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1967, au sommet du flower power

L’album «Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band» des Beatles a 50 ans, le psychédélisme aussi.

The Beatles, quatre garçons dans le vent devenus grands, abandonnent définitivement le twist en cravate pour se transformer en monstres des studios: après cinq mois de travail acharné dans les locaux d’Abbey Road, à Londres, la parution de l’album «Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band» suscite un engouement sans précédent.
The Beatles, quatre garçons dans le vent devenus grands, abandonnent définitivement le twist en cravate pour se transformer en monstres des studios: après cinq mois de travail acharné dans les locaux d’Abbey Road, à Londres, la parution de l’album «Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band» suscite un engouement sans précédent.
UNIVERSAL

Edité le 1er juin 1967, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band fête ses 50 ans, avec réédition Deluxe, inédits et falbalas de circonstance. Il n’y a pas de petites affaires. Mais l’histoire reste bonne. Le 6 décembre 1966, les Beatles entrent dans les studios Abbey Road, à Londres. Ils en ressortent cinq mois plus tard avec un album qui bouleverse le paysage musical. La recherche sonore devient aussi importante, sinon plus, que l’écriture des chansons. La possibilité d’additionner les pistes d’enregistrement ouvre des perspectives infinies: ce qui advient en studio reste unique, tel un tableau sonore riche de mille couleurs, empruntant aux orchestres classiques, à la musique indienne comme aux bruitages de cinéma.

En 2017, on célèbre à maints égards le Sgt. Pepper’s. C’est une révolution technologique. Et le pic du mouvement psychédélique. Musicalement, c’est le fabuleux rêve cauchemar d’A Day in The Life, pièce finale d’un album cependant inégal. Visuellement, l’époque est aux typographies novatrices, aux montages photographiques audacieux. Une vraie rupture d’avec le passé. Sgt. Pepper’s, la pochette la plus chère du moment, en coûte 3000 livres. Mais Sgt. Pepper’s, l’album le plus analysé de l’histoire de la pop, ne saurait occulter les centaines d’autres disques qui font de 1967 une période charnière. Le premier Jimi Hendrix, le premier Grateful Dead, le premier Doors, Pink Floyd, Velvet Underground paraissent en 1967 (lire ci-dessous).

Une modernité hallucinante

«Qui se souvient des années 1960 ne les a pas vécues», dit l’adage. Vivre pleinement ce moment-là signifiait être en permanence sous l’emprise des hallucinogènes. Selon la légende. La réalité est autrement nuancée. Avec le Summer of Love, 1967 constitue une parenthèse dorée. Mais en 1969, tout est fini: au concert des Rolling Stones à Altamont, les Hells Angels tuent un spectateur noir; en Californie, Charles Manson massacre l’épouse de Roman Polanski. «Le flower power avait édulcoré une société non dépourvue de violence», constate l’écrivain Jean-Michel Espitallier, auteur d’un essai sur Syd Barrett (interview ci-contre).

Nous n’y étions pas, qu’avons-nous manqué? Impossible d’y répondre. Mieux vaut alors renverser la question: nous n’y étions pas, qu’en retenir? «Une musique d’une modernité hallucinante, une esthétique pure, spontanée», répondent les centaines, les milliers de groupes d’aujourd’hui qui se réclament de cet héritage. Revivalisme psychédélique, ça s’appelle. Où est-ce autre chose? Prenez la scène genevoise: Magic & Naked, Rebels of Tijuana, Adieu Gary Cooper, Le Roi Angus, Duck Duck Grey Duck, L’Eclair, L’Orage, Cats Never Sleep, Cosmic Fields… Les exemples sont nombreux de formations affiliées de près ou de loin aux années 1960. Ce regain d’intérêt est mondial, qui passe par l’Austin Psych Fest, organisé par le groupe Black Angels. Une Mecque pour les tenants du genre, des myriades de gamins se laissant pousser les cheveux.

«Ce n’est pas tant un phénomène de génération qu’un intérêt pour l’histoire du rock: on découvre les classiques qu’écoutaient nos parents, puis on cherche des groupes plus obscurs», raconte Alex Kacimi. Pilier des Rebels of Tijuana, ce trentenaire organise depuis deux ans le Psych Fest genevois, en janvier au Bouffon, et publie les groupes de la région sur le label Pop Club. «L’appellation psychédélique est dans l’air du temps, même si les styles joués sont en fait très diversifiés: sous l’étiquette psyché, on fait aussi bien du folk que de l’électronique. Psychédélique, ça l’est, mais pour son esthétique dépouillée, brute.»

2017, la fin des années 60?

Le revivalisme des années 60, ce sont également des groupes anciens qui se reconstituent. Non sans quelques surprises. Qui connaît The Remains, ce quatuor de Boston actif entre 1964 et 1968? Après avoir connu une carrière anecdotique il y a un demi-siècle, la formation s’est reconstituée au tournant du XXIe siècle, surfant avec succès sur le retour en grâce du psychédélisme. Les Pretty Things, quant à eux, vivront une fortune inverse: fameux jadis, les Britanniques n’ont jamais cessé de tourner mais se contentent de prestation dans le cadre confidentiel des pubs.

Un constat s’impose, toutefois: les années 60 n’ont n’a pas fini de porter leurs fruits. Ne serait-ce que parce que les artistes d’alors n’ont pas tous disparu. Les héritiers? Ils réclament aujourd’hui le goût des joints d’antan, les couleurs saturées des affiches, le baroque affriolant des fringues baba cool et la création débridée. La résurgence du vinyle participe de cette mode rétro. «On cherche encore à trouver des disques oubliés, la perle rare qui fera sensation parmi les nouvelles rééditions ultrapointues», constate Alex Kacimi. Avant de conclure: «Ça finira bien par passer.»

«Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band»The Beatles, Anniversary Edition’s Super Deluxe Box Set, Universal, avec prises studio inédites et vidéos.

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«Les années 60, c’est l’invention de la jeunesse»

En 1967, vous écoutiez les Beatles et les Pink Floyd?

Mes parents vendaient des disques, essentiellement les yéyés. J’ai eu la chance d’avoir une grande sœur qui, adolescente, s’est mise à écouter les Beatles et tous ces groupes au début des années 70.

Avec le recul, quelle est l’importance de ces années-là?

Le rock constitue l’art occidental le plus récent. Tous les grands albums de 1967, Beatles, Pink Floyd, Grateful Dead, Doors, Velvet Underground aussi, vont bâtir la légende. Si on enlevait ces quelque deux années discographiques, il manquerait 50% de l’histoire du rock.

Socialement aussi, tout change?

Les années 1960, c’est l’invention de la jeunesse. Avec les Trente Glorieuses, la figure de l’adolescent prend de l’importance. En France, tout le monde accède au baccalauréat, et les jeunes se rebellent. La jeunesse se met à exister non plus seulement dans les milieux bourgeois. Une classe sociale émerge, une classe d’âge, avec son esthétique propre. «Prendre ses désirs pour des réalités», cette idée vient des années 60. Et j’y suis resté fidèle.

1967, c’est également le premier Velvet Underground…

Et c’est tout autre chose. Le Velvet, c’est l’Amérique urbaine, celle du blues. C’est aussi, après l’acide et le psychédélisme, l’héroïne et la crasse des villes, une image autrement plus violente.

Est-il encore possible d’écouter «Sgt. Pepper’s» comme il y a cinquante ans?

Evidemment, non, la première fois n’est plus jamais possible. Parce qu’on a dans la tête toutes les musiques qui sont apparues après, l’expérience de l’écoute s’efface. Mais réécouter Sgt. Pepper’s quarante ou cinquante ans plus tard, c’est aussi écouter le jeune qu’on était alors. Et ce n’est pas tant les qualités intrinsèques de l’œuvre qui emportent l’adhésion que votre état d’esprit d’alors. Les années 90 aussi sont géniales, avec Jeff Buckley, Portishead et Radiohead. Les années 2000 également, avec Stereolab. Si l’on est tous orphelin des années 60, ce n’est pas que les jeunes étaient si bien dans leur peau, mais pour sa liberté. Un morceau de quinze minutes de Frank Zappa passait à la radio, chose impossible aujourd’hui. Après les années 60, le temps s’est accéléré. F.G.

«Syd Barrett, le rock et autres trucs» Jean-Michel Espitallier, Ed. Le mot et le reste, 160 p.

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