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Après 10 ans d’addiction au passé, la pop pourrait retrouver son futur

Simon Reynolds, auteur du livre «Rétromania», donne une conférence à Lausanne sur le recyclage du passé dans la pop.

L'album Random Access Memories de Daft Punk marque un sommet de la vague de «Rétromania» dans la pop.
L'album Random Access Memories de Daft Punk marque un sommet de la vague de «Rétromania» dans la pop.

Son livre Rétromania, paru en français en 2012, pointait le goût immodéré de l’époque pour une pop recyclant le passé, à croire que la fin de l’histoire était consommée. «J’étais déjà conscient de ce problème dans les années 1990, avec déjà leurs rééditions et les groupes jouant sur des références au passé», se souvient Simon Reynolds, critique rock de 54 ans qui donne ce samedi une conférence sur le sujet à la Haute École de musique de Lausanne. «Mais les années 2000 ont poussé le phénomène dans une tout autre dimension.»

Également auteur de Rip It Up and Start Again (2005), ouvrage de référence sur le post-punk, le Britannique, joint à Los Angeles, énumère volontiers les éléments qui l’ont amené à souligner l’obsession réactionnaire de la pop. «Avec Internet, les jeunes ont étendu le champ de leurs influences, YouTube devenant une archive musicale où ils pouvaient d’ailleurs se perdre. Au même moment est apparue la mode du mashup, cette façon de croiser deux albums historiques, ou celle consistant, pour certains artistes, à rejouer en live leurs anciens albums dans leur intégralité. À Londres, il y a eu cette série de concerts ironiquement intitulée «Don’t Look Back» (ndlr: ne regarde pas en arrière) et d’autres exemples particulièrement stupides: Van Morrison rejouant Astral Weeks au Hollywood Bowl et publiant le live. Comme si cela pouvait amener quelque chose à l’original, presque sacré! Dans la mode ou le graphisme, les emprunts se multipliaient. Bref, partout, dans le cinéma et les arts aussi, la paresse de la «recréation» se manifestait.»

Fan d’Ariel Pink, Simon Reynolds ne récuse pas toutes les approches recomposant le passé. «Il y a eu des collages intéressants. Stereolab a confronté des citations de façon finaude avec John Cage Bubblegum, combinant la musique sérieuse, avant-gardiste, académique, avec de la pop facile. Et des paroles marxistes.» Mais le gamin de Londres marqué par le (post) punk ne pouvait que déplorer ce repli généralisé vers les valeurs du passé. «Gamin, je voyais des groupes futuristes qui cherchaient l’originalité jusqu’aux limites extraterrestres. C’était excitant. Mais il ne subsistait plus que des pastiches et des répliques…» Une attitude qu’il différencie nettement des musiciens ancrés dans une tradition.

«Dans le folk anglais des sixties et des seventies, des artistes comme Fairport Convention ou Steeleye Span ajoutaient quelques nouveaux éléments à une musique qui existait avant eux. Ils ne cherchaient pas à opérer de grandes percées mais pas non plus à revenir dans le passé.» Le mythe de l’âge d’or et ses adorateurs de «vintage», cherchant à enregistrer sur l’exact ampli d’époque de leur artiste fétiche, pourraient le faire sourire s’il n’y voyait une terrible régression. «Même dans la techno, on retrouve cette attitude avec des tentatives de recréer les années 1980 et 1990. Une période que j’ai connue de plain-pied et qui paraît désormais si lointaine à certains!»

Depuis la parution de Retromania, il y a eu la sortie de Random Access Memories (2013) de Daft Punk, «un sommet de retour au passé qui aurait valu un chapitre entier de mon bouquin à lui seul». Mais, depuis, Simon Reynolds a le sentiment que cette nostalgie féroce décline. «Peut-être que mon livre y a contribué modestement.» Mais, lucide, il redoute une explication plus inquiétante. «Je crois que la politique est actuellement tellement «rétro», avec des leaders autoritaristes et populistes, que la musique a de nouveau un besoin de montrer qu’un futur est possible.» L’avenir de la musique s’écrira-t-il (à nouveau) dans une logique de résistance? À suivre.

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