Aliose sublime le spleen automnal

La rencontreAprès 10 ans d’existence, le duo nyonnais formé de Xavier Michel et d’Alizé Oswald sort «Comme on respire», un disque tout en délicatesse, comme leur relation.

Xavier Michel et Alizé Oswald, mélancoliques jusque dans leurs traits.

Xavier Michel et Alizé Oswald, mélancoliques jusque dans leurs traits. Image: Warner Frande/DR

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Ces deux donnent l’impression de sortir d’une pub de fringues unisexes branchées sur le papier glacé d’un magazine. Vêtus d’un camaïeu de gris et de kaki, lèvres pareillement ourlées, yeux pastel, rires à l’unisson et propos se faisant écho. Presque trop beaux pour être vrais et pourtant leur harmonie est toute naturelle. Le duo Aliose se complète de manière évidente, comme leurs voix le font sur l’album dont ils assurent la promotion dans le lobby impersonnel d’un hôtel lausannois.

En Suisse romande, on se bagarre pour la paternité de votre duo. Et pour Warner France, vous êtes les Suisses?

Xavier Michel (X.): C’est vrai que c’est marrant et aussi valorisant, je trouve. Moi j’ai toujours vécu à Genève, donc on a tendance à dire le Genevois. Alizé est de Nyon, donc c’est la Vaudoise, mais comme je suis Jurassien d’origine, le Quotidien Jurassien m’a appelé l’Ajoulot et le Valais a aussi tendance à me récupérer parce que toute ma famille est là-bas! On se sent donc Romands!

Alizé Oswald (A.): Alors qu’en France ils n’insistent même pas tellement sur notre origine. On n’a heureusement jamais été «les p’tits Suisses». En fait, c’est nous qui avons tendance à le mettre en avant depuis que nous passons autant de temps là-bas, c’est rigolo.

Vous répétez que signer avec une major ne vous a pas changés. Mais en 10 ans de carrière, vous avez tout de même évolué…

A.: Evidemment! Et le faire dans un territoire bienveillant comme la Suisse, c’est le rêve. On nous donne notre chance assez facilement.

X.: En France, ils pensent qu’on débute alors qu’on a quand même un peu de route derrière nous. Surtout qu’en produisant tout nous-mêmes, on a occupé tous les rôles dans notre petite entreprise.

A.: Mais pour en revenir à la maturité, je pense que chaque jour on se rapproche de ce que nous voulons vraiment, de ce que nous sommes vraiment. Pour cet album, la plupart des chansons sont écrites à quatre mains et chantées à deux voix.

X.: A maturité, je préfère le mot identité. Je pense que nous l’affinons sans cesse.

L’identité d’Aliose, donc, même si le nom de votre duo ressemble surtout à Alizé…

A.: Eh oui, c’est un vieux nom. Un média québécois y a vu un mélange d’alliance et de symbiose. J’avais trouvé cela très poétique et décidé de leur piquer leur explication!

X.: Trouver un nom, c’est jamais facile. Du coup, quand il y a un truc un peu naturel qui s’impose, on le garde. En plus ce nom nous a toujours bien portés. Il a l’avantage de se prononcer dans toutes les langues et de se situer au début de l’alphabet.

A.: On dirait qu’on y a réfléchi longtemps, non? C’est Warner qui nous a dit qu’il était vachement bien: ils y ont vu tous les avantages marketing. Tant mieux!

Grandir c’est bien, encore faut-il le faire à la même vitesse et dans la même direction quand on est un couple à la vie comme à la scène…

A.: Ça va, on a des gants de boxe et on se fait des petits combats quand on en a marre de l’autre! Je vous jure que c’est vrai! (Rires.)

X.: On devrait filmer ça en boomerang…

A.: Tu veux vraiment que tout le monde te voie KO?

Cette énergie, on la ressent aussi dans Comme on respire, qui mêle morceaux romantico-nostalgiques et chansons plus punchy.

X.: C’est clairement notre album avec le plus de morceaux «up», oui. C’est chouette en live, mais il faut gérer ces changements d’ambiance.

A.: Ça tient aussi à l’endroit où on joue. Cet été on s’est produit au Venoge Festival et l’ambiance n’y sera jamais aussi intimiste que dans une salle, même de 5000 personnes. Personnellement j’aime voir du mouvement sur scène, un moment d’improvisation. On a eu la chance de voir Coldplay au Stade de France, c’est un truc fait pour, ça envoie. Mais quand le mec se met seul à son piano pour chanter un truc, c’est génial!

Donc pour cette tournée (ndlr: aucune date en Suisse pour le moment) à venir, vous allez faire plus que simplement jouer votre nouvel album?

A.: Promis! En plus on a un musicien supplémentaire qui arrive et ça va changer toute la dynamique. Mais je suis consciente qu’avec notre musique, on demande aux gens de faire un effort, d’être attentifs et de vraiment écouter les textes. Tant pis si ça décourage certains, ceux qui acceptent de jouer le jeu entrent dans autre chose. Même au Venoge, quand on a joué P.S., qui parle d’un mec en prison qui est condamné à mort, on voyait les visages des gens concernés. Ils ont arrêté de parler et de boire leurs bières.

Revenons au disque, qui, comme l’automne, donne envie de se mettre dans un cocon…

X.: Je suis très content de ça, vraiment. Parce qu’après avoir entendu Loin, puis le remix de Loin et Viens la nuit, les gens avaient peur qu’on ait trop changé. Qu’ils ne retrouvent pas notre univers mélancolique.

A.: C’est marrant, notre tourneur nous a toujours dit qu’on était un groupe d’automne. Je crois que c’est vrai, on a cette mélancolie en nous qu’on le veuille ou non.

X.: Même nos chansons les plus rythmées ne reflètent pas le soleil au zénith. Il y a toujours une fêlure, à part peut-être Me passer de toi. Enfin non, le sujet n’est pas non plus hyperjoyeux.

Les harmonies sont la colonne vertébrale d’Aliose, les textes sont eux aussi essentiels. Vous avez choisi d’écrire en français…

X.: Qui est clairement une langue exigeante et pas évidente à faire sonner sur de la musique.

A.: Notre démarche est aussi franche que naturelle. Si je m’énerve contre quelqu’un, je vais le faire en français, si je l’aime, je ne vais pas choisir «I love you». Faire sonner le français est un vrai défi, que nous essayons de le relever sur fond de sonorités folk.

Justement, vous fonctionnez dans quel ordre?

X.: De plus en plus nous commençons par la musique.

A.: Elle nous vient plus facilement, de manière plus instinctive. Ensuite, écrire à deux cerveaux, c’est là que ça se complique. Mais parfois, des textes s’imposent, comme Me passer de toi, qui a jailli de manière évidente. Alors que le single Viens la nuit existe en trois versions avec des thèmes totalement différents.

Signer avec une major, ça change quoi?

A.: J’ai tendance à dire que je pense qu’on a gagné en liberté. On a pu se délester de plein de choses qui gravitent autour de la musique, comme la gestion du projet ou le graphisme et on gagne du temps à consacrer à la musique pure. On a ainsi réussi à écrire 40 chansons pour cet album!

X.: On les écrit quand on le sent, même si j’ai un peu tendance à dire: «Allez, maintenant on bosse!» Alors qu’Alizé aime être plus spontanée.

Quelle est l’importance de l’image pour vous?

A: Le look, c’est clairement notre point faible! On a conscience de l’importance de l’image aujourd’hui avec les réseaux sociaux, donc on a dû nous y mettre. Ce n’est pas évident. Je pense être plus piquante que mon petit visage de poupée ne le montre. (24 heures)

Créé: 17.09.2017, 11h04

Extraits

«Me Passer de toi»






«Viens la Nuit»






«Loin (We Are I.V Remix)»



Au vif du sujet

Qu’est-ce qui vous endort?

Xavier: réfléchir au texte d’une chanson dans mon lit.

Alizé: ne surtout pas réfléchir au texte d’une chanson dans mon lit!

Quel personnage célèbre auriez-vous rêvé d’être?

A.: Audrey Hepburn.

X.: Charles Ferdinand Ramuz.

Un plat que vous ne mangerez jamais?

A.: du pâté de ragondin!

X.: une soupe avec de la coriandre.

Quel défaut avez-vous hérité de vos parents?


A et X de concert: être des têtes de mule!

En vacances, vous êtes plutôt Scrabble, varappe ou farniente?

X.: un peu des trois!

A.: Farniente pour moi.

Et justement, avec qui ne partiriez-vous jamais?

A. et X. d’une seule voix: Thomas Wiesel. Bon, c’est pour la vanne, on l’adore!

Bio express

1983 Xavier Michel voit le jour le 25 décembre.

1988 Naissance d’Alizé Oswald le 10 mai.

2004 Rencontre aux ateliers de chanson Funambule.

2009 Sortie du 1er album d’Aliose, un enregistrement de démos destiné à la base aux professionnels.

2011 L’Alliance Française invite le duo en Chine pour une série de dix concerts.

2012 Sortie de «Le vent a tourné», leur deuxième album.

2013 «En public», ambitieux double CD live avec DVD.

2016 Signent chez Warner France et sortent l’EP
de cinq titres, «Pixels».

2017 «Comme on respire» sort le 15 septembre.

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