A bout de souffle, Johnny se lève encore une fois pour Les Vieilles Canailles

Critique Émouvante mais décousue, la virée commune de Mitchell, Dutronc et Hallyday faisait étape mardi à l’Arena.

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Il y eut quelques applaudissements discrets en préambule: «Laetitita!» L’épouse Hallyday rejoignait à son tour les gradins bondés. Combien de degrés Celsius, mardi soir à l’Arena? «Je sais pas si vous avez mis le feu au lac, mais il fait chaud!» s’exclama ledit Johnny. Lequel, au centre de la scène, assis comme ses pairs, jetait à l’assemblée ces bons mots qui font vivre un tour de chant mieux qu’une orchestration au cordeau.

Rock’n’roll à la vie à la mort

Au brass band vrombissant de tous ses cuivres, trois «guitar héros» en prime, répondait ce soir-là un répertoire en tenue variété, élégant dans ses twists klaxonnant, quoique particulièrement bruyant. Les playboys, Noir c’est noir, Gabrielle, Couleur menthe à l’eau, Joue pas de rock’n’roll pour moi… L’orchestre sert les tubes des uns et des autres. Et les uns chantent les autres. Ainsi de suite, le public applaudit Mitchell, 75 ans en juillet prochain. Puis Dutronc, 74 ans depuis avril dernier. Le premier tient le show, très sérieux dans son habit de crooner fané. Le deuxième agrémente l’ensemble de blagues potaches – «C’est quoi? C’est un extincteur! Il extincteur, Paris s’éveille.» Et c’est à peu près tout pour lui.

Enfin, ce sont des cris d’approbations, de l’enthousiasme, qui accueillent Hallyday, 74 ans jeudi 15 juin, précisément. L’histoire appartient déjà à la chronique people: Johnny souffre d’un cancer. Sur scène, Johnny tangue, s’accroche au pied de micro, se rassied. Pourtant, il y arrive encore, même s’il laisse des vides entre les accords. Bomber le torse, respirer. Le timbre revient, vibrant, puissant. Puis s’estompe. A peine la force de suivre la mélodie… Johnny, dont on dira simplement qu’il ajoute à l’ensemble, même avec parcimonie, cette saveur rock’n’roll dont il restait, ce soir-là, l’unique représentant.

Si loin des yé-yé

Johnny nous a émus. Bien plus que Mitchell, honnête sans plus lorsqu’il reprend Les cactus. Tandis que Dutronc va au «bar». Comme un vrai, installé à droite de la scène, avec les chaises hautes, le zinc et les bouteilles alignées. Culture de nuit, douce ambiance de cabaret. Nostalgie? Plutôt le sentiment vivace que, tant qu’on n’est pas couché, on pourra rester éternellement sur la piste de danse.

Alors, les vieilles canailles s’embrassent, plaisantent. Et chantent, par bribes éparses. Quelque chose de Tennessee frémit un temps. Dutronc s’essaie à un couplet. Se rate. Hallyday le gratifie d’une tape amicale. Et l’orchestre, pendant quelques secondes, tourne à vide. Le public attend. A peine un malaise. Mais le sentiment, tenace, que ce tour de chant initié il y a près de soixante ans avec les yé-yé est bel et bien terminé.

(TDG)

Créé: 14.06.2017, 14h21

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