

Installation

L’écho de Zaric résonne avec passion

Entre les envies de grandeur de l’église Saint-François, à Lausanne, et les 18 centimètres du «Christâne» de Zaric, il y a de la disproportion dans l’air. Enfin… il pourrait y en avoir! Même menue, même en lutte d’influences avec son socle, la dernière œuvre du sculpteur a tout d’une grande. Exactement comme celles nées des doutes de Giacometti alors qu’il n’arrivait pas à se sortir du minuscule. Alors il faut chercher ce bronze dans le chœur et même gagner cette figure mi-homme mi-animal saisie dans une posture rappelant celle du Christ en croix, sauf que cette dernière est absente.

Mais une fois la pièce dénichée, ses vibrations sont monumentales. Diffuses. Sacrales. Le mystère infuse dans ces chairs modelées dans la terre par l’artiste en même temps qu’il exhale son parfum d’ouverture au dialogue. Sculpteur, Zaric donnait forme au sensible à travers son bestiaire composé d’«Hommeloup», de «Femrenarde», de «Barbilapain» et, profondément humaniste, il offrait une existence aux possibles. Exactement comme avec ce «Christâne» nu et en apesanteur, ultime sursaut d’énergies créatrices d’un artiste de 56 ans qui se savait proche de la mort.

Dix jours avant qu’elle ne l’emporte, le 22 août 2017, le pasteur Jean-François Ramelet avait reçu un message l’invitant à passer à l’atelier. Les deux hommes s’étaient rencontrés quelques mois plus tôt dans le cadre du projet «Hospitalité artistique», Zaric devant succéder à François Burland (2012), Rudy Decelière (2014) et Sandrine Pelletier (2018) – tous acteurs de la rencontre entre art et théologie à Saint-François. Mais ils avaient dû se rendre à l’évidence, l’envie de voir le peuple hybride et son guide occuper les lieux et même les extérieurs n’allait pas se concrétiser.

Un crucifié à tête d’âne

«Une fois la maladie déclarée, on s’était vus quelques fois encore, mais je n’ai pas voulu m’imposer, et là on se retrouvait, lui et moi, face à ce «Christâne» qu’il venait de me dévoiler. Une surprise totale! Zaric s’était emparé du graffiti d’Alexamenos – caricature réalisée sur un mur de Rome entre le Ier et le IIIe siècle pour railler la foi d’un esclave devant un crucifié à tête d’âne. Je l’avais ressorti au moment de la tuerie à «Charlie Hebdo», je le lui avais envoyé, pensant à ces créatures hybrides. Mais là il se l’était approprié et, quand il me l’a montré, nous étions au-delà de la sculpture.»

Dans la foulée, l’artiste soufflait au pasteur la possibilité d’en faire une plus grande à partir de ce modèle et, lors du service funèbre, le pasteur lui répondait publiquement, prenant l’engagement de la faire venir à Saint-François. «Je n’en avais pas parlé au comité de l’Hospitalité artistique, mais je voyais déjà ce Christ dansant sur la croix entrer ici. La suite s’est imposée, il fallait admettre d’autres créateurs dans la ronde.» L’artiste Simon Rimaz inscrira son histoire dans l’histoire; une théologienne, l’écrivaine Marion Muller-Colard, lira les extraits de son récit sur les traces de Nikola Zaric, accompagnée de la violoncelliste Sara Oswald. Pour entrer en résonance avec ce Christ nu, sa grâce, sa vulnérabilité, Yasmine Hugonnet interviendra avec le mouvement et Susanne Abbuehl avec la musique que lui inspire cette sculpture tenant la vie et la mort dans un même équilibre. «Tout s’ajuste à ce minimalisme de la dernière œuvre de Zaric, au souffle ténu de ce «Christâne», à cette réflexion sur la Passion et à Dieu qui dans ce moment-là accepte d’être réduit à rien», note Jean-François Ramelet.

La conviction chevillée à la foi qu’il faut sortir des images et des mots qui figent – un crucifié doloriste, la figure du Dieu jupitérien –, le pasteur se défend d’utiliser l’art comme un produit d’appel. «Quand j’ai déposé ce projet de dialogue avec la théologie, c’était très clairement pour que les gens redécouvrent cette église. Mais, et je le dis toujours, le plus important, dans une église, c’est d’en sortir. L’intention n’est donc pas d’hameçonner, d’ailleurs je suis contre les manières séductrices de l’Église lorsqu’elle cherche à tout prix à remplir ses bancs vides. Il faut que les gens se sentent libres de venir. Les artistes aussi viennent avec leur liberté, et comme elle est grande ils nous rappellent de prendre la nôtre. C’est à cause d’eux que, si je suis encore pasteur, je l’avais dit à Zaric, ce sont eux qui me donnent envie de tracer, de creuser, d’approfondir.»

Hommage

Sculpteur, Zaric dansait sur le fil de la tendresse

L’énergie de créer, encore et encore, ce monde où l’animal et l’homme ne font qu’un pour élever une dimension autre, pour célébrer la poésie, pour s’abandonner à une générosité absolue. Cette énergie, Zaric l’a sublimée même dans la douleur pour espérer en la vie et dans l’impossibilité du renoncement face à la maladie. Il a créé pour Bex & Arts 2017 où ses «hom’animaux» offrent au parc de Szilassy le souffle d’une puissance fragile mais aussi toute la beauté d’une marche vers l’avant.

Il a créé pour son exposition à la Jedlitschka Gallery à Zurich, à voir jusqu’au 9 septembre. En juin, le sculpteur a encore créé le mouvement édifiant l’âme en communion fusionnelle avec La Flûte enchantée du Béjart Ballet Lausanne. Ses petits carnets de notes, confidents et creusets de ses inspirations, alternaient alors les mauvaises nouvelles et ses envies de caresser les êtres et le monde avec son art. «Jusqu’au bout il a modelé, souffle son ami, l’éditeur de livres d’art, Pierre Starobinski. Il modelait pour que le vide devienne plein et, maintenant, c’est lui qui laisse un vide assourdissant.» Zaric est décédé mardi, à peine quelques jours après son 56e anniversaire.

«Comme tous les grands artistes, appuie Michel Thévoz son ami et ancien conservateur de la Collection de l’Art brut, Nikola n’a pas seulement exercé son talent dans son œuvre, mais dans sa vie, dans ses rapports aux autres et à la nature. Il avait beaucoup d’amis, il les a tous enrichis par sa générosité, son humour et son allégresse.» Le sculpteur lausannois, on peut aussi dire l’homme au chapeau noir, l’homme aux yeux d’animaux, l’activiste de la défense des autres artistes – il avait organisé avec Visarte les expositions de sculptures au parc Mon-Repos – ou l’altruiste qui n’avait pas à compter ses amis sur les doigts d’une main était aussi Nikola. Un prénom venu avec lui d’ex-Yougoslavie et baladé, enfant, sur les terres maternelles à Martigny, le regard déjà tourné vers la nature et la montagne qu’il ne cessera d’escalader sans jamais oublier… ses carnets! Pierre Starobinski était là: «Je l’ai vu dessiner en montant à peaux de phoque.»

Un réseau d’énergies

De retour à l’atelier – son antre de poussière et de connaissances, son livre de souvenirs et de références – la chimie du mystère et de l’humour tendre prenait forme dans la terre matrice avant d’être sanctuarisée dans le béton. Griffées, piquées, tatouées, ses Barbilapins, Femlièvres, Homboucs, ses fables sculptées portent les marques de la mémoire tout en s’inscrivant dans l’éternité. Partout où elles passent comme au Jardin Alpin de Champex en 2012, partout où elles posent leur silence confident comme devant la Bibliothèque de l’UNIL, partout où elles se perchent en invitation à la méditation comme sur le Glacier du Trient ou partout où elles s’accrochent comme sur la façade du Gymnase de Chamblandes, ces fables diffusent leurs énergies positives.

«C’est incroyable la place que cet œuvre s’est fait dans l’espace public, on le constate à Lausanne, à Genève, à Zurich. L’univers poétique de Zaric marque les gens et, poursuit son ami Marc Agron de la Galerie Univers, c’est très émouvant de voir à quel point elle les attire. Sa vie, c’était la sculpture même s’il est venu à l’art tard et après des études et des débuts d’ingénieur forestier. D’ailleurs sa mère m’a raconté que, petit à table, il ne pouvait s’empêcher de créer, déjà, des personnages avec la mie de pain.»

Le jeu… Zaric l’évoquait souvent en parlant de son art et, lorsqu’il avait fait du Jardin Alpin de Champex son Olympe – ce monde d’humour et de rêve faisant surgir l’invisible qui rassure –, il s’était dit si heureux d’avoir ce lieu pour «jouer, avec toute l’implication de l’enfant, sa gravité, sa liberté, celle que l’artiste met une vie à trouver.» La sienne lui a laissé le temps de conduire en chamane-poète son bestiaire bienveillant vers la postérité d’un grand artiste. Mais elle le prive de la grande exposition que ses amis préparent pour la rentrée 2018 au Musée Arlaud à Lausanne. Ses «émotions» disait-il, «passent en premier par le dessin». Aujourd’hui, le dessin est triste.

Infos pratiques

Lausanne, Église St-François

Vendredi et samedi
Entrée libre, collecte

Passions Zaric
Jusqu’au 8 juin

www.sainf.ch

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