La musique entre les gouttes

Verbier FestivalDe très haute tenue, les premiers concerts ont été accompagnés par les tonnerres.

La mezzo-soprano Joyce DiDonato avec le chef Esa-Pekka Salonen, en concert vendredi soir à Verbier.

La mezzo-soprano Joyce DiDonato avec le chef Esa-Pekka Salonen, en concert vendredi soir à Verbier. Image: NICOLAS BRODARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Comment faire passer la musique entre les tonnerres et les averses massives qui raisonnent prodigieusement dans la salle principale des Combins? Comment mettre un terme aux nuisances que ce ciel chargé de larmes provoque dans les pavillons auditifs du public et des musiciens? Les parades solides faisant défaut, les tenanciers du Verbier Festival n’ont eu à leur disposition, samedi soir, qu’une voie de sortie: faire appel au centre météo de Genève et s’informer sur les fenêtres utiles pour faire glisser au milieu du déluge des portions de concerts. Le morcellement qui en a découlé a pris alors des allures de Tetris, ou, mieux, d’un jeu entre le chat et la souris par instants savoureux.

Il fallait alors voir à l’œuvre le chef d’orchestre Gábor Takács-Nagy implorant discrètement le ciel alors qu’il attaquait avec l’Orchestre de chambre du festival la Symphonie N°94 de Haydn. Le revoir aussi défait, cédant au vacarme ambiant et interrompant le deuxième mouvement après un bref conciliabule avec le directeur de la manifestation, Martin Engstroem. La 22e édition, on l’aura compris, est partie avec les pieds dans l’eau et le bourdon dans les oreilles, puisque vendredi aussi, mais dans une moindre mesure, les averses se sont invitées pour le concert d’ouverture.

«La meilleure salle possible»
Le fait n’a bien sûr rien d’exceptionnel dans la station valaisanne. Comme le rappel Martin Engstroem, que nous avons contacté par téléphone, «la pluie et les nuisances qu’elle provoque ont caractérisé de nombreux concerts dans l’histoire de l’événement, mais en aucun cas nous avons dû annuler des prestations. Nous avons toujours réussi à moduler le programme et à laisser passer les mauvais moments». Il reste que les désagréments frappent un public nombreux, venu parfois de loin pour assister à l’offre unique du festival. Aux 1'800 places que peut contenir la salle des Combins, il faut aussi additionner les autres milliers de mélomanes qui suivent en direct streaming les concerts à l’affiche. Ils étaient près de 20'000 vendredi, un record.

Comment contrer un problème endémique à Verbier? Pour l’heure, aucun projet solide n’est annoncé dans la station. «Nous avons probablement la meilleure salle au monde en structure temporaire, rappelle Martin Engstroem. Un jour, nous avons imaginé la construction d’un toit qui aurait mieux abrité celui de la tente, mais la mairie nous a déconseillé cette solution. Il est évident que, si on se place sur le long terme, il faut imaginer une salle en dur. Mais dans ce cas, d’autres questions se posent. Que faire de cet espace durant le restant de l’année, dans une station relativement peu peuplée? Qui pour financer l’ouvrage? Les collectivités publiques devraient alors faire un effort dans ce sens. Pour résoudre ces problèmes, il faudra se mettre à plusieurs autour d’une table, le festival ne peut pas être le seul porteur de solutions.»

Une grande Joyce DiDonato
La nécessité d’une réponse relève d’autant plus du caractère incontournable que les concerts offerts par les invités confirment, éditions après éditions, une excellence rare. On se rappellera longtemps, par exemple, du passage de la mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato, de sa grâce, déployée vendredi sur Les Nuits d’été d’Hector Berlioz. De son timbre aux rondeurs envoûtantes dans les graves et à la clarté confondante dans les aigus. A ses côtés, le chef Esa-Pekka Salonen — qui remplaçait au pied levé le souffrant James Levine — a donné une leçon d’accompagnement, en avançant avec délicatesse, par touches discrètes, dans un grand sens de l’équilibre. Une direction quasi éthérée, qu’on a retrouvée dans les mouvements lents de la Neuvième Symphonie de Schubert. Le Finlandais a surpris en cela précisément, dans ce jeu brodé avec soin dans la dentelle.

De même, on évoquera encore longtemps la direction de Gábor Takács-Nagy, d’une énergie rare, d’un engagement généreux. On retiendra de son passage sa «Pastorale» de Beethoven, à la fois nerveuse et soyeuse. Bref, deux concerts qui ouvrent le champ des promesses à Verbier. La suite s’annonce comme toujours: de très haut standing.

Créé: 20.07.2015, 14h25

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.