Aux origines des disques blues et country

Musique«American Epic» explore les premiers enregistrements de musiques populaires aux Etats-Unis.

Fameux dans l’entre-deux-guerres, l’ensemble de musique country The Carter Family – Sara, Maybelle et Alvin Pleasant – a enregistré son premier titre en 1927.

Fameux dans l’entre-deux-guerres, l’ensemble de musique country The Carter Family – Sara, Maybelle et Alvin Pleasant – a enregistré son premier titre en 1927. Image: DR

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C’est une somme à faire pâlir d’envie Robert Crumb. Du dessinateur nord-américain, on se souvient de son anthologie illustrée, Heroes of Blues, Jazz and Country, parue il y a dix ans, qui faisait entendre un choix savant des premiers chanteurs de blues comme des «jug bands», ces orchestres de bric et de broc usant de gros pichets, les «jugs», en guise d’instruments à vent. Avec American Epic, l’histoire prend une dimension nouvelle: avec du blues, mais aussi des musiques religieuses et de la «old times country, en langue anglaise, également en espagnol et en français – qu’on songe aux Cajuns –, cette nouvelle livraison propose un panorama d’une richesse ébouriffante.

Forte de cinq CD ainsi que d’un passionnant livret comprenant notamment les paroles de chaque chanson, American Epic propose une vision saisissante des premiers enregistrements consacrés aux musiques populaires aux Etats-Unis, dans les années 20. Soit une centaine de titres gravés il y a près d’un siècle sur des rouleaux de cire, puis pressés à la chaîne pour être vendus à la classe ouvrière.

La radio, un concurrent d’antan

The Coo-Coo Bird par Clarence Ashley, Greenback Dollar par le Weems String Band, Pickin’Off Peanuts de Dilly And His Dill Pickles… Chansons et musiciens défilent au fil d’une cartographie revisitée, en suivant le chemin des ingénieurs du son, les «scouts» qui parcouraient le pays munis de véritables studios mobiles, écumant les campagnes pour dénicher les talents locaux. Memphis, Charlotte, Atlanta, New York, Chicago, Dallas, New Orleans: plutôt que de regrouper ici les bluesmen et là les violoneux, American Epic suit les étapes géographiques d’une culture aussi diverse qu’il y a d’interprètes.

La très vieille affaire que voilà en dit long, a posteriori, sur les enjeux de l’édition musicale. Nous sommes en 2017 et la musique enregistrée pâtit de l’essor des téléchargements numériques. Il faut alors se figurer les années 20. Depuis la fin du XIXe siècle, la production de disques 78 tours – le microsillon ne sera popularisé qu’au milieu du XXe siècle – est allé grandissant. Humour, répertoire classique, comédie musicale de Broadway, l’essentiel de la production s’adresse aux citadins. Mais au début des années 20, la diffusion radiophonique devient efficiente. Et le disque perd du terrain. Quoi de plus fabuleux, en effet, que d’écouter non plus trois minutes de musique, avant de retourner la galette, mais un programme musical en continu, et gratuitement?

Recréer un enregistreur d’époque

Il fallait donc que l’industrie du disque se renouvelle, déjà! Comment? En trouvant de nouveaux débouchés. Il en ira ainsi de l’avènement des «race records», enregistrements de musiques populaires, censément jouées par des gens de couleur et censés intéresser le public afro-américain. Dans une même logique mercantile, l’industrie du disque s’intéresse au répertoire des campagnes. Tout ce que la radio ne diffusait pas. Et qui pourrait intéresser un nouveau public. Car qui dit campagne, dit maison isolée, sans électricité, donc sans radio, mais avec le phonographe qu’on tourne à la main. Avec, par conséquent, des disques qu’on pose dessus pour les «jouer».

De ces disques 78 tours, cependant, il ne restait pas grand-chose, la plupart étant trop fragiles pour durer, les autres ayant été récupérés pendant la Seconde Guerre pour les besoins de l’industrie militaire. Il aura fallu mettre la main sur des trésors, collectés dans les années 60 par des passionnés. Puis restaurer les copies. Un travail dantesque, pour les besoins duquel l’ingénieur du son Nick Bergh a recréé de toutes pièces un enregistreur électrique des années 20. Ceci afin de comprendre, précisément, comment le son brut était transformé. Le résultat a donné lieu à de nouveaux enregistrements, avec des artistes tels qu’Elton John, Jack White ou Willie Nelson, autant de séances regroupées dans le film American Epic Sessions. Quant à la présente anthologie, elle est parfaitement épique.

«American Epic» 5 CD et un livre (Sony)

(24 heures)

Créé: 16.07.2017, 10h09

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